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Publié le - Mise à jour le
Le directeur de la Cnav, Renaud Villard, à gauche
© actuel CSE / MAG
Le directeur général de la Caisse nationale d'assurance vieillesse (Cnav), Renaud Villard, a rencontré les journalistes de l'Ajis (*) pendant plus d'une heure mercredi 31 mai, et assuré que l'organisme serait prêt à appliquer la réforme lors de son entrée en vigueur au 1er septembre 2023. Il revient également sur quelques nouveaux services proposés par la caisse aux assurés.
L'ampleur de la réforme laissait craindre un défaut d'application lors de son entrée en vigueur, au 1er septembre 2023. De plus, un article de Politis (à lire en accès libre) a relaté une certaine lassitude du personnel des caisses de retraites, ainsi que leur manque de moyens informatiques et humains. Mais le directeur de la Cnav (Caisse nationale d'assurance vieillesse) l'affirme : "Nous serons prêts au 1er septembre pour mettre en œuvre la réforme".
Cette application se fera "de manière automatisée et industrielle", a-t-il précisé. Ainsi, les outils informatiques seront programmés à temps pour intégrer les nouveaux paramètres d'âge de départ et de durée de cotisation. "Le 7 juin prochain, le simulateur sera à jour des paramètres de la réforme", se félicite Renaud Villard.
Le 17 juin, la Cnav commencera son opération "les rendez-vous de la retraite" : 50 000 rendez-vous sont prévus avec les assurés pour les accompagner. Les pensions versées au mois de septembre vont commencer à être calculées dès le mois de juillet. Pas d'alerte sur le calendrier donc. De plus, 500 équivalents temps plein en CDI vont être recrutés sur l'ensemble des postes, dont 200 ont déjà été embauchés sur autorisation ministérielle en février dernier.
Le directeur général de la Cnav en profite pour rappeler les trois outils disponibles sur le site de l'assurance retraite :
"Il s'agit d'un service 'premium' pour les assurés et pour la caisse", selon Renaud Villard qui anticipe de nombreux départs anticipés en retraite, de l'ordre de 40 % des assurés par an, soit environ 300 000 personnes. Autre nouveauté, mais qui ne sera effective qu'à l'automne 2024 : une demande en ligne de retraite progressive inter-régimes. La Cnav travaille également sur le droit à l'information sur la retraite progressive, projet piloté par le groupement d'intérêt public L'Union Retraite.
Si la loi prévoit formellement une trentaine de décrets, ils pourraient être moins nombreux au Journal officiel. Selon Renaud Villard, un seul décret pourra intégrer plusieurs dispositifs. "J'en ai été saisi très rapidement après la promulgation de la loi, puisque la Cnav reçoit tous les textes relatifs à l'assurance vieillesse. Ils ont fait l'objet d'une analyse très fine de la part de nos juristes", a indiqué le directeur de la caisse qui doute que les syndicats puissent trouver des motifs juridiquement valables pour intenter des recours devant le Conseil d'Etat comme ils l'ont annoncé. "Mais après tout, les syndicats ont aussi des juristes, et nos juristes ne sont pas au Conseil d'Etat", a-t-il relativisé. Le décret sur les carrières longues pourrait être publié début juin.
Le directeur de la caisse est également revenu sur l'état physique et psychologique de ses agents qui doivent faire face à une surcharge de travail et à des incivilités de la part d'assurés qui ne comprennent pas la réforme ou s'y opposent. Selon lui, ces incivilités ne sont pas en hausse en nombre mais en intensité, puisqu'elles peuvent aller jusqu'à l'insulte. Il prévoit donc une formation de ses agents à la gestion des incivilités, et précise qu'un courrier du directeur de la Carsat (la caisse de retraite locale) peut être envoyé à l'assuré afin de le rappeler à l'ordre. La Cnav met également en place de rendez-vous "afin d'éviter la montée en température". Cela sera-t-il suffisant ? "Il faudra le demander au personnel", nous a-t-il répondu.
Quant au dialogue social interne à la Cnav, la négociation d 'un projet d'accord sur la qualité de vie au travail (QVT) a été selon lui repoussée par les syndicats (CFTC, Unsa, CFDT) qui préfèrent attendre la fin définitive de la réforme. Pour intégrer la charge cognitive importante que doivent assumer les agents, la réponse de Renaud Villard joue sur trois approches :
"Le dialogue social est bon et je n'ai pas reçu de préavis de grève. Nous avons déjà signé huit accords ces dernières années", a assuré Renaud Villard. Il est enfin revenu sur les annonces de lutte contre la fraude sociale de Gabriel Attal (lire notre brève) : "Il faudra un effort de dépenses informatiques, et il va falloir recruter 25 % d'effectifs supplémentaires consacrés à la fraude". Un nouveau défi pour la Cnav.
(*) Ajis : Association des journalistes de l'information sociale
Marie-Aude Grimont
Rédactrice en chef adjointe d’Actuel CSE