Le Vrai du Faux : il existe cinq types de mémoire… ou plus ?

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Mémoire visuelle ou auditive ? Vous pensiez peut-être que l'on retenait en « voyant » ou en « entendant ». La réalité est bien plus subtile – et passionnante. Parce que la mémoire ne se résume pas à deux tiroirs, mais a une pluralité de systèmes qui interagissent entre eux en permanence. Il en existerait cinq, selon l'Inserm (institut national de la santé et de la recherche médicale). Décryptons.

C'est vrai, il existe bien 5 types de mémoire…

Oubliez le duo "mémoire visuelle/mémoire auditive". Ce que les neurosciences mettent aujourd’hui en évidence, c’est l’existence de cinq systèmes mnésiques bien distincts, chacun spécialisé dans un type d’information et de traitement. L'Inserm les définit comme ceci :

  • Mémoire de travail (ou mémoire à court terme)
    C’est la mémoire du « ici et maintenant ». Elle nous permet de retenir temporairement une information pour effectuer une tâche : mémoriser un numéro quelques secondes, suivre une consigne, résoudre un problème, prendre des notes, etc. Elle s’appuie particulièrement sur l'aspect auditif (appelé boucle phonologique) et l'aspect visuel (appelé calepin visuel). Les informations stockées dans la mémoire de travail ont deux finalités possibles : passer dans la mémoire à long terme ou disparaître.
  • Mémoire sémantique
    Il s'agit de notre encyclopédie mentale. Elle stocke nos connaissances acquises tout au long de la vie, sur le monde et sur soi-même : définitions, dates, faits sur les lieux ou sur les personnes. Par exemple, c'est la mémoire qui nous permet de nous souvenir des capitales des pays, du nom des présidents, etc.
  • Mémoire épisodique
    C’est la mémoire de nos souvenirs personnels et des événements vécus, avec leur contexte émotionnel, spatial et temporel : se remémorer les dernières vacances ou parler de son prochain anniversaire. Elle se construit dès l’enfance (vers 3 à 5 ans). Elle permet également de nous situer dans le temps et de nous projeter dans l'avenir.
  • Mémoire procédurale
    La mémoire de nos automatismes : marcher, courir, faire du vélo, conduire, écrire, etc. Elle enregistre les habiletés motrices ou cognitives qu’on exécute sans y penser. Elle est inconsciente et très stable.
  • Mémoire perceptive
    Cette mémoire repose sur nos cinq sens. Elle permet de reconnaître un parfum, une mélodie, une texture, une voix familière. Elle agit souvent en arrière-plan, de façon inconsciente, pour fluidifier notre rapport au monde. C'est la mémoire qui nous permet de reconnaître instantanément le goût du café du matin ou la voix d’un proche au téléphone.

Ces cinq mémoires reposent sur des réseaux neuronaux spécifiques, impliquant des zones cérébrales différentes (hippocampe, cervelet, cortex préfrontal…). Il n’existe pas de “centre unique” de la mémoire : c’est un travail d’équipe à l’échelle du cerveau.

Mais il est faux de penser que ces mémoires fonctionnent de façon isolée

Chaque type de mémoire a sa spécialité, mais elles n’agissent jamais seules. Au contraire, elles communiquent et interagissent constamment. La mémoire de travail peut faire appel à des connaissances stockées dans la mémoire sémantique. La mémoire épisodique s’enrichit en mettant des mots sur une expérience vécue, grâce à la mémoire sémantique. Même la mémoire perceptive peut raviver une émotion liée à un souvenir épisodique.

La mémoire fonctionne donc en réseau. Elle mobilise simultanément plusieurs systèmes selon la tâche, le contexte ou les émotions ressenties. Et tout cela repose sur un principe fondamental : la plasticité synaptique. Apprendre ou se souvenir, c’est modifier les connexions entre les neurones. Ces transformations – parfois minuscules – sculptent nos souvenirs et notre capacité à les retrouver.

Lorsque l'on apprend, par exemple, plusieurs types de mémoire sont sollicités. La mémoire de travail sert de porte d'entrée à l'apprentissage. Elle permet de retenir temporairement une information pour la comprendre, l'analyser, la comparer. L'information, si elle est retenue, est ensuite envoyée vers la mémoire sémantique ou elle vient se consolider. La mémoire procédurale est mobilisée lorsqu’on apprend un geste, un réflexe, une méthode que l’on va répéter jusqu’à automatisation. Mais les mémoires épisodiques et perceptives interviennent également dans le processus d'apprentissage, si celui-ci fait, respectivement, un lien avec un souvenir personnel ou appel à nos sens. Résultat : plus on sollicite les différentes mémoires ensemble, plus on renforce les apprentissages. D’où l’intérêt d’utiliser des méthodes pédagogiques multimodales (visuelles, verbales, émotionnelles, interactives…).

En réalité, il pourrait y avoir bien plus de types de mémoire

Les cinq types cités plus haut sont les plus étudiés et les plus structurants… mais ils ne disent pas tout. Les chercheurs explorent d’autres formes, plus fines ou plus transversales. Parmi lesquelles :

  • La mémoire implicite, celle qui agit sans qu’on en ait conscience.
  • La mémoire explicite, accessible volontairement.
  • La mémoire affective, activée par les émotions.
  • La mémoire prospective, qui nous permet de nous souvenir… de faire quelque chose dans le futur.
  • La mémoire collective ou sociale, qui structure les souvenirs d’un groupe ou d’une société.

Ces déclinaisons ne remplacent pas les cinq grandes mémoires identifiées, mais elles montrent que la mémoire n’est pas un modèle figé. C’est un système vivant, évolutif, au croisement des sciences cognitives, des émotions, du langage et de l’expérience humaine.

Comprendre cette complexité, c’est aussi mieux prévenir les troubles mnésiques, adapter nos environnements de formation, et muscler notre mémoire au quotidien.

En résumé, il existe bel et bien cinq types de mémoire distincts, confirmés par l'Inserm, chacun ayant un rôle spécifique et un ancrage biologique validé. Mais ces systèmes ne sont ni hermétiques ni exclusifs : ils sont connectés et souvent activés en synergie. Et surtout, la recherche continue d’enrichir notre vision, révélant un fonctionnement cérébral bien plus subtil et complexe que ce que l'on pourrait penser.

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