Le dialogue social de demain est un dialogue de proximité

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L'association Réalités du dialogue social a tenu son assemblée générale le 21 mai dernier au cours de laquelle un nouveau conseil d'administration a été élu pour la mandature 2026-2029. 17 membres ont été élus dont 12 sortants. Jean-Yves Petit, directeur des relations sociales à La Poste, entame son second et dernier mandat de président de l'association. Entretien. 

Quels objectifs fixez-vous à Réalités du dialogue social dans le cadre de ce nouveau mandat de trois ans ? 

En amont de l’assemblée générale qui s'est tenue le 21 mai, le conseil d’administration sortant a travaillé sur le projet associatif et réaffirmé deux dimensions constitutives de son ADN.

La première, penser et faire ("think and do tank"). Nous avons une fonction de réflexion et d'anticipation autour de thèmes d'actualité ou de sujets qui ne sont pas forcément à la mode mais qui peuvent avoir des réalités concrètes à moyen ou à long terme sur le dialogue social et la démocratie sociale. Ces réflexions se traduisent par la production de travaux et de livrets. 

Nous avons actuellement sept groupes de travail en cours, notamment celui sur la place des administrateurs salariés depuis 2015 ; nous sommes d'ailleurs presque au bout de nos travaux. Un autre groupe travaille depuis 2018 sur l'impact du numérique sur le dialogue social [incluant l'intelligence artificielle]. Nous voyons bien aujourd'hui que ça prend toute sa place. Nos réflexions portent également, depuis 2022, sur le dialogue au service de la transition écologique. 

Quelle est la seconde ligne directrice ? 

La seconde est d'étendre la dimension "paritaire" au conseil d'administration. Pour la première fois, nous avons fait entrer des organisations syndicales et professionnelles pour un mandat : une secrétaire nationale de Force ouvrière, Patricia Devron, un secrétaire confédéral de la CFDT, Fabien Guimbretière et Odile Menneteau, la directrice de la cellule veille stratégique et nouveaux enjeux sociaux du Medef. Pour autant, l’association ne devient pas un organisme paritaire, au sens strict du terme. Nous avons acté un système de rotation à chaque mandat pour que tous nos membres d'organisations syndicales et patronales puissent siéger au conseil d'administration au fil des mandats. 

Pourquoi avoir fait ce choix ? 

L'association compte 400 membres qui représentent une soixantaine d'entités. Nous souhaitions que les organisations syndicales et professionnelles soient représentées à côté des autres parties prenantes parmi lesquelles notre vice-présidente, la secrétaire générale d'Axa Entraide, Anne Fourneau, le directeur de la performance sociale chez Dalkia, Jean-Baptiste Obéniche et Mathilde Tabary, qui vient d'entrer au bureau, directrice des relations sociales chez Clariane avec une forte dimension européenne, que nous avons aussi chez Réalités du dialogue social.

Nous sommes par ailleurs en interaction permanente avec les acteurs du dialogue social et les acteurs institutionnels. Nous agissons avec eux au quotidien avec les acteurs et nous leur partageons nos travaux. 

Quels sont les enjeux pour le dialogue social ? 

Le premier enjeu à venir, c'est le renouvellement générationnel. Nous avons publié une étude sur le sujet en février dernier. Avec les mutations du travail que nous constatons actuellement, l'implication dans la durée dans les entreprises ne se pose plus de la même façon. Or, à partir du moment où cette relation dans la durée est modifiée, cela complique l'investissement dans le dialogue social. Avec qui les entreprises vont-elles discuter demain ? L'engagement va être différent et cela préoccupe les entreprises et les organisations syndicales et patronales. La volonté de s'engager existe toujours mais elle est protéiforme. Les jeunes ne se retrouveront peut être pas dans les instances traditionnelles de dialogue social, notamment dans les organisations syndicales. 

Quel est le second enjeu identifié ? 

Le dialogue social de demain est un dialogue de proximité. Il faut que les acteurs du dialogue social soient au coeur des milieux de travail. Cest un vrai sujet pour les entreprises. Si les ordonnances de 2017 ont créé les représentants de proximité, elles ne les ont pas rendus obligatoires ; cela relève de la négociation d'entreprise. A La Poste, nous sommes passés au CSE il y a deux ans, car nous avons désormais plus de salariés que de fonctionnaires. Nous avons beaucoup travaillé cette question de la proximité et de l'intégration des acteurs du dialogue social. Il y a aujourd'hui un représentant de proximité pour cent agents, soit environ 1 500 représentants de proximité. C'est toute la question de l'articulation des nouvelles instances avec la finalité du dialogue social qui est posée. 

De quelle manière l'intelligence artificielle vient-elle bousculer le dialogue social ? 

Les méthodes de travail évoluent avec l’IA, y compris celles des représentants du personnel et des responsables des relations sociales. Les élus peuvent préparer les réunions de CSE plus rapidement, nous pouvons benchmarker des accords, les procès-verbaux sont rédigés plus rapidement (mais sont alors parfois trop longs !). L’IA est un outil facilitateur mais auquel il faut fixer des garde-fous. Il y a un enjeu collectif pour les partenaires sociaux de se former, de renforcer davantage les interactions humaines car rien ne remplacera les bilatérales en amont de négociations. De la même façon, il sera peut-être nécessaire, dans les accords sur le dialogue social d'intégrer une clause sur des bonnes pratiques et l'éthique dans les relations sociales. 

 

Florence Mehrez 
Rédactrice pour ActuEl RH

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