Mon Kiff Soft Skills : Jennifer Telep ou l'assertivité au service du collectif

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Responsable de l’offre de formation Soft Skills chez Lefebvre Dalloz Compétences, Jennifer Telep accompagne les organisations dans le développement des compétences humaines et comportementales. Parmi toutes les soft skills qu’elle côtoie au quotidien, une occupe une place particulière dans son parcours : l’assertivité. Une compétence souvent citée, associée à l’affirmation de soi, mais qu’elle envisage sous un angle différent : avant tout comme un levier de dialogue, de contribution et de construction collective.

L'assertivité, c'est la capacité à exprimer sa vérité

« Il existe plusieurs définitions de l’assertivité. Pour ma part, je dirais que c’est la capacité à exprimer sa vérité. À exprimer ses besoins, ses idées et à les assumer face aux autres, notamment dans un contexte où les personnes autour de soi ne pensent pas forcément comme nous ou lorsque les intérêts divergent.

Ce que je trouve intéressant avec cette notion, c’est qu’elle peut parfois faire peur, notamment à des personnes qui ont des valeurs fortes de respect ou d’harmonie sociale. L’assertivité peut être perçue comme de l’individualisme ou comme une volonté de faire primer ses besoins sur ceux du groupe. Or, pour moi, elle ne peut pas être dissociée du collectif. Si je souhaite pouvoir m’affirmer, alors je souhaite aussi que chacun puisse s’affirmer. 

Cela implique de savoir communiquer, de savoir faire des compromis et de ne pas partir du principe que l’harmonie va émerger toute seule. L’harmonie est le fruit de la communication et des échanges.

Ce que j’aime avec l’assertivité, c’est qu’elle permet de reconnaître les différences, de normaliser les divergences et d’être plus proactif dans la création de consensus. »

Une compétence qui s’est renforcée dans des environnements complexes

« J’ai commencé ma carrière dans le domaine de la communication politique après des études de sciences politiques. J’ai notamment travaillé comme plume auprès de personnalités politiques et de ministres. C’est une posture assez particulière parce qu’on n’écrit pas pour partager ses propres idées. On rédige avant tout pour transmettre la vision, le message et le style de communication de la personne pour laquelle on travaille. Mais en même temps, on n’est pas simplement là pour exécuter. On peut aussi partager une autre vision des choses lorsqu’elle nous semble utile au projet.

À cette époque, j’avais 25 ans et j’étais la plus jeune du cabinet. Cela m’a amenée à exercer mon assertivité dans un contexte où les enjeux étaient importants et où les personnes autour de moi avaient souvent davantage d’expérience ou un niveau hiérarchique supérieur.

J’ai appris à affirmer ce que je pensais sans agressivité, en comprenant que l’objectif n’était pas d’imposer une vision, mais de contribuer au projet commun. C’est souvent dans les situations où l’on doute de sa légitimité ou lorsque l’on arrive dans un nouvel environnement que l’assertivité devient particulièrement importante. »

Apporter sa singularité au collectif

« Aujourd’hui, c’est une compétence qui continue de m’accompagner dans mon quotidien professionnel. Lorsque l’on travaille sur des projets complexes avec de nombreuses parties prenantes, il peut arriver que certaines orientations ne correspondent pas forcément à ce que nous imaginions au départ. Dans ces moments-là, il est important de ne pas hésiter à partager son point de vue.

Je pense qu’il ne faut pas se laisser porter uniquement par le groupe. Chacun peut apporter sa singularité au collectif. Exprimer une idée différente ou partager une autre perspective peut permettre de mettre en lumière des éléments qui n’avaient pas été pris en compte.

Pour moi, l’assertivité améliore les relations professionnelles parce qu’elle favorise la contribution de chacun. Elle permet d’enrichir les échanges et, au final, d’améliorer le projet collectif. »

L’assertivité ne fonctionne jamais sans écoute active ni intelligence émotionnelle

« Pour que l’assertivité fonctionne pleinement, elle doit être accompagnée d’autres compétences. La première est l’écoute active. Elle est essentielle parce qu’elle permet de comprendre pourquoi notre vision n’est peut-être pas totalement adaptée au contexte ou pourquoi elle mérite d’évoluer. On peut tout à fait exprimer son point de vue, puis le faire évoluer en fonction de ce que l’on entend autour de soi. Les deux démarches ne sont pas incompatibles.

Je citerais également l’intelligence émotionnelle. Certaines personnes ont du mal à affirmer leurs idées parce qu’elles ont peur de prendre les choses personnellement. Elles peuvent avoir l’impression que si leur proposition n’est pas retenue, c’est elles que l’on rejette. Or, il est important de réussir à distinguer sa valeur personnelle des idées que l’on défend. Une idée peut être discutée, amendée ou même écartée sans que cela remette en question la personne qui l’a proposée. »

Une divergence d'opinion n'est pas forcément un conflit

« Je pense que beaucoup de personnes associent encore le désaccord au conflit. Pourtant, ce n’est pas la même chose. Le fait de ne pas être d’accord au départ ne signifie pas que la relation est mauvaise ou qu’il existe un problème entre les personnes. Une divergence d’opinion peut au contraire être le point de départ d’une discussion constructive. C’est aussi pour cela que l’assertivité est importante. Elle permet d’exprimer des points de vue différents sans que cela devienne bloquant.

Pour les personnes qui souhaitent développer cette compétence, je conseille souvent de parler en leur nom propre, d’utiliser le "je" et d’expliquer pourquoi elles pensent ce qu’elles pensent, sans chercher à juger les autres. J’invite aussi à considérer chaque idée comme une contribution. Partager son point de vue ne revient pas à créer un problème ou un conflit. C’est apporter un élément supplémentaire qui peut aider le collectif à avancer.

Et pour les personnes qui ont naturellement beaucoup d’assertivité, l’enjeu est parfois inverse : apprendre à ajouter davantage de calme, de sérénité et de douceur dans leur manière de communiquer. L’objectif n’est pas d’avoir raison. L’objectif est de construire une discussion qui permette à chacun de contribuer. »

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