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Publié le - Mise à jour le
La mesure de la performance des entreprises ne se limite plus uniquement aux indicateurs financiers traditionnels. Les aspects sociaux, environnementaux et de gouvernance (ESG) sont en effet devenus incontournables. Ce changement reflète à la fois une prise de conscience accrue des impacts sociétaux et environnementaux des activités et une réponse aux attentes croissantes des parties prenantes qui demandent plus de transparence et de responsabilité. Quel est l’impact de ce changement sur les missions du contrôleur de gestion ?
Ces dernières années, les décideurs ont progressivement pris conscience que les performances ESG influencent directement les risques auxquels une entreprise peut être exposée et les opportunités qu'elle peut saisir. Dans le même temps, les attentes des consommateurs et des investisseurs ont profondément évolué. A titre d’exemple BlackRock, le plus grand gestionnaire d'actifs au monde, a affirmé que 75% de ses investissements seraient orientés vers des entités visant la neutralité carbone d'ici 2050.
Enfin, les évolutions réglementaires poussent naturellement les entreprises à mesurer leur performance extra-financière. La Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD), directive européenne qui vise à harmoniser les reportings de durabilité des entreprises, joue un rôle majeur dans ce domaine.
Le rôle traditionnellement attribué au contrôleur de gestion, centré sur la collecte et l'analyse des données financières, subit donc une transformation profonde à l'ère de la responsabilité sociale des entreprises (RSE).
La gestion financière « pure » fait progressivement place à une gestion intégrée, où les performances extra-financières sont évaluées avec la même rigueur que les performances économiques. Pour le contrôleur de gestion, cela implique une participation active à la définition des indicateurs de performance RSE, à la révision des processus internes pour intégrer des critères de durabilité et à la communication transparente des résultats obtenus.
Le groupe Air France-KLM offre un exemple de la façon dont le financier et l’extra-financier s'intègrent progressivement dans les pratiques des entreprises. Depuis 2021 dans cette entreprise, le contrôle de gestion a commencé à s'investir davantage dans les questions de développement durable. Cette évolution s’est notamment traduite par la création de nouveaux postes, tels que des contrôleurs de gestion développement durable, chargés de suivre certains indicateurs environnementaux et sociaux, et la mise en place de plateformes d'échanges régulières pour aligner les plans stratégiques et financiers avec la trajectoire de décarbonation du groupe. Cette collaboration a permis de rendre les actions de développement durable plus cohérentes avec les objectifs financiers globaux de l'entreprise.
Le contrôleur de gestion doit faire face à un double défi. D'une part, il doit assurer la fiabilité et la pertinence des informations extra-financières, souvent soumises à des standards moins formalisés que les données financières. D'autre part, il doit s'assurer que ces données sont intégrées de manière cohérente et stratégique dans le pilotage de l'entreprise, pour ne pas se limiter à un exercice de conformité mais contribuer réellement à la performance globale de l'entreprise.
L'utilisation de référentiels de données standardisés est donc cruciale pour assurer la fiabilité et la comparabilité des informations RSE recueillies.
Pour structurer l'intégration de la performance extra-financière dans les missions du contrôleur de gestion, plusieurs méthodologies ou référentiels peuvent être adoptés, comme :
Intégrer les objectifs RSE dans les processus de budgétisation et de prévision est un autre élément clé de l’évolution du métier de contrôleur de gestion. Cela implique de réviser les budgets et les prévisions pour inclure les investissements en RSE et leurs retours attendus.
Le Sustainable Balanced Scorecard, par exemple, est une extension du concept traditionnel de Balanced Scorecard qui intègre les dimensions ESG aux côtés des perspectives financières, clients, processus internes, et d'apprentissage et de croissance.
La matrice de matérialité est un autre outil essentiel, pour définir et évaluer les enjeux de développement durable. Basée, comme son nom l’indique, sur la notion de matérialité, elle est généralement construite en utilisant une grille avec deux axes : l'un pour les parties prenantes et l'autre pour les impacts. Les entreprises peuvent ainsi identifier les enjeux qui sont les plus importants pour leurs parties prenantes, et les impacts qui sont les plus significatifs pour elles.
Que ce soit pour répondre aux attentes sociétales et réglementaires, ou par volonté d’améliorer la performance globale de l’entreprise, la prise en compte de la dimension extra-financière des activités est désormais incontournable. Les contrôleurs de gestion sont ainsi appelés à devenir des acteurs clés de la transformation des entreprises vers des modèles et pratiques plus durables et responsables.