Tour du monde des soft skills : comment sont-elles perçues en Afrique ?

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Si les soft skills gagnent du terrain à l’échelle mondiale, leur perception varie selon les contextes culturels et socio-économiques. Pour ce troisième volet de notre série Tour du monde des soft skills, cap sur le continent africain. Territoire pluriel, jeune, en pleine mutation, l’Afrique place progressivement les compétences comportementales au cœur des enjeux d’employabilité. De plus en plus d'initiatives fleurissent en ce sens, et certains programmes d’insertion ou de formation mettent l’accent sur la communication, l’adaptabilité ou encore l’intelligence relationnelle. Mais comment ces compétences sont-elles réellement valorisées, transmises, et intégrées dans l'enseignement et le monde du travail ? Décryptage.

Afrique : une jeunesse en quête de compétences d’avenir

Avec près de 60 % de sa population âgée de moins de 25 ans, l’Afrique est aujourd’hui le continent le plus jeune du monde[1]. Un vivier de talents considérable, mais aussi un défi de taille en matière d’éducation, d’emploi et d’insertion professionnelle. Le contexte socio-économique reste en effet contrasté sur l'ensemble du continent : si certaines économies africaines connaissent une croissance rapide et une forte urbanisation, d’autres sont confrontées à des fragilités structurelles, aggravées par les conflits, les inégalités, le changement climatique ou encore les maladies infectieuses et chroniques, qui continuent de peser lourdement sur les systèmes de santé.

Le chômage des jeunes, en particulier, constitue un défi majeur. Chaque année, des millions de jeunes arrivent sur le marché du travail sans perspective d’emploi formel, alors que les systèmes éducatifs, souvent sous-financés, peinent à répondre aux besoins du tissu économique. Dans ce contexte, les soft skills telles que la capacité à s’adapter, à entreprendre, à coopérer, apparaissent comme des ressources clés pour favoriser l’insertion professionnelle des jeunes.

Les soft skills en Afrique : vers une dynamique continentale

Longtemps absentes des programmes éducatifs, les soft skills sont aujourd’hui en pleine expansion à travers le continent africain. Dans un contexte où les économies évoluent rapidement et où les jeunes doivent souvent construire leur avenir dans des environnements incertains, de plus en plus de gouvernements, d’entreprises et d’acteurs de la société civile investissent dans le développement de ces compétences humaines.

Plusieurs pays d’Afrique subsaharienne ont ainsi entamé des réformes structurelles de leurs systèmes éducatifs, pour y intégrer l'apprentissage des compétences transversales. Le Kenya, le Rwanda ou encore l’Ouganda ont expérimenté l’intégration des soft skills dans les cursus d’enseignement secondaire, mais aussi dans les centres de formation technique et professionnelle. Plusieurs études menées sur l'ensemble du continent ont d'ailleurs démontré l’impact positif de ces formations sur l’employabilité, les revenus, l’épargne et même la capacité à entreprendre de la population. 

Côté entreprises, certaines grandes structures s’engagent également dans cette voie. En Côte d’Ivoire, par exemple, Nestlé a mis en place un Centre de formation destiné aux jeunes diplômés. Au-delà des compétences industrielles ou technologiques, le programme accorde une place centrale au développement des soft skills, grâce à un partenariat avec AIESEC Côte d’Ivoire. Cette association internationale vise à cultiver le leadership, la communication et la coopération interculturelle, en cohérence avec les exigences du monde professionnel.

Enfin, des initiatives comme l’Africa Soft Skills Forum témoignent de la volonté croissante de structurer une vision commune autour de ces compétences. Ce forum réunit chaque année des chercheurs, des acteurs de l’éducation, des décideurs publics et des entreprises pour réfléchir à la place des soft skills dans le développement durable du continent. Preuve que ces compétences sont désormais perçues comme des leviers stratégiques d’avenir.

Du Sud au Nord : quelles différences dans l’approche des soft skills ?

Les soft skills s’imposent progressivement comme un levier de transformation pour l’avenir du continent. Mais selon les contextes régionaux, les approches diffèrent.

Au nord de l'Afrique, et notamment au Maroc, c’est une dynamique plus institutionnelle qui est à l’œuvre. Le Nouveau Modèle de Développement place le capital humain au cœur des priorités nationales, avec une volonté affirmée de mieux préparer les jeunes aux défis du XXIᵉ siècle. Si l’intégration des soft skills dans l’enseignement supérieur n’est pas encore généralisée, la nouvelle stratégie décennale pour l’éducation prévoit que 20 à 30 % du cursus en licence y sera consacré. Quelques universités ont déjà pris les devants, même si ces initiatives restent pour l’instant limitées.

Ces deux dynamiques, l’une ancrée dans l’expérimentation, l’autre dans la réforme structurelle, témoignent d’une même prise de conscience : dans un monde en mutation, les compétences humaines ne sont plus une option, mais une nécessité.

Et après ? Une dynamique prometteuse, encore en construction

De manière générale, l’éducation aux soft skills en Afrique en est encore à ses débuts. Si les compétences humaines sont en passe de devenir un levier structurant pour répondre aux défis du continent, des défis persistent. En 2022, Zineb Birrou, professeure et chercheuse en sciences de la résilience psychologique à l'Université de Rabat, déclarait au micro de #Alternatives que l'un des principaux freins à l'intégration des soft skills résidait dans une résistance, ancrée dans les racines historiques, aux compétences émotionnelles. Plus particulièrement, dans une approche contre-productive du genre où les émotions étaient considérées comme féminines, s'opposant à des qualités perçues comme masculines telles que la logique ou la stratégie.

Malgré cela, les lignes bougent. Dans de nombreux pays, les décideurs reconnaissent désormais l’importance d’outiller les jeunes non seulement avec des compétences techniques, mais aussi avec des ressources humaines fondamentales : capacité à coopérer, à gérer le stress, à se connaître soi-même, à faire preuve de leadership, d’écoute ou d’empathie.

L’avenir des soft skills en Afrique s’écrira donc à la croisée de plusieurs dynamiques : transformation des systèmes éducatifs, évolution des mentalités, renforcement des partenariats entre secteurs public et privé. Et si tout ne se joue pas encore aujourd’hui, les fondations posées sont prometteuses — et annoncent un tournant décisif pour une éducation plus humaine, plus inclusive et résolument tournée vers l’avenir.

Ce tour d'horizon des soft skills à travers le monde est loin d'être terminé. Très vite, nous explorerons comment l'Amérique du Sud ou encore l'Asie perçoivent et intègrent les soft skills dans leurs cultures ! Quant à l'Europe et à l'Amérique du Nord, vous pouvez d'ores et déjà découvrir nos articles sur le sujet.


[1] Selon la Banque africaine de développement, environ 60 % de la population africaine a moins de 25 ans, faisant du continent le plus jeune au monde (BAD, Perspectives économiques en Afrique 2023). Ce constat est corroboré par l’UNICEF, qui souligne que « la population infantile africaine devrait augmenter de 170 millions d’ici à 2030, portant le nombre des moins de 18 ans du continent à 750 millions ». (UNICEF, Generation 2030 Afrique 2.0).

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