Les défis 2023 des cabinets comptables

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Les structures d'expertise comptable et de commissariat aux comptes, lesquelles ont plutôt bien résisté à la crise sanitaire, resteront confrontées en 2023 au défi de leur attractivité. Avec l'inflation et la pénurie de talents, la politique de rémunérations sera essentielle. La perspective de la facturation électronique et du développement de missions sur la durabilité pourraient apporter une bouffée d'oxygène à plus long terme.

"Les cabinets comptables ne manquent pas de clients mais de bras". Souvent entendue, cette affirmation restera-t-elle d'actualité en 2023 ? La réponse à cette question renvoie notamment aux sujets de l'attractivité de la profession comptable libérale et de la vitalité de ses entreprises clientes.

Vaste sujet, l'attractivité des cabinets comptables met en jeu plusieurs facteurs. Même si elle ne fait pas tout, la rémunération des collaborateurs reste essentielle comme le montrent plusieurs études. Et elle l'est d'autant plus dans le contexte inflationniste actuel. Certains cabinets ont d'ailleurs opté en 2022 pour une hausse générale des salaires. "Nous avons décidé dès le mois de juillet d’augmenter l’ensemble des collaborateurs de 6 %, une augmentation effective au 1er septembre, nous indiquait Bruno Rouillé, directeur général d’Orcom.

Autre exemple, celui d'Amarris. "Dès le mois de juin, quand nous avons débuté nos entretiens annuels, les collaborateurs nous ont fait part de difficultés liées au coût de la vie, relatait Cédric Gaborit, directeur général du cabinet Amarris. Alors que les augmentations individuelles prévues à l’issue de notre exercice fin juin sont en moyenne de 3,5% (perçues en octobre), nous avons décidé d’y ajouter une augmentation générale des salaires de 5% versée fin septembre", détaillait-t-il.

Chez In Extenso, il n'y a pas eu d'augmentation générale des salaires. "On préfère être dans une logique de rémunérations selon le mérite de chacun, résumait Antoine de Riedmatten, président du directoire. On n’est pas tellement sur l’application du même pourcentage à tout le monde. Même si ce n’est pas une politique qui soit précisée comme ça, l’augmentation de salaires qui figure dans les comptes est de l’ordre de 4 % pour l’année", ajoutait-il.

Augmentation des salaires minima dans les cabinets

Récemment, les salaires minima ont été revalorisés dans les cabinets comptables. L'augmentation s'élève à 4,5 % au 1er janvier 2023 étant précisé que la revalorisation précédente datait du 1er avril 2022. On peut se demander si ce changement impactera les politiques des employeurs concernant les salaires supérieurs aux minima.

L'attractivité des cabinets, c'est aussi liée à l'activité même qui est confiée aux collaborateurs. Sur ce point, deux sujets peuvent être positifs. Mais peut être pas dès cette année. Premièrement, la généralisation de la facturation électronique entre assujettis à la TVA. Rappelons qu'elle doit démarrer le 1er juillet 2024. En théorie, cette réforme doit permettre de réduire les tâches à faible valeur ajoutée à commencer par celle de saisie comptable.

Investissement informatique

Question : les entreprises vont-elles préparer cette réforme dès 2023 ? Ce n'est pas certain. Car d'une part, cela peut nécessiter d'investir à un moment où le contexte économique n'est pas des plus favorables. Chez In Extenso, 50 % des TPE clientes font leur facture sur Word ou Excel. A quel moment ces entreprises basculeront-elles vers un logiciel de facturation adéquat ?

D'autre part, il faut que les solutions informatiques soient prêtes pour embarquer cette évolution. Quoi qu'il en soit, les cabinets doivent trouver le bon moment et la bonne approche pour faire adhérer les clients et les collaborateurs, ce qui nécessite de faire évoluer les postes et les compétences de certains salariés.

Durabilité

Une autre source d'attractivité liée à l'activité des collaborateurs porte sur le sujet de la durabilité. "Nous avons besoin d'entreprises à la fois durables et profitables", résumait récemment Mairead McGuinness, commissaire européenne aux services financiers, à la stabilité financière et à l'union des marchés des capitaux. Autrement dit, le reporting comptable/financier des entreprises ne suffit plus. Celui sur la durabilité, que l'on peut aussi appeler RSE ou ESG, devient indispensable à un périmètre de plus en plus large d'entreprises. Sans parler du secteur non marchand.

Cette évolution touche la profession comptable libérale. Qu'il s'agisse de l'expert-comptable ou du commissaire aux comptes, chacun de ses professionnels est concerné à double titre. En tant que dirigeant ou manager, l'un comme l'autre ne peut plus faire l'impasse sur ce sujet qui contribue à l'attractivité du cabinet, comme c'est le cas pour toute entreprise de l'économie. Avec une particularité pour le secteur comptable : comment les nombreuses structures de petite taille peuvent-elles mettre en place une démarche durabilité sachant qu'elles peuvent difficilement dégager une ressource humaine dédiée à cela ?

Vers une réforme du Dec ?

La profession comptable libérale est ou sera également concernée par la durabilité en termes de missions. Même si le chiffre d'affaires sur cette activité est, pour la majorité des cabinets, probablement très faible, voire nul, comparé à celui coeur de métier (comptabilité, fiscalité, social), la donne devrait progressivement changer.

Le droit de l'Union européenne, via la directive sur le reporting de durabilité des entreprises (dite CSRD), impose à certaines sociétés de nouvelles obligations de transparence dont certaines touchent un périmètre élargi à la chaîne de valeur. Les commissaires aux comptes ont obtenu une légitimité politico-juridique européenne en tant qu'auditeur de premier plan en matière d'informations de durabilité des entreprises dans le cadre de la CSRD. Il leur faut désormais obtenir une légitimité technique. Cela passe, pour ceux en exercice avant 2026, par un système de formation continue adapté.

A la recherche d'un standard pour les TPE

A partir de 2026, les nouveaux inscrits devront obtenir leur légitimité technique d'abord par la formation initiale. Cela ouvre un chantier de réforme pour le Dec... d'autant plus que les experts-comptables — en tous cas certains — devront quant à eux être en mesure de proposer une mission de production de reporting de durabilité.

Parallèlement à cela, les experts-comptables ont un rôle à jouer en matière de standardisation des données de durabilité des TPE. Pour ces entreprises, ce sujet n'est en effet pas couvert directement par l'Union européenne mais il peut l'être indirectement pour celles qui font partie de la chaîne de valeur d'une entreprise assujettie à la CSRD. Un domaine sur lequel Lionel Canesi, ex président du Conseil national de l'Ordre des experts-comptables, avait fait des propositions. Il avait émis l'idée, lors du dernier congrès de l'Ordre, d'enrichir la liasse fiscale d'une annexe extra-financière.

Activité des cabinets

L'autre grand sujet des cabinets comptables porte sur leur chiffre d'affaires. Quelques éléments de réponse peuvent être apportés sur le contexte dans lequel démarre l'année 2023.  Rappelons tout d'abord que l'activité comptable a plutôt bien résisté à la crise sanitaire. Et on peut faire l'hypothèse que l'année 2022 se soit dans l'ensemble bien passée. En effet, du fait de l'inflation, les cabinets n'ont probablement pas diminué leur prix voire pour certains les ont augmenté.

Parallèlement à ce facteur prix, l'effet volume semble bien orienté. Au 1er semestre, le nombre d'entreprises (tous régimes confondus) a augmenté selon le baromètre national des entreprises du conseil national des greffiers de tribunaux de commerce. Le nombre de créations d'entreprises (environ 304 000) est largement supérieur à celui des radiations (environ 184 000). Il faudrait bien évidemment affiner l'analyse notamment pour cibler les entreprises au régime réel.

Sur l'ensemble de l'année, les indicateurs disponibles à ce jour semblent eux-aussi plutôt positifs. Au total, selon le le conseil national des greffiers de tribunaux de commerce (CNGTC), il y a eu environ 290 000 radiations d'entreprises entre janvier et octobre 2022 alors qu'il y a eu environ 473 000 naissances d'entreprises. Là aussi, il faudrait bien évidemment affiner l'analyse notamment pour cibler les entreprises au régime réel.

Stagnation des nouvelles entreprises au régime réel

L'Insee fournit à ce titre des repères pour les créations d'entreprise étant rappelé que l'Insee et le CNGTC définissent différemment cette notion. Selon l'Insee, le nombre total de créations d'entreprises en 2022 semble bien orienté même si on ne connaît pas encore les statistiques pour décembre 2022. Le nombre total d’entreprises créées sur les onze premiers mois de l'année (de janvier 2022 à novembre 2022) augmente de 1,67 % par rapport à celui sur la même période un an plus tôt, montrent les statistiques de l'Insee diffusées le mois dernier. Une tendance relativement positive quand on sait que les années précédentes étaient déjà bien orientées tous régimes confondus (+ 17,4 % en 2021, + 4 % en 2020, environ + 18 % en 2019 et près de + 17 % en 2018).

Concernant les entreprises au régime réel, la donne diffère selon le cas. Pour les sociétés, le nombre de naissances a progressé de 4,37 % sur les onze premiers mois de l'année. Pour les entreprises inviduelles au régime réel, la tendance est négative. Le nombre de créations baisse de 8,22 %. Mais globalement, il y a pratiquement eu autant de naissances d'entreprises au régime réel sur les onze premiers mois de 2022 que sur ceux de 2021.

Par Ludovic Arbelet, rédacteur en chef d’ActuEL Expert-comptable

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