Neurodiversité et talents singuliers : clés de l’adaptation et de l’innovation en entreprise ? Sabrina Menasria répond en vidéo

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Dans le monde professionnel, la diversité des talents et des compétences est une richesse encore trop souvent sous-estimée. Qu’est-ce que la neurodiversité et pourquoi représente-t-elle un atout stratégique pour les entreprises ? Quels ajustements simples peuvent être mis en place pour inclure et valoriser les talents singuliers au sein des équipes ? Enfin, en quoi les Mad Skills, ces compétences qui font la différence, deviennent-elles indispensables pour innover et s’adapter à des environnements changeants ? Sabrina Menasria, fondatrice de Singularity[1] et experte en neurodiversité, répond en vidéo.

La neurodiversité, c'est quoi au juste ?

La neurodiversité représente l'ensemble des fonctionnements neurologiques, cognitifs et comportementaux humains. Elle illustre les singularités propres à chaque individu, soulignant une richesse intrinsèque de la diversité humaine. Parmi cette neurodiversité, les communautés dites neuroatypiques regroupent des minorités cognitives – environ 20% de la population mondiale – dont le fonctionnement cérébral diffère des normes majoritaires. Cette diversité neurologique, bien que minoritaire, apporte une valeur inestimable, notamment dans le cadre professionnel.

Pour les entreprises, intégrer et valoriser la neurodiversité peut devenir un véritable levier stratégique. Les points de vue uniques, les approches alternatives et les méthodes différentes qu’apportent les personnes neuroatypiques favorisent l'innovation et ouvrent la voie à de nouvelles perspectives. Si cela implique une certaine complexité organisationnelle, les avantages en termes de créativité et d'évolution collective sont indéniables.

Les estimations concernant la neuroatypie varient selon les pays et les méthodologies. Les variations dans les outils de diagnostic et les différences culturelles jouent un rôle important dans ces écarts, mais elles mettent également en lumière un fait central : une part importante des neuroatypiques n’est pas diagnostiquée. Des études montrent qu’entre 15 et 20% des collaborateurs en entreprise se considèrent neuroatypiques, parfois sans diagnostic formel, mais avec une conscience claire de leur différence.

Ces neuroatypiques regroupent des profils variés : personnes sur le spectre autistique, atteintes de TDAH (avec ou sans hyperactivité), troubles "dys" (dyslexie, dyspraxie, dyscalculie), hypersensibles ou à haut potentiel intellectuel (HPI). Autant de singularités qui, malgré les défis qu’elles peuvent rencontrer dans un environnement professionnel, représentent une opportunité précieuse pour repenser les pratiques, les méthodes de travail et, plus largement, la culture d’entreprise. En offrant un espace inclusif et en valorisant ces différences, les organisations peuvent non seulement aider ces talents à s’épanouir, mais aussi enrichir leur propre capacité d'adaptation et d'innovation.

Comment faciliter l’inclusion des talents singuliers en entreprise ?

Faciliter l’inclusion des talents singuliers en entreprise repose sur des actions concrètes et accessibles. Contrairement aux idées reçues, il ne s’agit pas de transformer radicalement les pratiques, mais plutôt d’adopter des démarches centrées sur la sensibilisation, l’adaptation et l’ouverture.

Le premier pilier essentiel est la sensibilisation et la formation des équipes. Avec environ 20% de la population concernée par la neuroatypie, une majorité de collaborateurs – 80% – peuvent méconnaître ces différences cognitives. Les former à reconnaître et comprendre ces spécificités est une étape cruciale. Une fois sensibilisés, les collègues réalisent souvent qu’ils ont déjà côtoyé des talents neuroatypiques sans savoir comment les accompagner. Ce processus favorise une meilleure intégration et une collaboration plus harmonieuse.

Ensuite, il est indispensable de mettre en place des ajustements adaptés aux besoins des collaborateurs. Les environnements de travail doivent être modulés pour tenir compte des particularités cognitives et sensorielles. Par exemple, certaines personnes sur le spectre autistique, hypersensibles au bruit, peuvent nécessiter des espaces calmes pour travailler efficacement. Sabrina Menasria, dans son ouvrage[2], aborde ces questions en profondeur, soulignant l’importance d’adaptations concrètes qui permettent à ces collaborateurs de libérer leur potentiel. Ces ajustements, souvent simples à mettre en œuvre, créent des conditions de travail favorables où chaque individu peut donner le meilleur de lui-même.

Enfin, l’inclusion repose sur l’ouverture d’esprit collective et la valorisation des pensées divergentes. Les talents singuliers apportent souvent des perspectives nouvelles qui, bien qu’inhabituelles, enrichissent profondément les échanges et l’innovation. Pour les intégrer pleinement, il est nécessaire de créer un environnement où ils se sentent en sécurité psychologique, leur permettant d’exprimer librement leurs idées et leurs points de vue. Cela suppose une culture d’entreprise où la différence est perçue non comme un obstacle, mais comme un atout stratégique.

Mad skills : pourquoi deviennent-elles si importantes ?

Les Mad Skills, ou "Make a Difference Skills", désignent les compétences qui permettent aux individus de faire la différence face à des environnements en constante évolution. Elles complètent les compétences techniques (Hard Skills) et relationnelles (Soft Skills) en apportant une capacité d’adaptation essentielle pour répondre aux défis contemporains. Dans un monde où environ 70% des projets de transformation échouent, l’intégration de ces compétences dans les équipes devient cruciale.

Selon une étude du World Economic Forum (2023), les compétences les plus recherchées aujourd’hui sont la pensée analytique et la pensée créative, toutes deux au cœur des Mad Skills. Elles s’inspirent du modèle des hyperexcitabilités développé par le psychiatre polonais Kazimierz Dabrowski au XXᵉ siècle. Elles se déclinent en cinq formes principales :

  1. L’hyperexcitabilité intellectuelle, qui caractérise les personnes investissant une énergie considérable dans la compréhension et l’analyse. Ces profils apportent une capacité analytique précieuse pour résoudre des problématiques complexes en un temps réduit ;
  2. L’intensité créative, qui stimule l’innovation en établissant des connexions entre des idées ou des concepts. Ces compétences sont particulièrement utiles pour imaginer des solutions inédites ;
  3. L’hyperexcitabilité émotionnelle, bien qu’elle soit moins mise en avant, joue un rôle clé dans les transformations humaines. Elle permet de capter et comprendre les émotions d’autrui, favorisant ainsi la cohésion ;
  4. L’intensité sensorielle, qui se manifeste par des sens exacerbés. Si cette particularité peut poser des défis dans des environnements mal adaptés, comme les open spaces, elle constitue aussi un atout dans des contextes spécifiques, comme la musique ou les arts ;
  5. L’hyperexcitabilité motrice, où les individus expriment un besoin constant de mouvement. Ces profils hyperactifs brillent particulièrement dans des métiers nécessitant réactivité et dynamisme.

Les organisations capables de reconnaître, d’intégrer et de valoriser les Mad Skills se dotent d’un avantage compétitif majeur en développant une capacité accrue à innover et à s’adapter aux circonstances changeantes.


[1] En 2019, Sabrina Menasria fonde l’agence Singularity, afin de faciliter l’inclusion des profils neuroatypiques au sein des organisations.

[2] En 2023, Sabrina Menasria publie son premier ouvrage, “INTENSES: Les sept clefs de la réalisation de soi

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