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Publié le - Mise à jour le
Peut-être vous êtes vous déjà demandé pourquoi vous oubliez certaines notions que vous aviez pourtant apprises. C'est probablement dû à la courbe de l'oubli, cette hypothèse selon laquelle notre capacité à retenir une information réduit avec le temps. Mais rassurez-vous, loin d’être un handicap, l’oubli pourrait en réalité être plus bénéfique qu’il n’y paraît, selon plusieurs recherches en neurosciences. Aujourd’hui, il est temps de démêler le vrai du faux. L'oubli est-il un obstacle inévitable ou, au contraire, une étape saine et bénéfique du processus d’apprentissage ? Sans doute un peu des deux…
En 1885, le psychologue allemand Hermann Ebbinghaus a mis en évidence la « courbe de l'oubli ». Cette dernière illustre le déclin de rétention de la mémoire au fil du temps, si aucune révision active n’est réalisée. En d’autres termes, dès que nous apprenons quelque chose de nouveau, nous avons tendance à l’oublier rapidement, surtout si nous ne faisons pas un effort conscient pour le réactiver. Les recherches d'Ebbinghaus ont montré que, sans rappel, le cerveau peut perdre jusqu'à environ 80 % des nouvelles informations en très peu de temps. Évidemment, ce déclin varie d'une personne à une autre et peut être influencé par de nombreux facteurs tels que l'âge, l'état de santé, la qualité de l'apprentissage initial, etc.
Sur le plan biologique, le cerveau s’appuie sur deux régions clés dans le processus de consolidation de la mémoire : l'hippocampe et le cortex. L'hippocampe, pour sa part, joue un rôle crucial dans la formation de nouveaux souvenirs, tandis que le cortex est impliqué dans leur stockage à long terme. Lorsqu’une information n’est pas réactivée, les connexions neuronales qui la soutiennent se fragilisent, entraînant progressivement son oubli. Ce dernier est donc en partie dû à un mécanisme biologique de désactivation de certaines connexions neuronales non utilisées.
Il est donc naturel d’oublier, mais est-ce pour autant une mauvaise chose ?
Bien que la courbe de l'oubli d'Ebbinghaus souligne les limites de notre mémoire, elle met surtout en lumière un point essentiel : l’importance de la répétition dans le processus d’apprentissage. En effet, l’oubli n’est pas seulement un processus négatif. Il joue un rôle paradoxal, mais fondamental dans la consolidation de la mémoire à long terme. Pour renforcer un souvenir, il est souvent nécessaire de le réactiver après une période d'oubli. Cette pratique, connue sous le nom de « répétition espacée » et développée par le psychologue allemand lui-même, consiste à revoir l'information à des intervalles croissants, optimisant ainsi la rétention. En formation professionnelle, c'est exactement ce que permettent de faire les quiz ou les évaluations, par exemple.
Mais au-delà de la répétition, d'autres techniques et modalités d'apprentissage actuelles ont été développées au fil du temps pour permettre de réduire l'oubli. Par exemple, l’utilisation d’outils mnémotechniques, comme les acronymes ou les associations visuelles, peut grandement améliorer la mémorisation. De même, l’intégration d’émotions dans l’apprentissage renforce la rétention : lorsqu’une information est associée à une émotion forte, elle a tendance à être mieux mémorisée. Ces stratégies sont fréquemment utilisées dans les programmes de formation en entreprise, où l’on cherche à rendre les informations plus significatives pour les participants afin de faciliter leur apprentissage à long terme.
Plus récemment, des neuroscientifiques du Trinity College Dublin ont mené des recherches pour tenter de démontrer qu'à défaut d'être un « bug du cerveau », l'oubli pourrait être une forme d'apprentissage. Selon eux, l'oubli s'apparente à un mécanisme fonctionnel permettant au cerveau de s’adapter à son environnement, de faciliter la prise de décision et d’améliorer la flexibilité mentale. Pour explorer cette hypothèse, ils ont étudié un type d’oubli appelé « interférence rétroactive » qui se produit lorsque de nouvelles expériences effacent des souvenirs récents.
Leur étude a été menée sur des souris entraînées à associer un objet à un contexte précis. Ils ont observé que ces associations semblaient s’effacer lorsque d’autres expériences intervenaient dans un laps de temps rapproché. Pour comprendre ce phénomène, les scientifiques ont utilisé l’optogénétique, une technique qui permet de stimuler des groupes spécifiques de neurones par la lumière. En marquant génétiquement les cellules cérébrales responsables du stockage des souvenirs, appelées engrammes, ils ont découvert que les souvenirs "oubliés" pouvaient être réactivés artificiellement ou même naturellement sous l’effet de nouvelles expériences liées.
Les résultats sont concrets : l’oubli ne signifie pas la disparition définitive d’une information, mais plutôt une réorganisation dynamique des souvenirs en fonction des besoins du cerveau. Ainsi, loin d’être un handicap, il jouerait un rôle clé dans l’apprentissage et l’adaptation cognitive.