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Publié le - Mise à jour le
Jusqu’à présent, le nombre de défaillances d’entreprises a été limité grâce aux aides accordées par l’État. Malheureusement, les perspectives 2021-2022 s’annoncent peu réjouissantes : l’assureur Euler Hermes anticipe en effet 50 000 faillites en 2021 et plus de 60 000 en 2022 [1]. Dès lors, la reconversion professionnelle des salariés dont l’emploi est menacé devient une priorité absolue. Le lancement du dispositif Transco – pour Transitions collectives – s’inscrit dans ce cadre. En quoi consiste-t-il ? Les soft skills peuvent-elles y jouer un rôle ? Notre éclairage.
Avant même la crise sanitaire, l’innovation technologique en continu – avec l’émergence d’une IA pouvant concurrencer l’être humain sur le marché du travail – a fait du renouvellement des compétences un défi majeur. Les parcours linéaires qu’ont connu nos parents et grands-parents – nombre d’entre eux ayant exercé le même métier toute leur vie, parfois dans une seule entreprise – relèvent désormais du passé, à quelques exceptions près. Le volet Formation de la loi Avenir Professionnel du 5 septembre 2018 ambitionne précisément d’apporter des réponses à ce défi. Il mobilise différents leviers à cette fin : accès facilité à l’offre de formation pour les actifs via l’application Mon Compte Formation, allègement des procédures pour les entreprises et suppression des « catégories » de formation, inscription de la FEST (Formation En Situation de Travail) et de la FOAD (Formation Ouverte À Distance) dans le champ de l’action de formation – entre autres. Toutefois, face aux besoins massifs de reconversion professionnelle qui s’annoncent, certains dispositifs créés par la loi – le CPF de transition notamment, qui remplace le CIF (Congé Individuel de Formation) – semblent sous-dimensionnés. Dans le cadre du plan de relance de l’économie, le CPF de transition bénéficie d’ailleurs d’une dotation supplémentaire de 100 M€, la Pro-A [2] obtenant pour sa part 270 M€ de plus. Pour accroître cette dynamique, le dispositif Transco a été lancé par le gouvernement le 15 janvier dernier, après avoir donné lieu à une concertation avec les partenaires sociaux sous l’égide du ministère du Travail. La CFDT le qualifie d’ailleurs de véritable « innovation sociale ». Doté de 500 M€, il devrait être opérationnel début février. Ce dispositif s’avère collectif dans le sens où les salariés dépendent de leur entreprise pour bénéficier de ce type de prise en charge.
L’objectif est clair : permettre à un salarié [3], dont l’emploi est fragilisé, de se réorienter vers un métier et un secteur porteurs, sur un territoire donné et via une formation de 24 mois maximum, diplômante ou certifiante. Le collaborateur évite ainsi toute période de chômage. La liste des métiers qui recrutent est établie par les Direccte de chaque région [4]. De ce fait, les formations éligibles au dispositif Transco sont différentes selon les territoires. Concrètement :
À l’issue de cette période de formation et quel qu’en soit le résultat, ils réintègrent leur poste ou un poste équivalent dans leur entreprise d’origine, sauf s’ils trouvent un emploi correspondant à leur formation – ce qui est l’objectif premier ! Des plateformes territoriales de mise en relation des entreprises qui signalent des salariés demandeurs et des structures dont les besoins de recrutement ne sont pas satisfaits, doivent être prochainement créées. Du point de vue financier, le dispositif Transco cible avant tout les PME. En effet, les entreprises de moins de 300 salariés bénéficient d’une prise en charge de 100 % des projets de reconversion professionnelle. Pour celles de 300 à 1 000 salariés, la prise en charge est de 75 % et l’on passe à 40 % pour les plus de 1 000 salariés. À noter : les organisations ayant engagé un Plan de Sauvegarde de l’Emploi (PSE) ou des ruptures conventionnelles collectives ne sont pas éligibles à ce dispositif. Leurs salariés ne peuvent donc en bénéficier.
À ce stade, une question reste en suspens : le dispositif Transco tiendra-t-il compte des passerelles entre les métiers que constituent les soft skills ? Ceci via l’accompagnement des conseillers en évolution professionnelle, par exemple. Rappelons que, dès février 2018, le laboratoire d’idées public France Stratégie publie, en partenariat avec Pôle Emploi, une étude qui vise à identifier les « situations de travail transversales » et les soft skills qui y sont associées. L’objectif : aider les collaborateurs qui le souhaitent – et à ceux qui le doivent – à évoluer d’un métier à un autre grâce à la proximité des situations de travail qu’ils rencontrent. En parallèle, d’autres travaux allant dans le même sens sont engagés. C’est le cas du programme AEFA (Agenda Européen pour la Formation des Adultes) impulsé par la Commission Européenne. Son guide opérationnel 2019 propose un référentiel de compétences transversales incluant 4 pôles (organisationnel, réflexif-actionnel, communicationnel, réflexif-personnel), déclinés en 12 soft skills et 4 niveaux de maîtrise. Puisque les contours du dispositif Transco semblent devoir encore évoluer, enjoignons ses promoteurs à inclure l’identification et le développement des soft skills dans les modalités de « facilitation » de la reconversion professionnelle. Les salariés dont le métier est menacé y gagneront beaucoup. N’oublions pas qu’un collaborateur doté d’une bonne estime de soi – par exemple – s’engagera dans un parcours de formation « métier » avec une confiance accrue et de plus grandes chances de succès.
[1] 33 000 faillites ont été enregistrées en 2020.
Source : Le Monde, Quatre défis économiques pour la France en 2021 – article réservé aux abonnés.
[2] Reconversion ou promotion par l’alternance.
[3] Il s’agit de salariés depuis 24 mois, dont 12 mois passés dans l’entreprise.
[4] Cette liste pourra évoluer en fonction des besoins exprimés par les partenaires du service public de l’emploi et les entreprises, après avis du Comité régional emploi, formation et orientation professionnelles (CREFOP).
[5] L’association Transitions Pro régionale est en charge de l’instruction du dossier des salariés demandeurs.