Loi de finances 2026 et Management Packages : le nouveau cadre de l’article 163 bis H du CGI

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La loi de finances 2026, publiée le 20 février 2026, marque une étape décisive pour l'actionnariat des salariés et des dirigeants. En modifiant l’article 163 bis H du CGI, instauré par la LF 2025, le législateur apporte les clarifications nécessaires afin de lever certaines incertitudes qui subsistaient concernant les management packages.

Pour les fiscalistes, DAF et conseils juridiques, il s'agit d'intégrer ces nouvelles règles et contraintes. Décryptage d'une réforme qui sécurise autant qu'elle encadre.

La genèse : de la jurisprudence au régime légal de l'article 163 bis H

Pendant longtemps, la fiscalité des management packages (AGA, BSPCE, stock-options, BSA) a fait l'objet d'une bataille acharnée entre l'administration et les contribuables. Le point de friction portait sur la requalification des plus-values mobilières (soumises à la flat tax de 30 %) en salaires dès lors que le gain était considéré comme la « contrepartie » des fonctions de dirigeant.

La loi de finances pour 2025 a tenté une première clarification en codifiant cette approche issue de la jurisprudence du Conseil d'État de 2021. Toutefois, le texte initial laissait subsister de nombreuses zones d'ombre. L'article 24 de la loi de finances pour 2026 vient donc corriger et compléter ce dispositif pour offrir une sécurité juridique accrue tant pour les contribuables que pour les fonds de private equity.

Le principe de taxation : un régime hybride

Le régime légal repose désormais sur une structure claire en trois paragraphes distincts au sein de l'article 163 bis H.

Par défaut

Le gain net est imposé selon les règles de droit commun des traitements et salaires.

Un régime dérogatoire sous conditions

Dans une certaine limite tenant compte de la performance financière de la société, une fraction du gain net relève du régime des plus‑values de cession de valeurs mobilières. Les conditions à remplir pour en bénéficier incluent l’existence d’un risque de perte et, pour les titres hors dispositifs légaux, une détention minimale de deux ans ; la LF 2026 en a précisé les modalités (ex. appréciation de certaines opérations dites « intercalaires »).

Au‑delà de cette limite

Le solde du gain reste imposé selon les règles des traitements et salaires, sous réserve des aménagements introduits par la LF 2026.

Les conditions d'éligibilité pour bénéficier du régime dérogatoire : risque de perte et durée de détention

Pour bénéficier du régime dérogatoire de l'article 163 bis H et limiter la part taxable en salaire, les titres cédés par le dirigeant ou le salarié doivent respecter deux conditions cumulatives strictes :

Le risque de perte

La loi de finances pour 2026 apporte une précision fondamentale : le risque de perte doit porter sur le prix payé pour acquérir ou souscrire les titres. Pour les instruments gratuits (AGA) ou spécifiques (BSPCE, stock-options), le risque doit s'apprécier par rapport à leur valeur à la date d'acquisition ou de souscription.

Le délai de détention de deux ans

Les titres doivent avoir été détenus pendant au moins deux ans avant leur cession, sauf exceptions. Le texte précise fort heureusement que les opérations « intercalaires » (fusions, scissions, divisions ou regroupements sans soulte) n'interrompent pas ce délai. En revanche, le non-respect de cette durée entraîne la taxation de l'intégralité du gain net en traitements et salaires.

Le mécanisme de report d'imposition : une innovation majeure

C'est la nouveauté phare de la loi de finances pour 2026 concernant les management packages : l'instauration d'un report d'imposition, sous conditions, pour la fraction excédentaire du gain net imposée comme salaire.

Condition de réinvestissement

Le report est subordonné au réinvestissement effectif de la part du gain net réalisé dans la société ou dans une autre société du groupe.

Activités exclues

La société bénéficiaire du réinvestissement ne doit pas avoir pour objet la gestion du patrimoine mobilier ou immobilier du manager ou de son cercle familial proche.

Fin du report

Le report prend fin (et l'impôt devient dû) en cas de cession, rachat, remboursement ou annulation des titres reçus en échange. De même, si les titres ont été apportés à une société contrôlée par l’apporteur, le report expire en cas de cession, rachat, remboursement ou annulation des titres dans un délai de trois ans à compter de l’apport.

Obligations déclaratives

Le bénéficiaire doit mentionner chaque année, dans sa déclaration annuelle de revenus, le montant des fractions de gain net dont le report est maintenu.

Attention, cette possibilité de report ne s’applique pas au gain imposable en traitements et salaires par défaut.

Calcul de la limite d’imposition

Le calcul de la limite d’imposition du gain net selon le régime des plus-values de cession de valeurs mobilières est aménagé par la loi de finances pour 2026. Dorénavant :

  • Il faut prendre en compte non plus le prix payé, mais la valeur des titres pour la détermination de la limite d’imposition ;
  • La valeur de la société doit être corrigée pour tenir compte des dettes remboursées aux actionnaires ou aux entreprises liées ;
  • La limite d'imposition doit être réduite du montant des revenus distribués et des sommes versées suite à une réduction ou un amortissement de capital entre la date d'acquisition et celle de la cession (ou opérations assimilées).

Donation

Jusqu'alors, en cas de donation de titres, le gain net était imposé au nom du donateur au titre de l’année de cession des titres par le donataire, ce qui pouvait soulever certaines interrogations. Désormais, il est déterminé et imposé au nom du donateur l'année de la transmission.

Entrée en vigueur et rétroactivité

Il est crucial de noter que la plupart de ces dispositions s'appliquent de manière rétroactive aux opérations réalisées à compter du 15 février 2025. Seule la nouveauté applicable en matière de donation s'applique aux actes intervenus à compter du 20 février 2026 (soit le lendemain de la promulgation de la loi).

En conclusion, la loi de finances pour 2026 n’opère pas une refonte du régime des management packages, mais apporte plusieurs clarifications techniques et introduit un mécanisme de report d’imposition destiné à faciliter certains réinvestissements. Si le cadre demeure structurellement hybride, les ajustements opérés contribuent à sécuriser partiellement l’application du dispositif, dans l’attente des commentaires administratifs destinés à lever les dernières zones d’incertitude.

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