Émotions au travail : les comprendre, les exprimer et en faire une force !

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Bien souvent, dans l'imaginaire collectif, « gérer ses émotions » signifie être capable de les étouffer, de les camoufler, d'autant plus dans le monde professionnel. Et si, au contraire, il s'agissait simplement de les comprendre et de les accepter pour en faire une force ? 

Les salariés cachent leurs émotions au travail…

Le terme « émotion » provient du verbe « émouvoir » et de l'ancien français « motion », qui signifie mouvement. Il est défini comme suit : « Trouble subit, agitation passagère causés par un sentiment vif de peur, de surprise, de joie, etc. Réaction affective transitoire d'assez grande intensité, habituellement provoquée par une stimulation venue de l'environnement »[1]. Les émotions sont donc provoquées par un stimulus extérieur qui nous pousse à réagir par le mouvement – la tristesse entraîne les pleurs, la colère les cris, etc. Nous en ressentons tous et elles rythment nos journées… même au travail. 

Stress, fierté, frustration, enthousiasme… Autant d'émotions que les salariés connaissent bien. D'après l'étude « People at Work 2022 », menée par ADP, 64 % des Français déclarent ressentir du stress au travail au moins une fois par semaine et 40 % considèrent que celui-ci impacte négativement leur performance. De plus, l’enquête « Conditions de travail » menée en 2019 par la Dares nous apprend que 65 % des salariés déclarent cacher leurs émotions au travail, que ce soit par obligation ou par choix. Des chiffres qui laissent à penser que la majorité des salariés français estiment qu'il existe des émotions négatives. Or, une émotion est avant tout une information transmise par notre cerveau qui nous alerte sur un besoin. Il ne faut pas en avoir « honte » mais plutôt apprendre à l'apprécier pour en faire une alliée. 

…Tandis que l'intelligence émotionnelle s'installe dans les mœurs de l'entreprise

Paradoxalement, alors que les collaborateurs tentent de réfréner leurs émotions et n'osent pas les exprimer sur leur lieu de travail, les entreprises, et les recruteurs en particulier, accordent de plus en plus d'importance à l'intelligence émotionnelle. Cette dernière se définit par la capacité d'un individu à ressentir, maîtriser et communiquer ses émotions, ainsi qu'à percevoir les celles des autres. 

Souvent considérée comme une soft skill, l'intelligence émotionnelle séduit les employeurs qui lui trouvent bien des atouts : elle favorise des environnements de travail sains, mais aussi de bonnes relations entre les membres de l'équipe. Les individus dotés d'une forte intelligence émotionnelle sont plus empathiques et sont capables de se mettre à la place de leurs collègues, ce qui renforce la confiance, le respect mutuel et la coopération au sein d'un groupe.

De plus, l'intelligence émotionnelle est généralement associée à un leadership efficace. Les leaders qui sont capables de reconnaître et de gérer leurs propres émotions ainsi que celles des autres sont mieux équipés pour inspirer et motiver leurs équipes, pour résoudre les conflits de manière constructive et pour prendre des décisions éclairées basées sur une compréhension approfondie des besoins et des préoccupations de leurs collaborateurs.

Comprendre ses émotions et les exprimer librement : le Graal de l'intelligence émotionnelle 

Vous l'aurez compris, gérer ses émotions en entreprise, ne signifie pas les étouffer, au risque de dégrader son propre bien-être au travail. Au contraire, il s'agit de les comprendre, de les accepter et de les exprimer de manière non-violente. Pour comprendre ses émotions, il est essentiel de se pencher sur leur fonctionnement : comment sont-elles déclenchées ? Que révèlent-elles de nous-même ?, etc. 

Comme évoqué précédemment, une émotion exprime un besoin. Elle est déclenchée par un stimulus extérieur ou intérieur – un souvenir qui ressurgit et nous rend nostalgiques, par exemple. La localisation des émotions dans le cerveau fait débat. Toutefois, une grande majorité de scientifiques s'accordent à dire que le système limbique, constitué de plusieurs structures dont l'hypothalamus, le thalamus, l'amygdale et l'hippocampe, est la zone du cerveau la plus impliquée dans le traitement des émotions[2]. Nos réactions face à une même émotion sont propres à chacun et dépendent de notre identité et de nos expériences passées. En ressentant de la tristesse, certains vont pleurer, d'autres chercher du réconfort, tandis que d'autres encore auront tendance à se replier sur eux-mêmes et à chercher la solitude. De même pour la joie : elle peut s'exprimer par un éclat de rire, par un sentiment de bien-être absolu ou par un simple sourire aux lèvres. 

En prenant conscience du fonctionnement des émotions et en analysant notre manière de réagir lorsque nous les ressentons, il va être plus aisé d'adapter nos réactions selon les situations. De plus, être capable d'identifier et d'accepter une émotion négative va permettre de comprendre le besoin sous-jacent et de le satisfaire rapidement. À noter que, satisfaire ses besoins, c'est la clé de l'estime de soi, de l'amour de soi. 

Mais revenons au monde professionnel. Exprimer ses émotions au travail revient donc à exprimer ses besoins, ce qui est essentiel pour pouvoir travailler de manière efficace et sereine. 

Les émotions, garantes des réussites individuelles et collectives ? 

Sans que cela soit forcément conscient, les émotions impactent directement les performances individuelles des collaborateurs : leur niveau de concentration, leur énergie ou encore leur motivation. Le stress et l'anxiété peuvent ainsi dégrader la productivité et être un frein dans la réalisation des missions. La peur de ne pas réussir empêchent également les collaborateurs de prendre des initiatives. D'où l'importance de comprendre l'émotion et de la partager, avec le manager par exemple, qui aura alors pour rôle de rassurer le salarié, de l'encourager. 

Mais les émotions, positives comme négatives, influent également sur le collectif. Dans son Traité de psychologie des émotions[3], la professeur en comportement organisationnel Véronique Tran explique ceci : « Les émotions ont été longtemps considérées comme individuelles, comme des expériences privées. Les occurrences collectives de l’émotion sont généralement vues comme un événement exceptionnel durant lequel beaucoup d’individus tendent à avoir des émotions très similaires (par exemple événements sportifs, émeutes, catastrophes). Cependant, on peut aisément penser à des exemples plus quotidiens d’émotions collectives dans les équipes et entreprises : la joie de célébrer de bons résultats, la tristesse lors de licenciements ou la colère pendant des grèves… ». Dans une équipe où l'émotion dominante est la joie, par exemple, la cohésion, l'ambiance de travail et l'esprit d'équipe n'en seront que renforcés. À l'inverse, une équipe soumise à des émotions négatives telles que le stress ou la frustration rencontrera plus de difficultés à travailler ensemble. 

Bien que souvent étouffées par les collaborateurs, la perception des émotions en entreprise évolue, avec notamment l'émergence de l'intelligence émotionnelle – considérée comme l'une des soft skills indispensables aujourd'hui. Il est essentiel de comprendre le fonctionnement des émotions, les réactions qu'elles provoquent, et d'exprimer les besoins sous-jacents, pour adapter ses réactions en conséquences. Les émotions influent directement sur la productivité, la motivation et la cohésion d'équipe. En favorisant un climat émotionnel positif, les entreprises encouragent la réussite individuelle et collective, tout en améliorant le bien-être des collaborateurs.


[1] D'après la définition du Larousse. 

[2] Pour comprendre les émotions sous le prisme des neurosciences : l'article de la Fédération pour la Recherche sur le Cerveau. 

[3] Tran, Véronique. « Chapitre 11. Les émotions dans le monde de l’entreprise et du travail », David Sander éd., Traité de psychologie des émotions. Dunod, 2014, pp. 344-368.

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