Qu’on les nomme compétences psychosociales, socio-comportementales ou humaines, les soft skills à l’école semblent devoir devenir un must have dans les prochaines années ! Pour l’instant en revanche, la France ne brille pas en la matière… Ainsi, selon la dernière étude PISA[1] de l’OCDE, les élèves français restent loin dans le classement au regard de plusieurs de ces compétences : 62e sur 65 pour la confiance en leurs propres capacités, et 49e sur 60 pour la collaboration entre élèves – notamment.
Une initiative privée fait intervenir les soft skills à l’école dès la maternelle
Si certains de nos voisins européens se sont lancés dans le développement des compétences psychosociales[2] dès le milieu des années 2000 – c’est le cas du Danemark, nous y reviendrons – l’intérêt du système éducatif français pour les soft skills est beaucoup plus récent. Du moins de façon explicite, car l’apprentissage en mode « atelier » alimente bel et bien le développement de la coopération, par exemple. Or les écoles et établissements publics du secondaire le mettent en œuvre depuis un certain nombre d’années déjà.
Toutefois, pour trouver un système prônant l’acquisition des soft skills à l’égal des connaissances et compétences en littératie et numératie, il faut regarder vers l’enseignement privé - exception faite d’expérimentations en cours dans quelques écoles d’Île-de-France.
Dans l’enseignement privé donc, hors contrat en l’occurrence, l’Union School Paris[3] fondée par Barbara de Baudry d’Asson s’inspire des principes de l’International Baccalaureate (IB) en misant sur le développement de la curiosité intellectuelle, de la confiance en soi et des connaissances académiques, dans une perspective holistique. Dans cette école maternelle et élémentaire qui déploie un enseignement bilingue, différents apprentissages sont intégrés à la journée de classe, dans une visée non exclusivement récréative : éducation au développement durable, jardinage, philosophie, théâtre, codage (sans écran pour les plus jeunes) – entre autres. Et surtout, l’Union School Paris travaille avec le Laboratoire de Psychologie du Développement et de l’Education de l’enfant (LaPsyDE CNRS la Sorbonne) : les enseignants bénéficient ainsi d’une formation aux sciences cognitives appliquées au champ de l’éducation. Dans ce cadre, les élèves s’exercent chaque jour à des jeux d’ingéniosité ou brain games.
Quand une application accompagne le développement des soft skills chez les enfants
Si l’Union School vise les CSP + voire ++ (les frais de scolarité annuels y sont de 20 000€), la start-up Soft Kids[4], fondée par Solenne Bocquillon-Le Goaziou, propose une application et des ateliers destinés aux familles et/ou aux établissements scolaires, accessibles au plus grand nombre. Sachant que l’offre destinée aux familles peut être souscrite dans le cadre de la politique de parentalité des entreprises.
Concrètement, Soft Kids s’articule autour d’une plateforme numérique proposant de multiples activités pour développer la confiance en soi, la résolution de problèmes, la gestion des émotions et l’ouverture à la diversité – entre autres. La dimension ludique y est très présente, intégrée à des parcours bien structurés destinés aux élèves de primaire. Des parcours conçus également en lien avec LaPsyDE CNRS la Sorbonne (sciences cognitives). Et parce que les soft skills ne peuvent se développer que dans l’expérimentation et l’échange, des exercices collaboratifs, débats et jeux de rôle sont proposés en contrepoint des activités réalisées sur tablette. La formule « familles » comporte aussi des conférences, tandis que la formule « écoles » fournit des guides pédagogiques ainsi que des supports à projeter ou photocopier.
À noter : Soft Kids est lauréat de l’Appel à Manifestation d’Intérêt Innovation dans la forme scolaire de l’Éducation nationale, avec le collectif « Bien à l’école » qui réunit 26 partenaires. L’objectif, ambitieux, est d’accompagner 500 000 élèves en décrochage scolaire, à partir de janvier 2024.
Au Danemark, les soft skills à l’école sont une réalité, dans une optique de vivre-ensemble
Comme l’ont titré de nombreux médias mainstream, le ministre de l’Éducation nationale, Gabriel Attal, souhaite que des cours d’empathie voient bientôt le jour dans les écoles françaises ! Cela fait suite à un séjour d’observation au Danemark, dans le cadre des mesures envisagées pour agir sur la prévention du harcèlement scolaire. Si le développement de l’empathie n’est que l’un des éléments de la méthode danoise du Fri for Mobberi (« libéré du harcèlement »), l’évolution annoncée n’en reste pas moins pertinente.
En effet, le développement et l’acquisition des soft skills à l’école revêt un caractère stratégique à bien des égards. Dans le cadre de la prévention du harcèlement, comme souligné précédemment, mais aussi pour renforcer la confiance en soi des élèves, au cœur de leur réussite scolaire ! Ou encore, pour développer la pensée critique, et pour cultiver la résilience ou la gestion des émotions. Autant de leviers visant à préserver la santé mentale des élèves, mise à mal par les périodes de changement qu’ils traversent, et par l’incertitude ambiante, au-delà de la seule « école ».
Mais revenons au Danemark : l’enseignement des soft skills à l’école est apparu en 2005 ou 2007 selon les sources, avec des résultats probants à la clé[5] ! À l’âge adulte, les Danois sont les habitants de l’OCDE ayant le plus confiance en autrui et en eux-mêmes, selon une enquête sur la littératie des adultes (PIAAC). Par ailleurs, si la lutte contre le harcèlement scolaire est une priorité, l’acquisition de certaines soft skills à l’école va au-delà de ce seul objectif : il s’agit de permettre aux élèves de se doter de valeurs de tolérance et de respect, tout en développant le « prendre soin » et le courage. Selon une enseignante danoise interviewée par le Huffington Post, cette orientation irrigue également les enseignements académiques, avec un travail en petit ou grand groupe et un questionnement proposé aux enfants. Par exemple : comment prendre soin de ses camarades, dans le cadre de l’apprentissage ?
Il est à noter qu’en Finlande également, l’enseignement est centré sur l’interdisciplinarité et les soft skills. Les enfants apprennent ainsi à s’exprimer à l’oral et à travailler en équipe, notamment. C’est aussi le cas en Suède.
>> L’essentiel à retenir :
- Le développement des soft skills chez les enfants leur permet d’obtenir de meilleurs résultats dans les matières académiques – grâce à l’un des piliers de l’apprentissage, la confiance en soi.
- En France, les enfants sont d’ores et déjà accompagnés dans la découverte et la mobilisation de leurs compétences soft – via l’application Soft Kids notamment, ou au sein de l’école privée bilingue Union School Paris.
- Plusieurs écoles publiques parisiennes et d’Île-de-France mettent en œuvre la méthode danoise Fri for Mobberi (« libéré du harcèlement »), dans le cadre d’expérimentations menées depuis la rentrée 2022.
[1] Classement PISA 2018 (Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves). Les résultats de la France témoignent surtout de grandes inégalités socio-économiques.
[2] Les « compétences psychosociales » (CPS) sont la terminologie retenue par l’Éducation nationale pour parler des soft skills. Elles ont été intégrées dès 2015 par l’EN dans le socle commun de connaissances, de compétences et de culture, puis par le ministère de la Santé dans le Parcours Éducatif Santé, à partir de 2016.
[5] L’école danoise a néanmoins connu plusieurs réformes depuis 2013, cette année-là ayant vu le déclenchement d’une grève des enseignants sans précédent dans le royaume.
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