Du dojo au bureau, ou quand le karaté devient une source d'inspiration pour les entreprises – L'interview de Duc Le Khac

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Le karaté, bien plus qu'un simple art martial, est une école de vie qui enseigne des valeurs fondamentales comme le respect, l’humilité, et la persévérance. Ces vertus trouvent aujourd’hui un écho précieux dans le monde de l’entreprise, où la gestion du stress, la résilience et l’engagement prennent une importance cruciale. Dans cette interview, Duc Le Khac, karatéka depuis plus de 30 ans et directeur BU HCM de Talentia, explore les parallèles entre le dojo et le bureau : exemplarité, écoute de l’environnement, apprentissage continu, leadership et quête de sens. Un voyage passionnant entre karaté et entreprise, où chaque leçon nous aide à redécouvrir des compétences humaines essentielles.

En tant que pratiquant de karaté, quelles sont les valeurs clés de cet art martial qui peuvent s’appliquer au monde de l’entreprise ? 

Dans la pratique du karaté, plus que de valeurs, on parle de vertus cardinales. La première, qui est tout aussi fondamentale en entreprise, c’est le respect. Le respect est la première vertu inculquée lorsque l'on débute au karaté, et ce, dès les premiers pas dans le dojo – le lieu où l'on pratique les arts martiaux – par des gestes simples comme le salut envers le Maître ou ses partenaires. En entreprise, ce respect se traduit par une réelle écoute, une ouverture à l’autre et un climat de tolérance, quelle que soit la hiérarchie. Cette posture permet de construire des relations équilibrées et authentiques avec ses collègues.

Ensuite, l’humilité, opposée à l’arrogance, est une autre vertu clé qui me semble essentielle au karaté comme en entreprise. Elle favorise l’écoute et facilite la remise en question. Rester humble permet de s’ouvrir aux autres et d’évoluer, aussi bien personnellement que professionnellement. Troisième vertu : l'apprentissage continu. Dans les arts martiaux, le terme « do » – que l'on retrouve dans « karaté-dō », mais aussi dans « jūdō » et aïkido » – signifie « chemin » ou « voie ». Il symbolise le chemin de la vie, un parcours d’apprentissage perpétuel. En entreprise, cette recherche d’amélioration continue et cette capacité à se remettre en question sont des qualités indispensables. 

Enfin, la persévérance, la pugnacité, sont également centrales. Le karaté est un chemin d’apprentissage où chaque échec devient une opportunité de progression. En entreprise, la persévérance permet de surmonter les obstacles quotidiens en maintenant sa motivation. Cette force vient de la répétition et de la pratique constante, comme dans les arts martiaux, où la répétition des mouvements est essentielle pour développer la maîtrise. C’est en avançant pas à pas, en pratiquant au quotidien, que l’on forge cette résilience.

Comment la pratique du karaté influence-t-elle votre vision du leadership ou du management ?

La première influence du karaté sur ma vision du leadership, c’est l’exemplarité. Les « Sensei » – les enseignants, au karaté – incarnent les valeurs de cet art par leur conduite, leur maîtrise, et leur humilité. Leur leadership s’impose naturellement, non pas par leur titre, mais par leur comportement. En entreprise, c’est la même chose : un bon leader se doit d'être exemplaire. Ainsi, il inspire les autres et favorise un climat de confiance et de respect.

Ensuite, il y a la perception de l’environnement. En karaté, on développe une grande attention à tout ce qui se passe autour de soi, que ce soit en combat ou pendant les exercices. Cette écoute fine, presque holistique, permet d’anticiper et de s’adapter en conséquences. En entreprise, un bon leader doit également savoir observer son environnement, capter les signaux, et anticiper les changements.

La rapidité de décision est aussi une qualité que le karaté cultive. Dans l’action, on doit être capable de prendre des décisions instantanées, en s’appuyant sur des stratégies réfléchies préalablement. C'est la même chose en management : il faut être capable de prendre des décisions rapidement afin de guider son équipe et de répondre aux imprévus avec réactivité et cohérence.

Enfin, il y a la dimension du développement des autres. Même si le karaté est un sport individuel, il se pratique toujours avec un partenaire. Un Sensei aide ses élèves à progresser, à se dépasser. En entreprise, un bon leader fait de même en guidant ses collaborateurs vers leur plein potentiel. Cette responsabilité de « faire grandir l’autre » est, selon moi, une qualité fondamentale en management.

Pour toutes ces raisons, je pense que le karaté apporte des compétences essentielles à tout manager. C’est une école de vie qui développe l’humilité, la persévérance, et le respect, des qualités indispensables pour bien diriger une équipe. Bien sûr, ici, on parle de karaté, mais il en va de même pour la pratique sportive, en général.

Quelles sont les soft skills qui peuvent être un atout, autant dans la pratique du karaté qu'en entreprise ?

En karaté comme en entreprise, la gestion du stress est essentielle. En situation de combat, on sort souvent de sa zone de confort et on apprend à rester calme malgré la pression. Ce contrôle de soi se transpose bien dans le monde professionnel, où les échéances, les objectifs et les attentes externes peuvent être source de stress. Savoir gérer son stress est un atout, que ce soit face à son équipe ou lors d’une présentation importante.

Une autre soft skill clé est la résilience. Au karaté, on est constamment mis à l’épreuve, chaque entraînement repousse les limites et teste la capacité à persévérer face aux difficultés. En entreprise, avec les changements constants – réorganisation, nouveaux projets, etc. – la résilience est indispensable pour surmonter les obstacles et s’adapter aux épreuves sans se laisser décourager.

La gestion des émotions joue également un rôle crucial. Le karaté encourage un contrôle de soi qui évite les réactions impulsives, ce qui est précieux dans les relations professionnelles. Être capable de rester posé dans les interactions permet de maintenir des relations saines et équilibrées avec ses collaborateurs, sans se laisser emporter par des émotions qui pourraient déstabiliser et compromettre les échanges.

Enfin, même si ce n'est pas une soft skill a proprement parlé, j'aimerais mentionner la gestion de l’énergie. Dans les arts martiaux, la maîtrise de la respiration abdominale est essentielle : elle aide à gérer le stress, à contrôler ses émotions, et à préserver ses ressources énergétiques. Des exercices de respiration, comme le mokuso (un rituel de méditation et de respiration qui ouvre et ferme chaque session d’entraînement), permettent de recentrer son esprit et de retrouver calme et sérénité. Dans le cadre professionnel, savoir où et comment investir son énergie est tout aussi vital. À l’image de l’épuisement qu’on peut ressentir après un combat ou un entraînement technique, les défis en entreprise nécessitent une régulation énergétique intelligente pour éviter le burnout. 

Pouvez-vous nous expliquer ce qu'est l'ikigai ?

L'ikigai est une notion originaire d’Okinawa, berceau du karaté, ce qui crée un petit lien entre les deux, même si ikigai et karaté n'ont pas de rapport direct. C’est un concept qui repose sur la recherche d’une harmonie entre quatre éléments : ce pour quoi on est compétent, ce qui nous passionne, ce dont le monde a besoin, et ce pour quoi on peut être rémunéré.

On peut le visualiser comme une intersection, un point de convergence où ces dimensions se rencontrent. L'ikigai aide à donner du sens au travail, un peu comme un guide, il permet de trouver une mission qui nous épanouit personnellement et professionnellement. C'est un outil simple et accessible à tous qui permet de clarifier sa quête de sens, notamment dans le monde de l’entreprise, où cet équilibre est de plus en plus recherché.

Comment peut-on identifier et trouver son propre ikigai dans un cadre professionnel ?

L'ikigai est un outil accessible, que chacun peut explorer par soi-même ou avec l'aide d'un professionnel, comme un coach ou un spécialiste en développement personnel. L’accompagnement peut être utile pour guider la réflexion et clarifier certains aspects qui restent flous.

Mais on peut aussi commencer ce travail individuellement en se posant trois questions clés : à quoi suis-je bon ? Qu’est-ce qui me passionne ? Et, dans un cadre professionnel, puis-je être rémunéré pour cela ? Répondre à ces questions en notant des idées et des mots-clés est un premier pas vers son ikigai.

J'aime illustrer cette recherche en comparant l'ikigai à un zoom sur un appareil photo : au début, l’image est floue, puis, en ajustant progressivement, elle s’éclaircit. Ce processus demande du temps et de la réflexion, mais il permet de trouver peu à peu une direction professionnelle qui a réellement du sens.

Enfin, pensez-vous que la quête de sens est une tendance passagère ou un besoin fondamental pour les salariés aujourd’hui ?

La quête de sens est un élément impératif à la motivation et à l'engagement des salariés, qui est également crucial pour les entreprises. C’est une responsabilité partagée : l’entreprise doit offrir un cadre porteur de sens, mais le collaborateur a aussi ses propres cartes à jouer dans cette recherche de sens. Ce besoin est essentiel, car il aligne les motivations personnelles avec les objectifs professionnels, et c'est cette cohérence qui stimule l'engagement et, in fine, la performance de chacun au service de l'entreprise.

L’être humain n'est pas nihiliste par défaut ; il recherche un lien significatif avec son environnement, professionnel ou personnel. Ce lien donne du sens à son quotidien, l'aide à comprendre pourquoi il investit son temps et son énergie. Si ce sens manque, la motivation peut s'éroder.

Prenons un exemple concret : pourquoi irais-je m'entraîner au karaté, après une longue journée de travail, si cela n'avait aucun sens pour moi ? Sans cette motivation, la démarche perdrait sa force, tout comme l’engagement d’un salarié qui ne voit plus la raison pour laquelle il effectue certaines tâches. Finalement, la quête de sens va bien au-delà de la simple rémunération : elle touche à ce qui nous motive en profondeur et nous pousse à donner le meilleur de nous-mêmes chaque jour.

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