Les soft skills, pour favoriser le dialogue intergénérationnel - L’interview vidéo de Caroline Sarrot-Lecarpentier

Publié le - Mise à jour le

les_soft_skills_pour_favoriser_le_dialogue_intergenerationnel_l_interview_video_de_caroline_sarrot_lecarpentier
Voir toutes les actualités

Dans un contexte où les entreprises cherchent à maximiser leur potentiel humain, l'intégration des seniors et la promotion du dialogue intergénérationnel deviennent des enjeux cruciaux. Pourquoi ne faut-il pas laisser les seniors de côté en entreprise ? Comment favoriser les relations intergénérationnelles pour tirer parti de cette richesse ? Quelles soft skills sont essentielles pour créer du lien entre les générations ? Caroline Sarrot-Lecarpentier[1], spécialiste des dynamiques intergénérationnelles, répond en vidéo.

 

Pourquoi ne faut-il pas laisser les seniors “de côté” ?

Les entreprises françaises négligent souvent l'intégration des seniors, malgré leur immense potentiel. Pourquoi ? La réponse réside dans les stéréotypes et les biais culturels profondément ancrés en France. Prenons l’exemple des chocs pétroliers. Ils ont conduit à un chômage massif, incitant le gouvernement et les entreprises à privilégier l'embauche des jeunes. Une solution alors perçue comme équitable fut l'introduction de la préretraite à partir de 55 ans. En 1987, le député Delalande a instauré une contribution pour freiner ces départs prématurés, mais cette mesure a eu un effet contre-productif : les entreprises se séparaient de leurs collaborateurs dès 49 ans pour éviter des pénalités.

Ce contexte historique a laissé une empreinte durable sur les politiques d'entreprise, reléguant les seniors au second plan en matière de formation, d'évolution et de promotion. Pourtant, ces "talents expérimentés" - un terme bien plus approprié que "seniors" - possèdent des compétences inestimables. Avec 25 à 30 ans d'expérience, ces professionnels ont affronté des crises, géré des équipes et développé des réseaux étendus dans divers secteurs.

L'entreprise qui néglige ces talents se prive d'un véritable trésor vivant. Les talents expérimentés apportent une richesse de savoirs et de compétences qui complètent parfaitement celles des générations plus jeunes. Leur expérience est un atout majeur pour former et guider les collaborateurs au milieu de leur carrière. En valorisant cette expérience, les entreprises peuvent puiser dans un réservoir de connaissances et de compétences vitales pour leur développement et leur innovation.

Comment favoriser les relations intergénérationnelles en entreprise ?

Le dialogue intergénérationnel est une rencontre essentielle qui doit être cultivée au sein des entreprises. Les extrêmes – les très jeunes et les seniors – représentent les populations les plus fragiles et, malheureusement, l'âge demeure le premier facteur de discrimination, surpassant le genre, le handicap et le sexe. Cependant, il ne faut pas oublier les décennies intermédiaires, celles des trentenaires et des quadragénaires, qui jouent également un rôle crucial dans ce dialogue.

La première étape pour favoriser ces interactions générationnelles est de déconstruire les stéréotypes que chaque groupe peut avoir sur l'autre. Les seniors peuvent percevoir les jeunes comme inexpérimentés, tandis que les jeunes peuvent voir les seniors comme déconnectés des avancées technologiques et des révolutions actuelles.

Pour que ce dialogue soit fructueux, il est crucial d'explorer les perspectives de l'autre, sans biais. Les stéréotypes générationnels représentent un frein important à cette exploration. Ainsi, il est essentiel de créer des initiatives variées qui favorisent des moments sacrés de dialogue où chaque voix est égale. Dans ces espaces sécurisés, ni l'âge ni l'ancienneté ne doivent donner plus d'autorité, mais au contraire, chaque individu doit pouvoir partager ses compétences, son expérience de vie et ses références sans préjugés.

Ces échanges intergénérationnels permettent de voir une situation sous différents angles. Les contextes d'entreprise et les crises sont souvent complexes, nécessitant des perspectives variées pour prendre des décisions éclairées. L'avis de personnes d'âges et de compétences différentes enrichit la discussion et mène souvent à des solutions plus innovantes et équilibrées.

Les soft skills à développer pour créer du lien entre les générations ?

La première de ces compétences est la capacité d'écoute. Cela signifie être capable de reconnaître et de valoriser la part de vérité détenue par l'autre. Ce qui freine souvent la communication, c'est la conviction de détenir la vérité absolue, alors que celle-ci est bien plus complexe qu'il n'y paraît. En plus de l'écoute, la curiosité joue un rôle crucial. Encourager les échanges par l'intervention d'un tiers facilitateur peut grandement enrichir les débats. Ce médiateur crée un cadre sécurisé où chacun peut exprimer sa vision du monde, non pas en opposition, mais en complémentarité avec les autres.

L'esprit d'équipe est également une soft skill indispensable. Les études montrent qu'une équipe diverse prend de meilleures décisions dans 86% des cas. La diversité, y compris celle des points de vue, renforce les résultats et les innovations. Elle évite les biais où les individus sélectionnent des personnes qui leur ressemblent, limitant ainsi la qualité des décisions prises.

L'empathie est une autre compétence clé. Comprendre les motivations des autres sans jugement favorise un environnement collaboratif et innovant. L'empathie, combinée à une écoute active et une communication ouverte, renforce les liens sociaux et améliore le relationnel au sein des équipes. Ces qualités doivent être cultivées par les directions des ressources humaines pour développer un sens profond de la coopération.

La citation d'Euripide, "Aucun de nous ne sait ce que nous savons tous ensemble," résume parfaitement l'importance de la diversité des opinions dans la prise de décision. La diversité générationnelle, souvent négligée dans les politiques de diversité et d'inclusion, mérite une attention particulière. Contrairement à d'autres formes de diversité comme le genre ou le handicap, l'inclusion générationnelle n'est pas encore légiférée en France.

Les entreprises comptent souvent quatre à cinq décennies cohabitant ensemble. Il est temps de passer de la simple cohabitation à une véritable coopération intergénérationnelle.


[1] Après plus de 20 ans d’expérience en communication et marketing, Caroline Sarrot-Lecarpentier est aujourd’hui consultante et conférencière en dynamiques intergénérationnelles

Formations qui pourraient vous intéresser

tealium