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Publié le - Mise à jour le
Dans un monde en constante mutation, où la transition vers une nouvelle civilisation est marquée par un chaos croissant, l'agilité et la capacité à s'adapter deviennent cruciales. Comment les soft skills peuvent être des leviers de transformation du monde du travail ? Comment les développer ? Et surtout, comment mettre en place une culture soft skills en entreprise ? Marie-Pierre Dequier[1], cofondatrice et présidente de la coalition France Apprenante[2], répond en vidéo.
Les compétences cognitives, appelées aussi "soft skills", jouent un rôle prépondérant dans cet univers en évolution. Ces compétences, qui sollicitent la plasticité de notre cerveau, peuvent être cultivées et développées au fil du temps.
L'OCDE met en avant quatre compétences clés, souvent résumées par les "4 C" :
À ces compétences essentielles, Marie-Pierre Dequier ajoute un cinquième C : l'alignement entre le corps et l'esprit. L'alignement corps-esprit souligne l'importance de prendre soin de soi pour maintenir un équilibre, résister au stress, et éviter l'épuisement professionnel ou la dissonance cognitive.
Enfin, l'avènement de l'IA représente une révolution dans le monde du travail. Loin d'être une menace, cette évolution offre l'opportunité de consacrer davantage de temps au développement des compétences humaines. Celles-là même que l'IA ne peut pas reproduire. Comprendre et maîtriser l'IA, tout en développant nos compétences humaines, est essentiel pour coexister avec ces technologies avancées et tirer parti de leur potentiel pour améliorer notre monde.
Le développement des soft skills, ces compétences émotionnelles et comportementales cruciales, est tout à fait réalisable. Ces compétences plongent leurs racines dans des aspects très personnels et parfois ancrés dans nos peurs, ce qui les rend difficilement accessibles par des méthodes conventionnelles. Pour surmonter ces obstacles, il est essentiel de créer un environnement sécurisant et bienveillant, où l'on peut s'exposer à des risques de manière contrôlée, sans se sentir submergé dès le départ.
L'un des cadres les plus efficaces pour ce type d'apprentissage est celui du jeu. Le jeu offre un espace où l'échec n'a pas de répercussions négatives. Cette approche ludique est particulièrement adaptée au développement des soft skills, car elle permet de transformer l'appréhension face à l'échec en une expérience constructive et agréable.
Pour illustrer concrètement comment cette méthode peut être mise en œuvre, prenons l'exemple de la collaboration. Tout le monde reconnaît la nécessité de collaborer, mais rares sont ceux qui parviennent à surmonter les barrières psychologiques pour le faire efficacement. Pour briser la glace, l'association France Apprenante propose des défis ludiques visant à expérimenter la collaboration de manière concrète. Un de ces défis consiste à encourager les participants à obtenir cinq refus en une journée en faisant des demandes extravagantes à leurs collègues. Ce challenge révèle une vérité surprenante : les gens ont souvent du mal à dire non.
Cet exemple démontre que le développement des soft skills peut et doit être une expérience enrichissante, partagée au sein d'équipes où le soutien mutuel et le partage d'expérience renforcent l'apprentissage. L'impact de ces compétences dépasse largement le cadre professionnel, influençant positivement aussi notre vie personnelle. Ainsi, par l'expérimentation et le jeu, nous découvrons non seulement comment surmonter nos appréhensions mais aussi comment enrichir nos interactions au quotidien.
L'instauration d'un environnement qui favorise le développement des soft skills au sein des entreprises est essentiel pour stimuler l'engagement des collaborateurs. Des exemples d'entreprises, peu nombreuses, ayant réussi cette transformation sont soulignés par Frédéric Laloux dans son ouvrage "Reinventing Organizations[3]". Le changement repose sur trois piliers fondamentaux.
La mise en œuvre d’une culture soft skills doit débuter au niveau du comité exécutif. Sans l'adhésion et l'exemplarité de la direction, les efforts de transformation risquent de manquer de crédibilité et d'impact. Les managers, souvent formés dans des systèmes plus traditionnels et hiérarchiques, doivent eux aussi embrasser ces changements, pour que les collaborateurs se sentent ensuite libres de développer et d'exprimer leurs compétences transversales.
Enfin, transformer la culture d'une entreprise est un processus graduel qui ne peut être imposé de manière autoritaire. Il convient de commencer par engager les volontaires, ceux prêts à adopter et à promouvoir ces nouvelles approches. Ces pionniers jouent un rôle crucial en inspirant leurs collègues et en créant une dynamique positive. Une fois qu'environ 12,5 % des salariés ont adopté cette nouvelle culture, l'ensemble de l'organisation tend à suivre, attirée par l'exemple positif et les bénéfices observés chez leurs collègues avant-gardistes.
[1] Marie-Pierre Dequier est à l’origine de plusieurs collectifs qui renouvellent les façons d’apprendre et de travailler, comme ze game et CollectivZ
[2] La coalition France Apprenante fédère des acteurs des domaines de l’accompagnement, de l’éducation, de l’apprentissage, de l’innovation, du digital et de la formation qui souhaitent mieux accompagner la mutation des territoires et des entreprises