Construire le bonheur au travail grâce à la psychologie positive – L’interview vidéo de Florence Servan-Schreiber

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Le bonheur intrigue, fascine, parfois échappe… Pourtant, il ne relève pas du hasard : il peut se construire. Alors que la santé mentale a été érigée en grande cause nationale 2025 par le gouvernement, la question du bien-être au travail s’impose plus que jamais. Comment la science explique-t-elle le bonheur ? En quoi le leadership positif peut-il renforcer la cohésion et l’engagement des équipes ? Et quelles compétences ou rituels concrets permettent de préserver la santé mentale dans nos organisations ? Journaliste, autrice et conférencière, Florence Servan-Schreiber explore depuis des années la psychologie positive et ses applications au quotidien. Dans cet échange, elle nous entraîne au cœur de ses découvertes et offre des pistes concrètes pour faire du bonheur un véritable levier en entreprise.

La science du bonheur et la psychologie positive… en entreprise

Pour Florence Servan-Schreiber, le bonheur n’a rien d’une formule magique. « On croit souvent qu’il s’agit d’un état insaisissable, alors qu’il existe des données scientifiques très claires », affirme-t-elle. La psychologie positive a permis de mesurer ce qui influence notre bien-être : 50% de notre capacité à être heureux est inscrite dans nos gènes. Une véritable loterie biologique où la dopamine, la sérotonine, l’ocytocine ou encore les endorphines sont sécrétées en plus ou moins grande quantité selon chacun. Certains voient naturellement la vie en rose, d’autres l’affrontent avec plus de difficulté, et ce n’est pas une question de volonté.

À ces 50% s’ajoutent 10% liés aux conditions extérieures : la météo, l’ambiance de travail, la qualité d’un manager. « Contrairement à ce qu’on imagine, ces éléments pèsent très peu dans notre sentiment global de bonheur », souligne Florence Servan-Schreiber. Les 40% restants, en revanche, sont décisifs. Ils dépendent de notre interprétation des situations et des comportements que nous choisissons d’adopter face à elles. Dans le monde professionnel, il est rare de pouvoir transformer son environnement du jour au lendemain. En revanche, changer la manière de le percevoir, de lui donner du sens et d’y répondre activement peut transformer le quotidien.

C’est précisément là qu’intervient la psychologie positive. Souvent confondue avec la pensée positive, elle s’appuie pourtant sur des recherches scientifiques solides. « Des chercheurs ont étudié ce qui marche (l’amitié, la créativité, l’attachement, la réussite…) pour en tirer des modèles applicables », explique-t-elle. L’objectif n’est pas de réparer ce qui dysfonctionne, mais de renforcer ce qui fonctionne déjà. Appliquée à l’entreprise, cette approche met en évidence une réalité essentielle : il n’existe pas de recette universelle du bonheur au travail.

Chaque collaborateur est unique, avec ses qualités, ses talents et sa personnalité, bien au-delà de sa fiche de poste. La psychologie positive a ainsi permis d’identifier 24 forces de caractère fondamentales, présentes en chacun de nous à des degrés différents. « Ce sont elles qui représentent notre véritable valeur ajoutée », conclut Florence Servan-Schreiber.

Le leadership positif et son impact sur le bien-être des équipes

Pour Florence Servan-Schreiber, le leadership positif commence par l’optimisme. « Ce n’est pas croire naïvement que tout ira bien, mais interpréter un échec comme une étape vers une réussite future, plutôt qu’une preuve d’incompétence », explique-t-elle. Cette posture, réaliste et constructive, change profondément la dynamique d’une équipe en l’orientant vers l’apprentissage plutôt que vers la résignation. L’authenticité est tout aussi essentielle. « Un discours n’a de valeur que s’il est aligné avec les actes et les forces réelles de celui qui le porte », insiste-t-elle. Selon elle, se connaître soi-même grâce à la psychologie positive n’a rien d’égocentrique : c’est un véritable investissement pour gagner la confiance de ses équipes et donner envie d’être suivi.

Le bonheur au travail repose sur trois piliers indissociables : plaisir, sens et contribution. La contribution est attendue par défaut : produire, atteindre des objectifs, remplir sa part du contrat. Le sens et le plaisir, en revanche, sont souvent laissés de côté. Leur absence explique en grande partie les vagues de démissions qui frappent aujourd’hui les entreprises, visibles ou plus silencieuses. « Se donner à fond pour une mission qui n’a pas de sens ? Impossible », résume Florence Servan-Schreiber. Le plaisir, précise-t-elle, ne se trouve pas dans des artifices comme un baby-foot ou des gadgets de détente. Il naît avant tout des moments de concentration intense, lorsque toutes nos compétences sont mobilisées pour atteindre un objectif. Ces instants, qualifiés d’états de flux, procurent un sentiment unique : le temps disparaît, la petite voix intérieure se tait, et l’on est totalement absorbé par ce que l’on fait.

Dans cette perspective, le rôle du manager prend une dimension clé. Il ne s’agit pas de rendre les collaborateurs heureux, car le bonheur reste une responsabilité personnelle. En revanche, il lui revient de créer un environnement qui favorise l’expression des singularités. « La psychologie positive rappelle que le management ne gagne rien à uniformiser », affirme-t-elle. Valoriser les différences, faciliter la confiance, désamorcer les tensions, permettre à chacun de déployer ses talents : voilà ce qui, selon Florence Servan-Schreiber, distingue le manager capable de nourrir le bien-être collectif.

Soft skills et bonnes pratiques pour cultiver le bien-être et la santé mentale

Pour Florence Servan-Schreiber, impossible de parler de bien-être et de santé mentale sans commencer par la communication. « Rien n’est plus important, pour nous êtres humains, que la qualité des relations que nous entretenons », affirme-t-elle. Créer des espaces où chacun peut exprimer ce qu’il a sur le cœur ne relève pas seulement d’une soft skill, mais d’un besoin vital. Elle illustre ce propos avec un exemple marquant : à Yale, des étudiants brillants mais obsédés par la performance académique et professionnelle négligeaient totalement leurs relations personnelles. Pour y remédier, l’université a instauré un cours obligatoire de psychologie positive. Le message était clair : « Ce qui compte n’est pas le classement vis-à-vis des autres, mais la capacité à se concentrer, à être pleinement présent ». Pour Florence Servan-Schreiber, le parallèle avec l’entreprise est évident : cultiver la concentration, c’est aussi nourrir la créativité, la productivité et, au final, des relations plus riches entre collègues.

Lorsqu’on l’interroge sur les rituels capables de renforcer le bien-être au quotidien, elle met en avant deux clés simples : le rire et la sensibilité. « On se prend tellement au sérieux ! », lance-t-elle en souriant. Pour elle, l’humour est un outil de management à part entière : il détend, crée une bouffée d’oxygène et installe un climat positif. Mais au-delà du rire, elle insiste sur l’importance d’accueillir la sensibilité grandissante des collaborateurs. « Tout le monde n’est pas équipé pour ça, mais on peut se former pour entendre ces moments. Sinon, c’est comme ça que les gens tombent en burn-out. » Dans un monde professionnel souvent chaotique, elle plaide pour un management plus humain, capable de reconnaître les « ralentisseurs » qui jalonnent les parcours de chacun.

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