Pacte Dutreil : quels leviers d'optimisation pour la transmission d'entreprise ?

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La loi de finances pour 2026, dans son article 8 applicable aux transmissions intervenues à compter du 21 février 2026, a sensiblement durci les conditions du Pacte Dutreil. L'engagement individuel de conservation passe de 4 à 6 ans, portant la durée totale minimale de conservation à 8 ans, et certains actifs dits somptuaires sont désormais exclus de l'assiette exonérée lorsqu'ils ne sont pas exclusivement affectés à l'activité professionnelle. Loin de remettre en cause l'intérêt du dispositif, ce nouveau cadre invite les dirigeants et leurs conseils à structurer plus tôt leurs opérations et à exploiter pleinement les marges offertes par l'article 787 B du Code général des impôts.

Tirer parti de l'allongement de l'engagement individuel

L'allongement à 6 ans, combiné aux 2 ans d'engagement collectif préalable, transforme la nature de la planification. Le dispositif requiert désormais une vision à 8 ans minimum, ce qui rapproche le Pacte Dutreil d'un instrument de gouvernance familiale autant que d'un outil fiscal. Cette contrainte temporelle pousse à anticiper la signature de l'engagement collectif, en utilisant pleinement la faculté offerte depuis le 1er janvier 2019 de conclure un engagement unilatéral par une personne seule détenant au moins 17 % des droits financiers et 34 % des droits de vote dans une société non cotée.

L'engagement collectif réputé acquis offre une voie particulièrement adaptée aux dirigeants détenant depuis au moins 2 ans, seul ou avec leur conjoint, partenaire de ou concubin notoire, le quota requis et exerçant leur activité principale ou des fonctions de direction dans la société dont les titres sont transmis. La Cour de cassation, dans sa décision du 24 janvier 2024 (n° 22-10.413), a toutefois jugé que la fonction de direction doit nécessairement être assurée, postérieurement à la transmission, par l’un des bénéficiaires de celle-ci. Le donateur ne saurait donc, à lui seul, satisfaire à cette condition. L'identification anticipée du repreneur opérationnel devient donc un préalable structurant.

Optimiser par la qualification de l’activité et la holding animatrice

La loi de finances pour 2024 a inscrit dans la loi l'éligibilité des sociétés exerçant une activité mixte sous réserve que l’activité éligible soit exercée à titre principal, et confirmé l'application du dispositif aux holdings animatrices de groupe, tout en excluant les sociétés se cantonnant à la gestion de leur propre patrimoine mobilier ou immobilier. Encore faut-il pouvoir démontrer le caractère animateur de la holding, défini par la participation active à la conduite de la politique du groupe et le contrôle direct ou indirect de filiales exerçant une activité industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou libérale.

L'arrêt de la Cour de cassation du 14 octobre 2020 (n° 18-17.955) a validé l'application du dispositif aux holdings mixtes dès lors que l'activité d'animation est exercée à titre principal. Conformément à l'article 8 de la loi de finances rectificative pour 2022, l’activité éligible doit être maintenue de la conclusion de l'engagement collectif jusqu'au terme de l'engagement individuel, ce qui impose une traçabilité documentaire renforcée des conventions d'animation et des prestations rendues aux filiales.

Anticiper l'audit des actifs face à l'exclusion des biens somptuaires

L'innovation la plus structurante de la LF 2026 réside dans l'exclusion de l'assiette exonérée de la fraction de la valeur vénale des titres représentative de certains actifs non professionnels : véhicules de tourisme, yachts, bateaux de plaisance, aéronefs, bijoux, métaux précieux, objets d'art ou de collection, chevaux de course, vins et alcools, biens affectés à la chasse ou à la pêche, logements et résidences. Pour échapper au retraitement, ces actifs doivent être exclusivement affectés à l'activité éligible pendant au moins 3 ans avant la transmission ou, à défaut, depuis leur acquisition, et demeurer affectés jusqu'au terme de l'engagement individuel ou, à défaut, jusqu'à sa cession.

Cette règle s'applique également aux actifs détenus par des sociétés contrôlées directement ou indirectement, ce qui élargit considérablement le périmètre de vigilance. L'audit préalable de la chaîne de contrôle devient indispensable, idéalement engagé plus de trois ans avant la transmission projetée. Le Conseil constitutionnel, dans sa décision n° 2026-901 DC du 19 février 2026, n'a procédé à aucun examen au fond, laissant ouverte la voie d'une contestation par QPC ultérieure.

Combiner le Pacte Dutreil avec les autres outils d'optimisation patrimoniale

L'exonération partielle de 75 % est cumulable avec la réduction de droits de l'article 790, I du CGI, qui ouvre une réduction supplémentaire de 50 % en cas de donation en pleine propriété par un donateur âgé de moins de 70 ans. Cette réduction est strictement réservée à la pleine propriété, le BOFIP excluant son application aux donations en nue-propriété ou usufruit seuls.

Le démembrement de propriété, dans une configuration distincte, permet au dirigeant de sécuriser ses revenus tout en réduisant la base taxable par application de l'article 669 du CGI, sous réserve d'une répartition statutaire adéquate des droits de vote. Le recours à une holding patrimoniale animatrice et les montages de type Family Buy Out, combinant donation-partage avec soulte, apport à une holding de reprise et financement bancaire, complètent l'arsenal pour les configurations où un seul héritier reprend l'entreprise.


[JM1]Celle -ci va changer de nom dans le catalogue 2027 : Pacte Dutreil : optimisation de la transmission de l'entreprise familiale

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