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Publié le - Mise à jour le
Si les soft skills s’imposent comme des leviers universels d’employabilité, leur perception et leur valorisation diffèrent selon les régions du monde. Pour ce nouveau volet de notre série Tour du monde des soft skills, cap sur l’Asie. Continent pluriel, riche d’une histoire millénaire et d’une diversité culturelle hors norme, l’Asie conjugue traditions confucéennes, hiérarchie sociale marquée et modernité technologique. Patience, respect, sens du collectif, mais aussi adaptabilité et agilité culturelle figurent parmi les compétences comportementales les plus recherchées. Comment ces soft skills se déclinent-elles concrètement en Chine, au Japon, en Corée du Sud ou en Inde ? Décryptage.
Avec plus de 4,8 milliards d’habitants et une mosaïque de cultures, de langues et de traditions, l’Asie ne peut évidemment pas être appréhendée comme un bloc homogène. Pourtant, certaines constantes traversent les frontières et façonnent la manière dont les soft skills sont perçues et pratiquées dans le monde du travail asiatique.
Parmi elles, la notion de respect, qu’il s’agisse de la hiérarchie, des aînés ou du statut social, occupe une place centrale. La notion de confiance est aussi très importante dans les relations interpersonnelles. En règle générale, en Asie, les hommes d'affaires ont tendance à traiter avec des partenaires en qu'ils ont personnellement confiance. La patience et la retenue apparaissent également comme des qualités cardinales, essentielles dans des environnements où la négociation et la prise de décision peuvent s’étendre sur de longues périodes.
Ces valeurs trouvent en partie leur origine dans l’héritage du confucianisme, philosophie qui a marqué en profondeur l’Asie de l’Est. En insistant sur la loyauté, la piété filiale et l’importance de l’harmonie sociale, Confucius a posé les bases d’un modèle relationnel où le collectif prime sur l'individu – un principe encore visible aujourd’hui dans la manière de travailler et de collaborer en Asie.
Impossible de comprendre les soft skills en Chine sans revenir à l’influence profonde du confucianisme. Cette philosophie, vieille de plus de deux millénaires, est centrée sur des valeurs – telles que la bienveillance, l'éthique, la loyauté, la vertu ou encore la moralité – qui imprègnent encore la vie familiale et professionnelle. Dans ce cadre, l’intérêt collectif prime sur l’individuel, et chacun est attendu dans son rôle pour maintenir l’harmonie sociale.
Cette vision s’exprime aussi dans la culture du travail contemporaine, marquée par une exigence d’engagement extrême. Le fameux rythme « 996 » qui consiste à travailler de 9 heures à 21 heures, six jours sur sept (notamment dans le secteur de l'informatique) illustre cette intensité. S’il est officiellement illégal, il reste encouragé par certains dirigeants, au prix d’un épuisement qui a conduit au mouvement de contestation tangping (“s’allonger à plat”), symbole d’une génération en quête d’équilibre. Ce paradoxe reflète bien la Chine d’aujourd’hui : une société entre surperformance et une aspiration au bien-être accentuée par l'arrivée des jeunes générations sur le marché de l'emploi.
La communication, quant à elle, obéit à des codes subtils. Préserver la “face” (miànzi) est essentiel : un refus se formule rarement de manière directe, et la colère est perçue comme une perte d’honneur. Contrairement à la culture européenne qui tend vers le bavardage, la concision prévaut également sur les longs débats, jugés peu productifs.
Au Japon, les soft skills s’inscrivent dans une culture marquée par la recherche constante d’équilibre et d’harmonie. Si le confucianisme y a laissé son empreinte, notamment à travers la loyauté (Zhong) et l’intégrité (Xin), ces valeurs se sont mêlées à une tradition propre, façonnée par l’éthique des samouraïs et l’importance de la discipline collective.
Dans la vie professionnelle, la construction de relations durables repose sur l’écoute active, le respect et l’empathie. La communication est codifiée, souvent indirecte, et fait appel à la capacité à “lire entre les lignes”. Politesse et retenue sont souvent de rigueur. L’harmonie prime également au sein des équipes : la coopération est fortement valorisée, et les décisions se prennent de manière collective, au terme d’un processus parfois long, mais inclusif. Dans ce contexte, les soft skills clés sont la capacité à collaborer, à gérer les conflits avec diplomatie et à faire passer l’intérêt du groupe avant celui de l’individu.
En Corée du Sud, les soft skills s’ancrent profondément dans une société façonnée par le confucianisme et le bouddhisme. Deux valeurs dominent : la piété filiale (hyo) et la loyauté (jung). Enseignées dès l’enfance, elles guident la vie quotidienne comme les relations professionnelles, et placent le respect des aînés et des supérieurs hiérarchiques au centre des interactions.
La hiérarchie y est particulièrement marquée : l’âge, le statut et l’ancienneté déterminent la manière dont on s’adresse à autrui, y compris dans le langage, qui dispose de registres différents selon le degré de respect attendu. Dans le monde du travail, cette culture se traduit par une forte considération des managers, mais aussi par une exigence d’engagement et de loyauté de la part des collaborateurs.
Dans ce contexte, les soft skills les plus valorisées sont la discipline, la politesse et la capacité à s’intégrer harmonieusement dans le collectif. La communication reste empreinte de retenue, et ici aussi, la préservation de l’harmonie du groupe prévaut sur l’affirmation individuelle.
En Inde, les relations professionnelles s’inscrivent dans un environnement marqué par les paradoxes et par une grande diversité. Dans ce contexte, certaines soft skills apparaissent comme indispensables, à commencer par la patience et la persévérance. La relation de confiance est également un pilier incontournable, en particulier avec les dirigeants d’entreprises familiales, qui conservent un rôle central dans la prise de décision.
La hiérarchie, très présente dans la société indienne, structure également le monde du travail. Elle impose de respecter les statuts, même si l’organisation peut paraître parfois chaotique vue de l’extérieur. Le rapport au temps, quant à lui, se distingue par une flexibilité assumée : retards fréquents, délais mouvants, etc.
Enfin, au-delà des codes relationnels et sociaux, l’Inde est confrontée à des défis croissants autour de la santé mentale des salariés, soumis à une forte pression. Pour les entreprises, intégrer la bienveillance, la sensibilisation et le suivi dans leurs pratiques devient alors essentiel.
Ce tour d'horizon des soft skills à travers le monde n'est pas terminé. Très vite, nous explorerons comment l'Amérique du Sud perçoit et intègre les soft skills dans sa culture du travail ! En attendant, vous pouvez d'ores et déjà découvrir ce qu'il en est en Europe, en Amérique du Nord, ou encore en Afrique.