Tour du monde des soft skills : comment sont-elles perçues en Amérique du Sud ?

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Si l'importance et la richesse des soft skills ne sont plus à prouver au sein de l'hexagone, qu'en est-il selon les différentes régions du monde ? Pour ce cinquième et dernier volet de notre série Tour du monde des soft skills, direction l’Amérique du Sud. Territoire vibrant, façonné par des métissages culturels profonds, une histoire marquée par les luttes sociales et une énergie collective hors du commun, le continent sud-américain valorise des compétences singulières : résilience, débrouillardise, solidarité, sens du lien, communication expressive et capacité à s’adapter dans des environnements instables. Comment ces soft skills prennent-elles forme au Brésil, en Argentine, au Chili, en Colombie ou encore au Pérou ? Décryptage.

Sous le soleil de l’Eldorado, une réalité socio-économique contrastée

Souvent décrite comme un « Eldorado », l'Amérique du Sud est une région riche en ressources naturelles, en croissance et en potentiel, composée de 20 pays, de centaines de langues et d'identités culturelles façonnées par l’histoire. Mais derrière cette vitalité se cachent des défis structurels considérables. La pénurie de talents, accentuée par des écarts de compétences importants, place le continent au cœur de ce que Klaus Schwab appelle l’« Ère des talents », où le capital humain devient la ressource la plus rare. Plus d’un employeur sur deux peine à recruter les compétences dont il a besoin, poussant de nombreuses organisations à faire appel à des talents étrangers, notamment pour les postes les plus qualifiés.

Parallèlement, la précarisation de l’emploi pèse fortement sur les trajectoires professionnelles. Le travail « informel » représente encore une part massive du marché du travail (jusqu’à 80 % dans certains pays) privant une grande partie de la population de protection sociale. Dans ce contexte, l’emploi est souvent perçu avant tout comme un moyen de subsistance, et non comme un lieu de réalisation de soi. La vulnérabilité économique, la volatilité des salaires et la difficulté d’accès aux services essentiels (santé, protection sociale, éducation) renforcent la nécessité, pour beaucoup, de développer des stratégies de survie fondées sur la débrouillardise, la polyvalence et la créativité économique.

Face à l’absence d’un État social pleinement protecteur, les communautés ont construit leurs propres réseaux de solidarité : familles élargies, voisinage, etc. Ces structures sociales jouent un rôle déterminant dans la cohésion et l’intégration des individus, et influencent profondément les dynamiques professionnelles. Dans cet écosystème où se mêlent énergie relationnelle, héritages hiérarchiques, contraintes économiques et fortes aspirations au changement, les soft skills constituent un langage commun indispensable pour naviguer dans un monde du travail pluriel, exigeant et profondément résilient.

L’intelligence relationnelle comme pierre angulaire du travail en Amérique du Sud

Dans le monde du travail sud-américain, rien n’avance vraiment sans relation. La confiance en est le socle. Avant de parler projets, chiffres ou contrats, il faut d’abord apprendre à se connaître, à créer un lien, à s’assurer que la relation est solide. Dans de nombreux pays, et particulièrement au Mexique, la qualité relationnelle pèse souvent davantage qu’une proposition commerciale bien ficelée. Les sud-américains cherchent d’abord à savoir qui ils ont en face d'eux, avant de s’intéresser à ce qu’il propose.

Cette importance accordée au lien se retrouve dans la manière de manager. Un bon leader est avant tout un manager proche de son équipe, présent, accessible, presque paternaliste. C’est cette proximité qui crée la loyauté, le respect et l’engagement. La convivialité fait partie intégrante des relations de travail. Les repas – petits-déjeuners, déjeuners ou dîners d’affaires – sont au cœur des échanges professionnels. Ils permettent de discuter, de socialiser, de créer un climat de confiance avant d’entrer dans le vif du sujet. Les discussions informelles, voire les bavardages, sont non seulement tolérés, mais encouragés : ils nourrissent le lien, facilitent les futures collaborations et installent une atmosphère propice à l’échange.

Au-delà du monde professionnel, la famille occupe un rôle central en Amérique du Sud, en particulier dans les sociétés mexicaines. Tout comme les cercles relationnels et la notion de communauté, que l'on retrouve plus largement dans les voisinages, par exemple. Cette logique se transpose donc naturellement au travail. Dans ce contexte relationnel fort, les soft skills telles que l’intelligence émotionnelle, l’écoute, la convivialité et la capacité à créer du lien constituent la clé de voûte du fonctionnement collectif et de la réussite des collaborations.

Hiérarchie, communication et flexibilité : l'art de maintenir l'harmonie

Si les relations interpersonnelles occupent une place centrale dans le monde du travail sud-américain, la manière dont elles s’articulent autour de la hiérarchie, de la communication et du rapport au temps obéit à des codes bien précis. Dans de nombreux pays, les organisations fonctionnent selon des structures plus verticales qu’en Europe, et la hiérarchie reste un repère essentiel. Une attention particulière est portée aux formes de langage, à la tenue vestimentaire et aux titres dans tous les pays sud-américains. À l'exception, peut-être, du Chili qui adopte une approche plus horizontale : le tutoiement s’y impose rapidement, y compris vis-à-vis des dirigeants, et exprimer ouvertement une divergence est non seulement accepté, mais parfois interprété comme un signe de leadership.

La communication suit, elle aussi, des codes spécifiques. Le langage non verbal occupe une grande importance en Amérique du Sud. Les poignées de main chaleureuses, les accolades, parfois les bises selon le pays et le contexte, traduisent une proximité relationnelle assumée. Les distances interpersonnelles sont plus réduites, les regards plus appuyés, le contact plus spontané. Au Mexique en particulier, la politesse est omniprésente et ritualisée.

Enfin, le rapport au temps ajoute une dimension supplémentaire à cette recherche d’harmonie. Dans de nombreux pays sud-américains, la ponctualité est une notion flexible : commencer une réunion avec quinze ou trente minutes de décalage n’a rien d’inhabituel, et n’est surtout pas perçu comme un manque de professionnalisme. Les relations priment sur l’horloge, et cette souplesse temporelle s’étend aussi aux périodes de fêtes, souvent longues et structurantes, comme la Semana Santa ou le célèbre « Puente Guadalupe Reyes » au Mexique. À l’inverse, dans les sphères dirigeantes, il est attendu d’être disponible en permanence, un autre paradoxe culturel qui illustre la complexité du paysage professionnel sud-américain.

Amérique du Sud : des soft skills façonnées par la réalité sociale

Dans un contexte économique et social marqué par l’instabilité et l'inégalité, les travailleurs latino-américains ont développé au fil du temps des soft skills où débrouillardise, résilience et créativité prennent une place considérable. L’expression mexicaine « Sacamos la chamba no importa cómo », littéralement, « on fait le travail, peu importe comment », illustre cette capacité à improviser, à contourner les obstacles et à trouver des solutions même dans des environnements chaotiques.

Parallèlement, le contexte sud-américain n'est pas toujours favorable aux femmes dans le monde du travail. Si elles sont de plus en plus nombreuses à travailler, les inégalités restent fortes : écarts de rémunération persistants, ségrégation professionnelle, concentration des femmes dans des secteurs peu qualifiés et peu rémunérés. De plus, la double journée – travail salarié puis travail domestique – reste une réalité pour une grande partie d’entre elles, illustrant la lenteur avec laquelle les normes de genre évoluent.

Dans cet ensemble de transformations, les soft skills mobilisées – résilience, assertivité, autonomie, capacité à prendre des initiatives – sont au cœur des trajectoires professionnelles sud-américaines. Elles sont le reflet direct d’un continent qui avance au rythme de ses défis, de ses vulnérabilités et de son formidable pouvoir d’adaptation.

Notre Tour du monde des soft skills touche à sa fin. De l’Europe à l’Afrique, de l’Amérique du Nord à l’Asie, chaque étape a révélé une manière singulière de percevoir, d’incarner et de valoriser les compétences humaines dans le monde du travail international. Mais l’aventure n’est pas terminée pour autant : une nouvelle série, consacrée à un tout autre angle des soft skills, pourrait bien voir le jour très bientôt… Alors, restez connectés.

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