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Publié le - Mise à jour le
Au-delà du bilan et du compte de résultat, le tableau des flux de trésorerie apporte une lecture essentielle des comptes annuels. En expliquant la formation et l’utilisation du cash sur l’exercice, il complète l’analyse financière traditionnelle et permet de mieux comprendre la performance réelle de l’entreprise. Longtemps perçu comme accessoire dans les comptes sociaux, il devient aujourd’hui un outil incontournable, à la croisée des exigences réglementaires, du pilotage interne et de la communication financière.
La modernisation des états financiers est aujourd’hui perçue comme une réforme d’ampleur, tant par son impact technique que par ses conséquences en matière d’information et de communication financières. En pratique, le degré de préparation des entités reste toutefois très hétérogène. Cette réforme constitue néanmoins une occasion privilégiée de repenser l’ensemble des informations présentées, y compris celles figurant dans l’annexe comptable.
Le nouveau référentiel réglementaire confirme par ailleurs l’obligation pour les sociétés commerciales (ou les personnes morales de droit privé non commerçantes) dont le chiffre d’affaires dépasse 18 millions d’euros de présenter un tableau de financement dans l’annexe de leurs comptes sociaux. L’article 911-1 du règlement ANC 2022-06 précise « Il est préconisé d’établir le tableau de financement sous la forme d’un tableau des flux de trésorerie ». Au-delà de la contrainte réglementaire, toute entité peut saisir l’occasion de cette refonte de son information comptable pour y intégrer le tableau des flux de trésorerie, même s’il ne présente pas un caractère obligatoire, compte tenu de son intérêt en matière d’information financière.
La présentation préconisée sous la forme du tableau de flux de trésorerie apparaît plus pertinente que l’ancienne approche traditionnelle, présentant la variation du fonds de roulement sur une première page et celle du besoin en fonds de roulement et de la trésorerie sur une seconde page (tableau de financement classique). De plus, cette présentation converge avec celle, depuis longtemps obligatoire, du même tableau dans l’annexe des comptes consolidés quel que soit le référentiel applicable (français, international ou américain).
Présenté sur une seule page, le tableau des flux de trésorerie constitue un document de synthèse à part entière. Il explique la variation de la trésorerie nette entre l’ouverture et la clôture de l’exercice. Il permet d’identifier clairement les postes générateurs ou consommateurs de trésorerie, en complétant l’analyse en produits et charges par une lecture en encaissements et décaissements.
Ce tableau constitue, sur une seule page, un document de synthèse à part entière dont la vocation est d’expliquer la variation de la trésorerie, tout comme le compte de résultat explique la formation du résultat.
En effet, ce tableau de trésorerie « boucle » sur la variation de la trésorerie nette entre le début et la fin de l’exercice comptable. Certains analystes auraient préféré une variation nette de l’endettement, nous ne rentrerons pas ici dans cette discussion.
Cette présentation permet de repérer les rubriques et postes principaux qui ont dégagé de la trésorerie ou au contraire qui en ont absorbé. Cette approche complète celle du compte de résultat (différence entre des produits et des charges) par une approche sur les flux de trésorerie (différence entre des encaissements et des décaissements).
Elle permet ainsi de mesurer comment le « cash » se constitue et comment il est dépensé. Les flux de trésorerie sont présentés dans trois grandes rubriques : Activité, Investissement et Financement.
Ce tableau éclaire sur la capacité de l’entité à générer de la trésorerie et sur l’utilisation qu’elle en fait. Cela rejoint une approche « pool de fonds » où l’on présente comment des ressources propres (notamment autofinancement) et des ressources d’endettement financent des actifs de toute nature (incorporels, corporels et financiers), y compris éventuellement la variation du besoin en fonds de roulement liée à la croissance de l’activité.
Un autre intérêt de ce tableau est qu’il peut être présenté suivant des options ou choix de présentation à l’initiative de l’entreprise. Ainsi, elle peut adapter la présentation en fonction de lignes ou d’indicateurs estimés pertinents en rapport avec son activité.
Enfin, ce tableau gagne en pertinence lorsqu’il est construit et analysé de façon pluriannuelle.
Ainsi, l’entreprise peut évaluer de manière rétrospective sur moyenne période (entre trois et cinq ans), la rentabilité globale de ses investissements. Plus précisément, un investissement qui fait l’objet de décaissements financièrement lourd par exemple en année N -2, doit majorer la rentabilité de l’activité dans les exercices N -1 et N. Sinon, cela signifie que l’investissement n’a pas produit la rentabilité escomptée si cette dernière ne se retrouve pas dans une rentabilité majorée sur les exercices suivants.
Ce tableau peut également être utilisé de manière prévisionnelle en projetant les prévisions de recettes et de dépenses sur plusieurs exercices. Il permet dans ce cas d’anticiper comment les investissements vont globalement être couverts, soit par l’activité et l’autofinancement dégagé soit par des ressources externes (apports des associés en capital, en compte courant d’associé ou en dette bancaire classique).
Des flux de trésorerie liés à l’activité qui seraient faibles ou négatifs sur plusieurs exercices alertent déjà sur un risque lié à une activité insuffisamment rentable ou insuffisamment génératrice de trésorerie. Des apports en ressources peuvent certes sur courtes ou moyennes périodes combler ces insuffisances mais les apporteurs peuvent rapidement perdre patience.
Nous lançons sur l’année 2026 une journée de formation dédiée à ce tableau dans les comptes sociaux des entités qui permettra aux participants de s’approprier ce tableau en vue d’une présentation interne comme d’une communication financière plus large.
Jean-Louis SEBAG