Quelles ressources clés pour apprendre ? – Laure Bertrand répond en vidéo

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3 questions a Laure Bertrand
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Bien que l’information soit ultra-accessible, sur toutes les plateformes, cela ne suffit pas pour apprendre. Quels sont les points de vigilance pour tirer pleinement parti de ce foisonnement d’informations ? Comment s’inspirer de Léonard de Vinci pour comprendre et apprendre ? Quelles sont les soft skills nécessaires pour en développer d’autres ? Les réponses de Laure Bertrand, Directrice Soft Skills, Développement Durable & Carrières du Pôle Léonard de Vinci[1].

Avec une information ultra-accessible, est-il plus facile d’apprendre ?

De nos jours, l’information est à portée de clic sur notre téléphone portable, notre ordinateur ou sur des bases de données numérisées, toutes disciplines confondues. Pour autant, et même si cela peut sembler paradoxal, cet accès libre à la connaissance ne suffit pas pour apprendre. Il faut garder en mémoire trois points de vigilance pour pouvoir tirer pleinement parti de ce foisonnement de connaissances.

1. L’esprit critique

Sur internet, la hiérarchisation de l’information n’existe pas. On retrouve côte à côte, sur une page de résultats Google, un article scientifique révisé par les pairs et un post ou un tweet fondé, ou non, sur des faits.

Cette situation demande de prendre du recul sur l’information en elle-même et incite à s’interroger sur la priorisation des sources d’informations. Laure Bertrand pose quatre questions pour développer l’esprit critique de ses étudiants et le nôtre : Qui parle ? Quel est le message ? Quel est l’objectif de ce message ? Comment les propos ont-ils été vérifiés ?

2. Le temps requis pour apprendre

Une connaissance ne s’intègre pas immédiatement dans notre cerveau. Pour en arriver au stade de l’acquisition, il est nécessaire de lire, d’écouter, de digérer l’information, de la mettre en perspective avec d’autres connaissances… et tout cela demande du temps.

Or, le monde d’aujourd’hui, et notamment l’univers du numérique, n’est pas compatible avec le temps que demande l’apprentissage. Le rythme des sollicitations et des pensées s’accélère, le cerveau humain est bombardé d’informations et de notifications. Si la connaissance est disponible partout, nous devons accepter de prendre le temps de la mobiliser pour “véritablement” apprendre.

3. L’illusion de facilité

Finalement, pourquoi apprendre si une simple recherche Google nous ouvre les portes de la connaissance ? Pourquoi apprendre si Chat-GPT, ou toute autre intelligence artificielle, est capable de faire le travail à notre place ? C’est un piège : l’illusion de facilité.

On pense que l’information, parce qu’elle est accessible en un clic, se transforme instantanément en connaissance. Ce n’est pas parce que l’information a effleuré notre cerveau qu’elle a été ingérée et digérée pour produire de la connaissance.

Léonard de Vinci avait –il un secret pour apprendre - et comprendre ?

Les écrits parus à l’occasion du 500e anniversaire de la disparition de Léonard de Vinci nous rappellent à quel point il est un modèle inspirant, dans sa manière de produire et d’appréhender le monde. Laure Bertrand[2] retient quatre points déterminants à ses yeux, tant pour les étudiants que pour les professionnels en activité.

1. La multidisciplinarité

C’est le fait de s’intéresser à différentes approches, différentes disciplines, marque de fabrique de Léonard de Vinci qui aimait les maths, les arts, l’astronomie… La multidisciplinarité est la base d’une grande ouverture d’esprit.

Concrètement, dans un cadre professionnel, cela revient à « sortir des silos », s’intéresser à ce que fait l’autre, échanger avec des collaborateurs qui ont un cadre de référence différent. 

2. L’interdisciplinarité

L’intérêt pour des domaines différents ne suffit pas, il faut les entremêler pour créer des connaissances nouvelles. C’est ce qu’on appelle l’interdisciplinarité, pratiquée par Léonard de Vinci : il essayait par exemple de comprendre les mouvements de l’eau en regardant ceux d’une longue chevelure[3]. D’une manière générale, il aimait mettre en perspective plusieurs approches pour mieux comprendre le monde.

3. La curiosité

Léonard de Vinci est célèbre pour sa curiosité pour le monde qui l’entoure. Tout l’intéresse et il a envie de tout savoir. Sa curiosité est la source de sa grande créativité. Nous devons nous inspirer de son ouverture d’esprit pour conserver cette volonté d’apprendre, de découvrir, et surtout de ne jamais être blasé.

4. La remise en question

Léonard de Vinci avait une grande capacité à se remettre en cause, en questionnant à chaque instant ses certitudes et ses savoirs. L’exemple le plus significatif repose sur sa grande théorie du microcosme et du macrocosme, à laquelle il renonce après 20 années de recherches lorsqu’il réalise qu’elle ne peut être vraie.

Pour apprendre, nous devons être dans ce rapport permanent à la remise en question, au changement, à l’ouverture d’esprit. C’est cette démarche qui rend notre esprit disponible pour apprendre de nouvelles choses.

Quid des soft skills sans connaissance de soi ni réflexivité ?

La connaissance de soi  et la réflexivité sont essentielles dans une démarche de développement des soft skills, constate quotidiennement Laure Bertrand dans la pratique pédagogique.

Le développement des soft skills nécessite une conscientisation, l’identification des compétences acquises et celles à apprendre à l’avenir. Si les soft skills à développer sont nombreuses - créativité, assertivité, relation à l’autre, gestion des conflits, coopération… - encore faut-il savoir si elles sont déjà acquises, ou non.

Cette première analyse permet de sélectionner les compétences à développer et dont il est nécessaire de surveiller l’évolution. Certaines compétences sont familières – et donc rapidement assimilées – quand d’autres demandent plus de travail par la formation, la pratique et l’expérimentation. La connaissance de soi est le fil rouge de l’ensemble du développement des softs skills.

Par ailleurs, l’apprentissage étant un processus itératif, on y associe toujours la réflexivité. C’est-à-dire : prendre le temps, à chaque expérience vécue individuellement ou collectivement, d’observer la situation. Quelles ont été les réactions – et pourquoi ? Qu’est ce qui s’est bien – ou mal – passé ? Quelles compétences, comportements ou attitudes faut-il développer pour que ça se passe mieux ?

On le comprend, la connaissance de soi et la réflexivité forment un binôme pour saisir toute expérience de vie avec l’objectif de réfléchir et apprendre sur soi.


[1] Le Pôle Léonard de Vinci, qui comprend 3 écoles à Paris-La Défense (une école d'ingénieurs, une école de management, une école du digital), accueille chaque année 9.000 étudiants depuis plus de 7 ans

[2]  Laure Bertrand, Enseignant Chercheur en Ressources Humaines, Développement durable et RSE, a contribué à l’ouvrage “Apprendre avec Léonard”, édité par le Pôle Léonard de Vinci

[3]Vieil homme et études de tourbillons”, Plume & encre, Léonard de Vinci

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