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Publié le - Mise à jour le
Bonne nouvelle : les soft skills - ou compétences psychosociales[1] - sont désormais pleinement intégrées dans les stratégies RH. Au risque d’une certaine banalisation ? S’il peut s’agir d’un point de vigilance, l’année 2024 devrait être marquée par un rôle accru attribué aux soft skills des salariés, dans des environnements professionnels de plus en plus irrigués d’IA génératives.
Le constat se confirme et reconfirme, alimenté par de nombreuses enquêtes menées auprès des professionnels RH, en France et à l’international : les recruteurs attachent une importance croissante aux soft skills. Les compétences psychosociales s’imposent en effet comme un moyen de distinguer deux candidats disposant du même niveau de qualification pour un poste. Elles sont aussi, et surtout, essentielles dans une époque marquée par l’obsolescence accélérée des savoir-faire techniques et métiers. En 2023, plusieurs ont été plébiscitées par les employeurs, en particulier l’autonomie, la capacité d’adaptation et la communication[2]. Par ailleurs, entre 2017 et 2022, la demande de soft skills a augmenté de 16 % dans les offres d’emploi, selon le dernier baromètre d’Adecco Analytics.
Si l’on en croit les résultats croisés de plusieurs études ou baromètres[3] consacrés au rôle des soft skills en entreprise ou à leur importance lors de la phase de recrutement, on observe une nouveauté en 2023 : le sens du collectif est de plus en plus mis en exergue. Les entreprises recherchent ainsi des profils capables de s’investir dans un projet commun, de contribuer à des objectifs partagés – au-delà de la quête de performance individuelle. Le sens du collectif illustre l’importance, pour les organisations, de s’appuyer sur une culture interne coopérative, ancrée dans le souhait de cohésion sociale.
Par ailleurs, selon les retours d’expérience d’entreprise et les analyses d’expert, quatre soft skills composent aujourd’hui le « cœur du réacteur ». Du côté des compétences individuelles, deux ressortent comme des incontournables : il s’agit de la capacité d’adaptation, indispensable pour naviguer dans un environnement incertain et accepter le changement - sans le subir. Le passage au travail hybride pendant la crise sanitaire, et les transformations organisationnelles depuis 2020, illustrent le besoin, pour les entreprises, de compter sur des collaborateurs adaptables. Quant à l’IA - on y reviendra – elle représente un nouveau défi appelant de grandes capacités d’adaptation. Inscrite également dans les grandes leçons de la pandémie, l’autonomie est une autre soft skill essentielle ; pour les services RH comme pour les managers, l’enjeu consiste à donner aux collaborateurs les moyens réels de cette autonomie.
Si le sens du collectif a le vent en poupe, les capacités de communication représentent également des aptitudes clés. Tout comme, sur le plan numérique, l’usage pertinent des outils et logiciels indispensables aux échanges entre collaborateurs, indépendamment de l’endroit où ils travaillent. L’écoute active et l’intelligence émotionnelle sont également à privilégier pour communiquer efficacement dans un environnement fortement digitalisé. De la même façon, la capacité à coopérer est restée, en 2023, l’une des compétences les plus recherchées par les recruteurs.
Mais que peut-on attendre de 2024 ? La dernière édition de l’étude Future Of Jobs du Forum économique mondial lève le voile à ce sujet, en mettant en avant, pour la France, la résilience, la flexibilité et l’agilité, considérées comme un ensemble. Viennent ensuite la pensée analytique, ainsi que l’IA et le big data. « Sur les trois groupes de compétences privilégiées par les décideurs, deux relèvent donc des soft skills », constate Adrien Nicolas, responsable des formations soft skills de Lefebvre Dalloz Compétences, dans l’édito qu’il a rédigé pour le 4e baromètre des soft skills.
Une nouvelle édition de ce baromètre qui confirme une certaine continuité par rapport aux précédents volets. Ainsi, les soft skills restent avant tout associées, pour les professionnels interrogés (RH et formation, direction générale et directions opérationnelles principalement), aux compétences émotionnelles et relationnelles, devant les compétences conceptuelles et cognitives, puis les compétences organisationnelles. En revanche, leur importance stratégique est en recul. Pour les experts de Lefebvre Dalloz Compétences, cela traduit une certaine « normalisation » voire « banalisation » des compétences psychosociales. Un résultat l’illustre : parmi les enjeux pour lesquels les soft skills sont jugées décisives, l’accompagnement des transformations de l’entreprise recule depuis 2021, passant de la troisième à la sixième place. Une autre nouveauté 2024 concerne, sans surprise, l’intelligence artificielle. Près d’un répondant sur cinq estime ainsi que l’arrivée des IA génératives est un critère pour justifier la formation à certaines soft skills.
Plus largement, les prochains mois pourraient être placés sous le signe de l’approche SBO - skills-based organization. Soit l’accent mis, dans le recrutement comme dans les modes de travail, les actions de développement ou les opportunités de mobilité, sur la compétence de l’individu, ses réalisations, son potentiel – davantage que sur le diplôme ou les qualifications. Nul doute que les soft skills prennent toute leur part dans cette dynamique, renforçant cette « normalisation » mise en évidence dans le baromètre 2024 de Lefebvre Dalloz Compétences.
[1] Les « compétences psychosociales » (CPS) sont la terminologie retenue par l’Éducation nationale pour parler des soft skills. Pour en savoir plus sur le développement des soft skills à l’école : c’est ici.
[2] Quelques articles pour en savoir plus en la matière sur : l’importance de la communication, des origines de l’Homme à nos écosystèmes professionnels actuels ; les liens entre qualité relationnelle au travail et communication constructive ; la communication digitale – entre autres.
[3] Les études ou baromètres pris en compte sont : le baromètre des soft skills 2024 de Lefebvre Dalloz Compétences ; le baromètre des soft skills de Todo Skills ; celui de WeSuggest – PerformanSe sur l’évaluation des soft skills ; l’étude Future Of Jobs du Forum économique mondial.