Vice Versa 2 : à la rencontre des émotions et de leur impact en situation de travail

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Sorti en salle en juin dernier, Vice Versa 2 a fait un carton au box-office ! Le film d'animation produit par Pixar et réalisé par Kelsey Mann ne cesse de séduire les petits et les grands. Et pour cause, le film explore, avec intelligence et pédagogie, les processus internes qui nous façonnent et la manière dont nos émotions impactent chaque aspect de nos vies… personnelles, comme professionnelles. Attention, spoilers ! À travers les films Vice Versa, Pixar flirte avec les neurosciences et nous entraîne dans l'esprit de Riley, à la rencontre des émotions qui l'habitent et dont le rôle est de réguler et d'influencer la façon dont elle agit. Dans ce second volet, on retrouve Riley à l'orée de l'adolescence. Ses émotions semblent vivre en osmose, jusqu'à ce que le « bouton puberté » mettent tout sans dessus-dessous. De nouvelles émotions font alors leur apparition. Anxiété – qui joue à la fois le rôle d'antagoniste et d'émotion salvatrice dans le film, mais nous en reparlerons plus tard –, Ennui, Envie et Embarras rejoignent le « poste de contrôle » de Riley, aux côtés des émotions fondamentales rencontrées dans le premier opus, Joie, Tristesse, Colère, Peur et Dégoût.

L'estime de soi, une soft skills au cœur du second opus de Vice Versa

Au-delà du fonctionnement des émotions, le film aborde, non sans un certain brio, nos processus internes tels que les souvenirs, la mémoire à long terme et le système de croyance. « Les souvenirs créent des croyances. Et quand toutes ces croyances se rejoignent, elles créent ce qu'il y a de plus merveilleux au monde : l'estime de soi », explique Joie, dès les premières minutes du film.

Le sujet de l'estime de soi est d'ailleurs abordé tout au long du dessin-animé, et sert même de fil rouge à l'intrigue. En effet, au début, tout laisse penser que Riley a une très bonne estime d'elle-même. Alors qu'elle se rend à un stage de hockey avec ces deux meilleures amies, elle apprend que ces dernières n'intégreront pas le même lycée qu'elle, à la rentrée. Craignant que Riley se retrouve sans amies l'année prochaine, Anxiété prend alors le dessus sur les autres émotions pour tenter de protéger la jeune fille en la poussant à se concentrer sur le sport, quitte à négliger ses amies. Dans une scène décisive du film, Riley doit choisir une équipe de hockey pour toute la durée du stage. Elle hésite entre intégrer l'équipe de ses copines ou rejoindre l'équipe de son futur lycée. Alors que son estime d'elle-même lui souffle qu'elle est une bonne copine et qu'elle devrait choisir ses amies, Anxiété panique et envoie l'estime de soi de Riley au tréfonds de sa mémoire. Au fur et à mesure des décisions prises par Anxiété, l'estime de soi de Riley disparaît et est remplacé par des croyances limitantes : « tu n'es pas à la hauteur », « tu ne peux pas y arriver », etc. L'intrigue est finalement lancée : Riley réussira-t-elle à reconstruire son estime d'elle-même ?

Les émotions de Vice Versa 2… en situation de travail, ça donne quoi ?

S'il ne fallait retenir qu'un message de Vice Versa 2, ce serait sans doute celui-là : chacune des émotions qui nous traversent existe pour une bonne raison. Une émotion n'a pas vocation à être positive ou négative, mais à nous protéger du monde extérieur, des autres et à nous mettre en mouvement. Allons à la rencontre des émotions du film pour tenter d'en comprendre la nature profonde et leur impact en situation de travail.

Joie : en avant toute !

La joie est une émotion fondamentale. Elle est un véritable moteur de motivation, et de créativité. Elle se manifeste par une attitude positive, une énergie contagieuse et nous pousse à l'action. La joie favorise la collaboration, encourageant les individus à s'engager pleinement et à persévérer, même face aux difficultés. Elle aide également à maintenir un climat de bien-être, réduisant le stress et augmentant la satisfaction au travail. En somme, la joie crée un environnement propice à l'innovation et à la productivité, où chacun peut s'épanouir. Pour maintenir un environnement de travail agréable, propice à la joie, dirigeants et managers ont un rôle à jouer, notamment en termes de QVCT : organisation de séminaires pour renforcer la cohésion d'équipe, optimisation de la vie au bureau, création de moments de partages, etc.

Tristesse : l'accueillir pour mieux avancer

Bien souvent perçue comme négative parce qu'associé à la faiblesse et à la vulnérabilité, la tristesse est en réalité une émotion salvatrice qui nous permet de nous libérer, de lâcher prise et d'aller de l'avant. Sans tristesse, la joie n'existerait pas, et inversement. Être triste, et surtout se laisser l'autorisation de ressentir cette tristesse, c'est accepter sainement un changement, une situation déplaisante ou une douleur. Accepter, en un sens, la réalité d'une situation et ainsi continuer à avancer. Au travail, cela peut être le départ d'un collègue avec qui l'on s'entendait extrêmement bien, le refus d'une augmentation ou encore un projet qui échoue. Il est de la responsabilité de la direction de prendre les mesures nécessaires pour « décomplexer » la tristesse, en encourageant les salariés à communiquer sur leurs ressentis négatifs ou en désignant une personne, externe ou interne, qui sera chargé d'écouter les collaborateurs et de les conseiller lorsqu'ils ont besoin d'extérioriser.

Colère, ses étonnants bienfaits

Tout comme la tristesse, la colère est souvent jugée négativement. Dans son ouvrage Osez la colère, publié aux éditions Flammarion, la psychologue clinicienne Monique de Kermadec dédramatise la colère. Selon elle, cette émotion joue un rôle d'alerte essentiel en mettant en lumière ce qui nous blesse profondément et ce que nous ne pouvons pas accepter. Elle affirme que la colère doit toujours être prise en compte, car elle exprime une dimension importante de notre être et peut servir d'outil pour résoudre des problèmes ou améliorer des situations. Au travail, la colère peut s'avérer bénéfique, à condition qu'elle soit maîtrisée et qu'elle s'accompagne de méthodes de communication non violente et d'assertivité. Pas question donc de laisser exploser sa rage sur son manager, mais plutôt de comprendre le message que la colère tente de nous faire passer, afin de mettre le doigt sur ce qui nous dérange.

Peur, l'émotion qui nous protège des dangers imminents

Encore un autre signal d'alarme : la peur nous alerte d'un potentiel danger imminent et nous prépare à prendre la fuite, ou à l'affronter, selon la situation. Elle se manifeste par une vigilance accrue, une capacité à identifier les dangers et à prévoir les conséquences négatives des actions. Cette émotion incite à la prudence, notamment en situation de travail. De nombreuses soft skills plébiscitées par les recruteurs cachent d'ailleurs un peu de peur : l'organisation, la prise de décision ou encore la gestion des risques. Afin d'apaiser les peurs des équipes, la communication semble une option intéressante : les managers peuvent prévoir des points réguliers avec les collaborateurs pour échanger sur leurs potentielles peurs.

Dégoût : à la source du désengagement des collaborateurs ?

Émotion plus souvent apparentée à la vie personnelle que professionnelle, le dégoût est pourtant très présent en contexte de travail. Son rôle est de nous tenir éloigner de ce qui pourrait être toxique, tant physiquement que moralement. Il se manifeste par des « hauts le cœur », un sentiment d'écœurement, envers un aliment par exemple, ou un sentiment de répulsion, d'aversion, envers une personne ou une situation. Même si les experts ne citent pas, officiellement, le dégout comme élément déclencheur du désengagement des collaborateurs, tout laisse à penser que les deux sont liés : l'une des conséquences du dégoût pouvant être un fort désintérêt, une « perte de goût », qui, étymologiquement, prend tout son sens. Ici encore, le dialogue et la communication sont de mise.

Anxiété : prendre soin de sa santé mentale

Véritable antagoniste du deuxième opus de Vice Versa, l'anxiété est une émotion omniprésente, tant dans le film que dans notre société. Et c'est sans doute le personnage d'Anxiété qui décrit le mieux sa propre nature : son rôle est de protéger Riley – dans le dessin-animé, mais les humains en général – des dangers qu'elle ne voit pas venir. Le hic ? Cette émotion peut vite devenir envahissante, voire contraignante si on la laisse nous submerger. En situation de travail, elle peut se manifester par une forte pression des résultats, un stress constant, des problèmes relationnels, un risque plus élevé d'erreurs, voire mener au burn-out ou détériorer la santé mentale des collaborateurs. D'où l'importance de prendre cette émotion au sérieux : les managers doivent être capables d'identifier les signaux faibles, de pratiquer l'écoute active et d'accompagner les collaborateurs qui en souffrent, mais les collaborateurs eux-mêmes doivent apprendre à gérer leur anxiété, via des séances de méditation, un suivi psychologique ou en se confiant à leurs collègues ou leur responsable.

Embarras, ou quand le rouge nous monte aux joues

Sans doute l'émotion la plus sociale de toutes ! Souvent décrite comme une « douleur psychique » et mise en opposition avec la douleur physique, l'embarras nous protège d'un potentiel rejet social. Joues rouges, difficulté à regarder l'autre dans les yeux, mains moites, transpiration, accélération du rythme cardiaque, perte de concentration… Nous avons tous déjà ressenti, à petite ou grande échelle, les effets indésirables de l'embarras. Pourtant, bien qu'inconfortable, l'embarras contribue à développer une meilleure conscience de soi, à renforcer les relations professionnelles par des comportements plus respectueux et à créer un environnement où l'on apprend de ses erreurs pour s'améliorer continuellement.

Ennui : vous avez dit « bore-out » ?

L'ennui est l'émotion responsable des bore-out – maladie professionnelle qui se traduit par un fort désintéressement des salariés pour leur travail, un ennui profond, une perte de sens. Sur le long terme, et s'il n'est pas pris en compte, l'ennui peut s'avérer vraiment néfaste pour la santé mentale des collaborateurs. Il est fondamental de l'accueillir, de l'accepter et d'agir, plutôt que de le refouler. Comprendre les raisons de cet ennui est déjà un pas en avant. Pour cela, il est nécessaire de se poser les bonnes questions : ce que je fais a-t-il réellement un sens ? Quelle est la valeur ajoutée de mon travail ? Est-ce que j'utilise pleinement toutes mes compétences ? Que pourrais-je changer pour être davantage stimulé ? C'est également au management de rester attentifs aux signes d'ennui chez les collaborateurs et de leur proposer, si possible, de nouvelles perspectives.

Envie, une émotion « perturbatrice »

« Il a eu une promotion et pas moi… », « ma collègue est tellement à l'aise pour s'exprimer à l'oral, j'aimerais être comme elle ». L'envie, c'est cette petite voix dans notre tête qui observe les autres, en un sens nous compare, et désir profondément avoir ce qu'ils ont. Également l'un des sept péchés capitaux, l'envie est une émotion souvent honteuse, qu'on exprime peu. Pourtant, elle peut être source de motivation pour atteindre de nouveaux objectifs, à condition, encore une fois, de l'accueillir, de la comprendre et de déculpabiliser : tout le monde a déjà été envieux au moins une fois dans sa vie, c'est humain !

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