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Publié le - Mise à jour le
Les PFAS ou « polluants éternels » ont été fortement médiatisés ces dernières années, notamment du fait de leur impact environnemental et sanitaire. Toutefois, l’exposition des salariés à ces substances chimiques est encore mal connue. Nous faisons le point sur la question afin d’éclairer les représentants du personnel.
Les PFAS (perfluoroalkylés et polyfluoroalkylés) désignent une grande famille comprenant plusieurs milliers de substances chimiques. Ces substances ont été utilisées depuis les années 1950 dans l’industrie car elles présentent de nombreux intérêts : leurs propriétés antiadhésives, de résistance à la chaleur, imperméable, etc. sont stables et ont ainsi été mises à profit dans de nombreux produits du quotidien (ex. poêle antiadhésive, emballages alimentaires, textiles imperméables ou produits détachants), dans des pesticides ou encore les médicaments et cosmétiques. Ils sont – malheureusement pourrait-on dire – très largement utilisés.
Leur composition chimique leur assure une très grande stabilité dans le temps – d’où le surnom de « polluant éternel » car ils se dégradent difficilement et s’accumulent dans l’eau ou les sols. Le problème vient surtout du fait que certains de ces PFAS sont toxiques. Par exemple, leur capacité d’interaction avec le système endocrinien ou immunitaire laisse penser à un rôle dans certaines maladies chroniques du rein ou du foie voire dans certains cancers. Ils sont également soupçonnés d’effets sur la fertilité, sur le développements des embryons et des enfants, de désordres neurologiques ou encore de troubles cardiovasculaires.
Le législateur s’est saisi du sujet et la réglementation est en pleine évolution, par exemple au travers d’un Plan d’actions interministériel sur les PFAS d’avril 2024 ou encore de la loi sur les PFAS de février 2025 élargissant la recherche de ces substances lors du contrôle sanitaire de l’eau potable ou encore interdisant la fabrication, l’importation, l’exportation et la mise sur le marché de certains produits s’ils contiennent des PFAS (au 1er janvier 2026, sont concernés les cosmétiques, farts pour le revêtement des skis, les vêtements, chaussures et leurs imperméabilisants).
Les PFAS peuvent se présenter sous plusieurs formes (poudres, granulés, solutions liquides) et impacter différemment les travailleurs : ceux-ci peuvent être exposés lors de la production de PFAS, lors de la fabrication de produits incorporant des PFAS (ex. fabrication de produits de consommation courante), lors de l’utilisation de produits contenant des PFAS (ex. vêtement de protection imperméabilisant ou isolant) ou encore, pour les travailleurs du secteur du traitement et de la valorisation des déchets (ou des eaux usées et sols pollués) qui contiendraient des PFAS.
Les salariés peuvent être en contact avec ces substances de plusieurs façon : exposition cutanée, par inhalation voire par ingestion. Notons que les PFAS n’ont pas tous la même toxicité : cela dépend de leur structure chimique, de leur persistance dans l’organisme ou encore des formes d’interaction avec les processus biologiques. Il est donc important de bien connaître ceux auxquels les salariés sont exposés, ce qui est parfois difficile car ils ne sont pas toujours mentionnés par les fournisseurs ou indiqués explicitement comme PFAS dans les fiches de données de sécurité.
Même si l’on manque encore de données sur le phénomène, les experts considèrent que l’exposition professionnelle aux PFAS est fréquente. De plus, celle-ci s’ajoute à l’exposition environnementale.
La logique de prévention des risques liés aux PFAS est similaire à celle des risques chimiques. Il convient en premier lieu de vérifier que l’employeur a bien intégré la recherche de ces substances dans le document unique de l’évaluation des risques professionnels. En résumé : y a-t-il une démarche spécifique d’évaluation et de prévention du risque PFAS dans l’entreprise ?
Pour renforcer cette évaluation des risques, il est nécessaire de s’interroger sur la présence de PFAS dans les produits chimiques, équipements techniques (comme des vêtements de protection), etc. qui sont manipulés par les salariés. En fonction des PFAS identifiés, de leur dangerosité, du mode et de la fréquence d’exposition, des équipements de protection existants, etc., le risque pourra être précisé et les mesures de prévention et de protection envisagées ou adaptées.
On privilégiera en premier lieu la suppression de ces substances ou leur substitution (par un produit moins ou pas dangereux). D’autres mesures de réduction du risque, techniques ou organisationnelles, doivent venir en complément (ex. aspiration à la source), en réservant le port d’équipements de protection individuelle (EPI) comme solutions de dernier recours – sans oublier l’information et la formation des salariés concernés.
Stéphan Pezé
Consultant-formateur Santé et Sécurité au Travail et QVCT
Intervenant pour Lefebvre Dalloz Compétences
Auteur de Les risques psychosociaux : 30 outils pour les détecter et les prévenir