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Publié le - Mise à jour le
Alors que la crise liée à l’épidémie de Covid-19 a entraîné un surplus d’épargne chez les ménages français estimé à 175 milliards d’euros selon la Banque de France[1], l’invasion de l’Ukraine par la Russie et les sanctions prises à l’encontre de cette dernière pourraient avoir des répercussions sur cette épargne. Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’Épargne, décrypte les conséquences de la crise ukrainienne sur les épargnants français.
La crise ukrainienne a indéniablement des effets sur le marché financier français. Certaines valeurs ont été attaquées et la volatilité des actions s’est accrue, mais il n’y a pas eu d’effondrement, de krach. Le marché obligataire a quant à lui connu des mouvements contradictoires, avec des taux d’intérêt qui ont dans un premier temps baissé, puis sont remontés après les annonces des banques centrales. Si elles ont été accentuées par la crise ukrainienne, ces évolutions sont toutefois liées à un contexte préexistant marqué notamment par la progression de l’inflation depuis le milieu de l’année 2021.
Les rendements ont évolué différemment selon les investissements. Pour les obligations, les rendements sont en légère hausse, mais, du fait de l’inflation, les rendements réels sont fortement négatifs. Pour les actions, les résultats des entreprises en 2021 ont été globalement bons, ce qui laisse présager des dividendes élevés en 2022. Il est toutefois encore trop tôt pour connaître les conséquences de la crise ukrainienne sur les résultats à venir des entreprises. Concernant le marché de l’immobilier, grand pôle d’investissement en France, le conflit n’a pas d’effet direct majeur. Il reste dans la tendance post Covid avec des rendements soutenus : les SCPI ont servi 4,2 % en 2021. L’immobilier pourrait être pénalisé en cas d’une hausse des taux et en cas de d’une forte baisse du pouvoir d’achat des ménages.
Les épargnants subissent une taxe inflationniste. Les liquidités et les produits de taux sont les plus exposés. En période de crise, en période d’inflation, les épargnants se doivent être agiles et diminuer le volume de leurs liquidités. Ils doivent diversifier leurs placements et les sélectionner avec encore plus d’attention que d’habitude.
Plusieurs placements sont considérés comme des valeurs refuges. C’est le cas de l’immobilier, même s’il présente certains risques, car l’évolution du marché immobilier dans les prochains mois n’est pas claire et qu’il pourrait être touché par la baisse du pouvoir d’achat des ménages. Les autres valeurs refuges sont l’or et les cryptomonnaies. Toutefois, à la différence d’autres placements, ni l’or ni le bitcoin ne produisent d’intérêts ni de dividendes : il s’agit de placements purement spéculatifs. Les actions cotées et non cotées des entreprises pouvant répercuter les hausses de prix sont à privilégier. Le secteur du luxe demeure attractif. Il peut également être intéressant de regarder du côté des secteurs qui ont connu de fortes dépréciations depuis le début de la crise et qui pourraient remonter dans les prochains moins, banques, transports, etc.
Depuis le début de la crise sanitaire, le marché de l’épargne est dominé par l’épargne de précaution. Aujourd’hui, avec la crise ukrainienne et l’épidémie de Covid-19, qui demeure prégnante, nous sommes dans un contexte d’anxiété et d’incertitude, qui favorise l’épargne de précaution : les résultats du Livret A en janvier/février en témoignent, avec plus de 9 milliards de collecte nette. Dans les prochains mois, du fait de la menace inflationniste, le taux d’épargne devrait rester élevé et les ménages devraient continuer à favoriser l’épargne liquide. Cette propension n’est pas la plus rationnelle. Il convient en effet pour se prémunir de l’inflation d’oser prendre un peu plus de risques.
[1] « L’impact de la crise du Covid-19 sur la situation financière des entreprises et des ménages en janvier 2022 », Banque de France, 03/03/2022, p.1. URL : https://www.banque-france.fr/sites/default/files/media/2022/03/03/impact_crise_covid_mars-2022.pdf.