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Publié le - Mise à jour le
Vous l’avez probablement lu, vu ou entendu : pour apprendre, tout se joue avant l’âge de… 3, 6, 9 ans ! Ou 7, autre chiffre avancé. Une fois sorti de l’enfance, les capacités d’apprentissage de l’être humain se réduiraient donc drastiquement. Est-ce totalement faux ? Vrai à 100 % ? Ni l’un ni l’autre. Exploration rapide et désamorçage de vérités tronquées.
Attention, la réponse va secouer. Ce phénomène se produit en effet… quasiment dès la naissance ! Inutile d’aller plus loin, pourrait-on se dire. Et pourtant si, car cette affirmation est incomplète.
Ce qui est vrai, c’est qu’il existe des périodes critiques, ou sensibles, durant lesquelles le cerveau humain apprend « mieux ». Ainsi, à la naissance, les bébés sont sensibles à tous les sons des différentes langues. À partir de 9 mois environ, ils se spécialisent dans les sons qu’ils entendent le plus souvent – ceux de leur langue natale. Mais cette sensibilité accrue n’est pas valable pour toutes les composantes du langage. La grammaire et le vocabulaire par exemple peuvent être acquis de façon optimale durant une période beaucoup plus longue, voire tout au long de la vie.
Comment l’expliquer ? Il se trouve que le cerveau se « modifie » en permanence en fonction des expériences qu’il traverse. Il est en effet capable de produire de nouveaux circuits neuronaux, en créant de nouvelles synapses[1]. On parle de plasticité cérébrale. Durant l’enfance et l’adolescence, cette plasticité est structurelle. Et elle n’affecte pas toutes les régions du cerveau en même temps.
En matière d’apprentissage, si la thèse du « tout se joue avant … » était exacte, la plasticité cérébrale devrait donc s’éteindre à l’âge sélectionné - ou, en toute hypothèse, chez l’adulte. Or ce n’est pas le cas !
Le cerveau adulte possède en effet une plasticité de type fonctionnel. Cette plasticité concerne principalement les synapses, qui peuvent changer de forme, de nouvelles connexions pouvant aussi voir le jour. Et en parallèle, la neurogénèse entre en jeu, grâce à une « nurserie, située au niveau de l’hippocampe, qui fabrique des néo-neurones à tout âge[2] ».
En cas de réponse par l’affirmative, tous les travaux d’ingénierie pédagogique seraient remis en question !
Tel n’est pas le cas. Les méthodologies d’apprentissage développées dans ce cadre ont en effet un impact significatif. Que l’on pense au découpage des séquences pédagogiques ou à l’alternance du type d’apports – de nombreux organismes de formation, dont Lefebvre Dalloz Compétences, mettant en œuvre des parcours construits selon le principe « partage / ressources / training » -, l’ingénierie pédagogique contribue à la réussite des apprenants.
L’élaboration de ces parcours prend aussi en compte les mécanismes de l’attention. Ceux-ci sont mieux connus grâce à la recherche en neurosciences, le fonctionnement de l’attention humaine – par essence limitée - supposant de procéder à des « réveils » réguliers. Les sessions de formation offrent également des ruptures de rythme et de ton, régulières. Quant aux modalités d’apprentissage, elles permettent aux apprenants d’alterner entre travail en petit ou grand groupe, et travail individuel.
Eh bien non ! Pour apprendre et se doter de toutes les chances de bien mémoriser, des « temps de rien » sont indispensables.
La découverte des ondes lentes du cerveau, au 21e siècle, permet de mieux comprendre comment nous apprenons et, surtout, mémorisons : après un partage de nouvelles « informations » - suivi d’une mise en pratique, dans l’idéal -, des temps de repos et de sommeil vont aider nos fonctions cérébrales à capitaliser sur ces apports. Et bien que « les rythmes chrono-biologiques du sommeil et de la vigilance évoluent avec l’âge » - selon la neurologue Mélanie Strauss, spécialiste des pathologies du sommeil -, ils ont une influence sur l’apprentissage, quel que soit le nombre des années.
Sachant que d’autres mécanismes biologiques sont à l’œuvre : une période de stress prolongé, et/ou des émotions qui nous submergent, peuvent altérer nos capacités d’apprentissage. Au-delà du seul impact du sommeil, notre état de santé agit aussi sur nos performances cognitives : alimentation, sédentarité, fatigue intense liée au surtravail…
Pour apprendre, le cerveau humain a besoin de temps de nouveauté, de temps d’intégration et de « temps de rien » - ainsi que d’un minimum de sérénité ! À n’importe quel âge.