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Publié le - Mise à jour le
Dans une société où les flux de connaissances ne cessent de s’accroître, l’employabilité et l’apprenance forment un duo indissociable. Comment cultiver l’adaptabilité et l’anticipation pour booster sa carrière professionnelle ? Quels sont les mécanismes pour déceler nos motivations et repérer les opportunités d’apprentissage ? Quelles soft skills favorisent l’apprentissage et donc, l’employabilité ? Claudine Pierron, docteure en Sciences de l'Éducation et cheffe de projets transverses à l’APEC, répond en vidéo.
L'employabilité et l'apprenance sont très liées et cette association permet aux collaborateurs de se réorienter ou de changer d’entreprise. Plus nous apprenons, plus nous sommes employables. Cela demande de l'adaptabilité[1] et de l'anticipation, qui sont les deux compétences clés permettant de se maintenir en emploi de nos jours.
De sa recherche scientifique[2], Claudine Pierron retient deux axes importants : le pouvoir d'agir (capabilité, agilité, curiosité) et la capacité à apprendre tout au long de son parcours professionnel. Il est essentiel de repérer notre désir d'apprendre et, surtout, de comprendre comment nous apprenons. Il est également important de savoir comment “désapprendre”, car nous vivons dans une société en perpétuelle transformation, où rien n'est linéaire et où tout évolue de manière complexe. Cela demande donc une volonté supplémentaire pour comprendre son environnement de travail, ainsi que l'organisation dans laquelle on évolue. Cela implique, pour le salarié, de s'investir dans son développement personnel, mais aussi d’avoir la capacité de repérer les circonstances, les situations ou les rencontres au sein de l'entreprise qui lui permettront de raviver son désir d'apprendre.
Le terme "apprenance" désigne les dispositions favorables à l'apprentissage, qu'il soit formel ou informel, dans un contexte en constante évolution. Nous sommes de plus en plus confrontés à des évolutions imprévisibles et non linéaires, qui accélèrent considérablement l'apprentissage. Il est donc important de “repérer” nos soft skills et d'évaluer notre capacité à comprendre notre mode de fonctionnement - et à enrichir notre portefeuille de compétences. Ces questions se posent tout autant au niveau de l'organisation : quel rôle une organisation joue-t-elle face à ces transformations permanentes et comment peut-elle préparer ses salariés à développer des dispositions favorables à l'apprentissage ?
Les mécanismes de l'apprenance sont aujourd’hui centrés sur la manière de mettre en place une méthode d'apprentissage, d’évaluer notre façon d'apprendre et notre plaisir à apprendre. La mesure de l’apprenance[3] est un élément crucial à repérer et à intégrer dans l'accompagnement des salariés dans leur évolution professionnelle, ainsi que des jeunes diplômés et de toute personne ayant besoin de réfléchir à sa reconversion.
Cette mécanique d'apprentissage repose sur la reconnaissance des différentes étapes et des intérêts que nous pouvons avoir à apprendre, ainsi que sur la prise en compte des difficultés d'apprentissage. Malheureusement, nous accordons souvent peu d'attention à la façon dont nous apprenons. Il est essentiel de se poser des questions sur notre envie d'apprendre et notre engagement dans ce processus avant de s'engager dans une formation.
On peut établir un parallèle avec les jeunes enfants et observer comment ils ont envie d'apprendre, à quel rythme et selon quelle méthodologie. La reconnaissance de ces différentes étapes et la mise en place d'une approche moins directive, mais qui prend en compte notre comportement vis-à-vis de l'apprentissage, sont essentielles.
Il est important de noter que nous vivons dans une société où nous sommes submergés par un flux de connaissances, notamment sur Internet, ce qui nécessite d'être en mesure de repérer les informations pertinentes et d’explorer de façon éclairée. Il est important de ne pas s'imposer une approche trop conformiste, mais d'apprendre également à errer et à prendre le temps de repérer nos propres intérêts. Il s'agit d'un comportement à adopter voire à “instaurer”, afin que l'apprentissage puisse révéler nos dispositions favorables à l'évolution professionnelle.
Les soft skills jouent un rôle essentiel dans l'employabilité et l'apprentissage, c'est indéniable. Pour donner une idée de ces compétences, citons la curiosité, l'agilité, la force de proposition et l'anticipation. Toutes ces qualités comportementales contribuent à renforcer l'employabilité et favorisent également l'apprentissage, en créant une dynamique propice à la découverte de nouvelles connaissances et à l'identification des meilleures méthodes d'apprentissage. Il est important de prendre en considération ces soft skills lorsqu'on évalue ses compétences et qu'on envisage de se lancer dans un domaine différent.
Ces soft skills se trouvent au cœur des changements liés aux transitions professionnelles. Il est primordial de les cultiver et de les utiliser au bon moment, notamment lorsqu'on se trouve dans des situations d'apprentissage. Il est également nécessaire de travailler de manière continue au sein de son organisation pour identifier ce qui nous intéresse réellement, et envisager des cycles de formation ou des interactions avec des personnes extérieures à notre environnement professionnel habituel. Ces éléments sont déterminants pour une carrière réussie.
[2] Thèse de Claudine Pierron, sous la direction de Philippe Carré, De l'employabilité à l'apprenance chez les cadres utilisateurs des services de l'APEC
[3] La mesure se fait via une échelle d'apprenance mise au point par des doctorants sous la direction de Maxime Jore, Fabien Fenouillet et Philippe Carré (à l'origine du concept d'apprenance)