Tour du monde des soft skills : comment sont-elles perçues en Amérique du Nord ?

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Si les soft skills sont de plus en plus reconnues et valorisées en France, qu'en est-il, au-delà des frontières ? Ce deuxième volet de notre série d'articles Tour du monde des soft skills, vous transporte outre-Atlantique, où l’on cultive depuis longtemps l’art du savoir-être professionnel… à la sauce nord-américaine. Aux États-Unis comme au Canada, les soft skills ne sont pas seulement valorisées : elles sont attendues, développées, parfois même décisives dans un recrutement. Mais sont-elles perçues de la même manière de part et d’autre de la frontière ? Réponses.

Les soft skills en Amérique du Nord: pilier incontestable du monde du travail

On les présente parfois comme les compétences du futur, mais leur histoire, elle, remonte déjà à plusieurs décennies. Premier fait intéressant : le terme “soft skills” nous vient tout droit… des États-Unis, et plus précisément de l’armée américaine. C’est dans les années 70 que l’US Army a commencé à distinguer les compétences techniques (hard skills) des compétences humaines et organisationnelles (soft skills). À l’époque, ces dernières désignaient les aptitudes nécessaires pour réaliser des tâches où l’humain prédomine : inspecter les troupes, superviser du personnel de bureau, mener des études, préparer des rapports de maintenance, etc.

Depuis, le terme a largement dépassé le cadre militaire pour s’imposer dans les universités, les entreprises et les politiques de formation – en particulier aux États-Unis et au Canada. Et ce n’est pas un hasard : la culture nord-américaine valorise depuis longtemps la communication, le leadership, la résilience ou encore l’adaptabilité comme autant de clés de réussite. C'est pourquoi l'Amérique du Nord compte parmi les continents les plus – si ce n'est le plus – en avance sur le sujet. À titre de comparaison, 69 % des cadres américains affirment prioriser les soft skills aux hard skills durant leurs recrutements, contre 44 % des dirigeants français seulement, selon le rapport Global Talent Trend réalisé par LinkedIn en octobre 2024.

Côté formation, les universités et Business School nord-américaines ne sont pas en reste. Les soft skills y sont cultivées dès la première année à travers des projets collaboratifs, des présentations orales, du feedback en continu et une pédagogie très orientée sur la mise en situation. C’est dans ce contexte qu’est né le concept de « 21st century skills » – un ensemble de compétences clés (dont l'esprit critique, la créativité et la collaboration) identifiées comme indispensables pour permettre aux étudiants de réussir dans un monde complexe, globalisé et digitalisé.

États-Unis : une forte culture du leadership et du « personal branding »

Aux États-Unis, si le savoir-faire compte, le faire savoir encore plus. La réussite professionnelle des américains repose autant sur ce qu'ils savent faire que sur la manière dont ils le montrent. Dans une culture qui valorise la prise d’initiative, l’autonomie et l’efficacité, les soft skills occupent une place centrale – et ce, bien avant l’arrivée massive de l’IA ou des nouvelles méthodes de travail.

La « can do attitude » – cette posture qui pousse à relever les défis, à prendre des responsabilités et à apprendre en marchant – est profondément ancrée dans l'état d'esprit américain. Le leadership n’est pas réservé aux managers : tout le monde est encouragé à faire preuve d’initiative, à prendre la parole, à proposer des idées. Résultat ? Des soft skills comme le leadership, l’assertivité, l’esprit critique ou encore la persuasion figurent systématiquement en tête des qualités attendues chez un candidat.

Mais il ne suffit pas de les posséder. Encore faut-il savoir les mettre en scène. C’est là qu’entre en jeu une autre spécialité américaine : le personal branding. La capacité à raconter son parcours, à valoriser ses expériences, à « pitcher » ses compétences est une soft skill à part entière dans l’univers professionnel aux États-Unis.

Ce rapport très assumé aux soft skills prend racine très tôt, dès l’école primaire. Le système éducatif américain mise énormément sur les activités collaboratives, les exposés oraux, le débat d’idées et la créativité. Contrairement à d'autres modèles plus centrés sur la théorie ou la mémorisation, l’apprentissage y passe par l’expérimentation, l’expression de soi et le travail en équipe.

Les universités, notamment les business schools, poussent cette logique encore plus loin. Projets de groupe, jeux de rôle, case studies, retour d’expérience collectif (le fameux feedback 360°)… tout est pensé pour que les étudiants développent des compétences humaines aussi bien que techniques. À Harvard ou Stanford, il n’est pas rare qu’un cours de "communication interculturelle" ou de "leadership émotionnel" soit aussi stratégique qu’un cours de finance.

Au niveau des entreprises, les plus grandes entreprises américaines n'hésitent pas à prendre des initiatives pour transformer durablement la culture autour du travail. C'est le cas de Google, notamment. En 2008, le géant de la tech lance le Project Oxygen, une vaste étude interne visant à identifier les qualités de ses meilleurs managers. Résultat ? Les compétences techniques arrivent… en bas de la liste. Ce qui distingue les meilleurs leaders chez Google, ce sont avant tout des soft skills : écoute active, capacité à donner des feedbacks constructifs ou encore capacité à inspirer son équipe, etc.

Depuis, Google a revu ses programmes de formation interne, avec un focus assumé sur le développement des soft skills. D’autres entreprises de la Silicon Valley – comme Meta ou encore Netflix – ont suivi le mouvement, en instaurant une réelle et assumée culture de l'apprentissage.

Au Canada, une vision plus inclusive et plus humaine des soft skills

Dans un pays reconnu pour son multiculturalisme et son ouverture, les soft skills prennent tout leur sens. Elles sont valorisées, recherchées, développées, estimées… et surtout, elles sont au croisement de la culture du bien-être, de l'inclusion et de la collaboration. Au Canada, les soft skills « stars » ne sont pas tant l’assertivité ou le leadership individuel qu’on peut retrouver aux États-Unis, mais plutôt la collaboration, la communication interculturelle, l’écoute active et l’empathie. Des compétences fondamentales dans un marché du travail profondément diversifié, où la capacité à comprendre et à s’adapter aux autres fait partie du quotidien professionnel.

Cette forte appétence pour les compétences psychosociales est par ailleurs portée par les politiques publiques. Le gouvernement canadien intègre, depuis plusieurs années déjà, les soft skills dans ses stratégies d’employabilité et de formation. L’objectif : outiller les citoyens, quel que soit leur parcours, pour qu’ils puissent s’insérer durablement dans un marché du travail en constante évolution. En ce sens, le Canada a mis en place un référentiel clair et opérationnel : le programme Skills for Success – ou Compétences pour réussir, en français. Ce dernier vise à identifier les neuf compétences clés pour réussir dans le monde du travail, dont plusieurs soft skills fondamentales comme la collaboration, la communication, la créativité et l’innovation, l’adaptabilité ou encore la résolution de problèmes.

Ce programme est utilisé dans de nombreux dispositifs de formation professionnelle, de réinsertion et d’évaluation des compétences. Il permet de structurer des parcours adaptés à des publics très variés – jeunes, travailleurs en reconversion, personnes éloignées de l’emploi – tout en répondant aux besoins concrets des entreprises canadiennes.

D'ailleurs, côté entreprises, le Canada se distingue par une approche très proactive et bienveillante du développement des compétences comportementales. De nombreuses structures intègrent des programmes de leadership humain, des ateliers de communication interculturelle, ou encore des parcours sur la gestion des émotions et l’intelligence collective. Des initiatives sont portées aussi bien par des grands groupes que par des PME, avec un objectif clair : créer des environnements de travail plus inclusifs, plus collaboratifs et plus efficaces. Dans un contexte où les équipes sont souvent multiculturelles, multilingues et réparties sur plusieurs fuseaux horaires, les soft skills sont perçues comme un facteur clé de réussite.

Bien que les soft skills soient largement répandues de part et d'autre du continent nord-américain, des différences majeures subsistent entre les États-Unis et le Canada, en matière de vision et d'utilisation. Cependant, des États-Unis, où elles incarnent l’esprit d’initiative et la capacité à se démarquer, au Canada, où elles deviennent un levier d’insertion, de cohésion et de bien-être collectif, les compétences comportementales sont partout – dans les recrutements, dans les formations, dans les Universités, tout comme dans les cultures managériales. Ce qui distingue cette région du monde reste sans conteste son avance dans l’institutionnalisation des soft skills.

Ce tour d'horizon des soft skills à travers le monde est loin d'être terminé. Très vite, nous explorerons comment l'Amérique du Sud, l'Asie et l'Afrique perçoivent et intègrent les soft skills dans leurs cultures ! Quant à l'Europe, vous pouvez d'ores et déjà découvrir notre article sur le sujet.

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