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Publié le - Mise à jour le
“Transition”. Sans doute l’un des mots que l’on entend le plus ces dernières années. Et pour cause, entre digitalisation, hybridation et autres mots en “on”, le monde du travail évolue à toute vitesse et les transformations sont de plus en plus nombreuses. La formation professionnelle se place alors comme une solution pérenne pour accompagner les transitions, qu’elles soient environnementales, énergétiques ou numériques. Pascale Romenteau, directrice générale de Centre Inffo, dresse un état des lieux du monde professionnel mouvant et décrit la formation comme salvatrice pour assurer les transitions d’aujourd’hui et de demain.
Au pluriel comme au singulier, cette terminologie recouvre plusieurs acceptions.
Derrière le terme transition professionnelle, se cache parfois un simple changement d’employeur ou de lieu de travail. Mais, dans sa forme la plus fréquemment utilisée, et aux conséquences les plus lourdes, on l’entend comme une rupture, un changement total de métier, choisi ou contraint. Dans un univers, soumis à de nombreux défis environnementaux, énergétiques et numériques, qui voit naître de nouveaux métiers quand d’autres disparaissent, c’est bien sous cet angle qu’il faut l’envisager. Certains secteurs sont particulièrement concernés par ces transitions : l’industrie, la banque, le commerce, etc. Je citerais, par exemple, le sujet bien connu de la fin programmée du moteur thermique.
Selon les actifs, les transitions écologiques (43 %), numériques (42 %) et énergétiques (37 %) arrivent en tête des mutations qui impacteront le plus le marché du travail et qui engendreront des transitions professionnelles majeures. Ce constat est issu de la 4ᵉ édition du baromètre de la formation et de l’emploi que Centre Inffo publie chaque année et qui sonde les Français sur l’orientation et la formation professionnelle en France.
Les transitions étaient aussi le thème central de notre 18ème Université d’Hiver de la Formation Professionnelle, organisée fin janvier 2023. Plus de 1.500 professionnels ont témoigné de leurs pratiques quant à ces transitions, compte tenu de leurs impacts sur l’emploi, les métiers et la formation.
Le contexte et les nombreuses évolutions ont, justement, rendu plus nécessaire que jamais le recours à la formation professionnelle.
C’est d’ailleurs l’un des enseignements majeurs du baromètre de la formation et de l’emploi. C’est même une donnée constante depuis 4 ans : 89 % des actifs considèrent que la formation professionnelle est une opportunité pour mieux faire son métier, ou différemment, pour ne pas se lasser. 86 % l’estiment nécessaire pour répondre aux défis d'un monde du travail en pleine mutation.
Se former en continu est ainsi indispensable pour ne pas se laisser dépasser et éviter les ruptures. Pensez à toutes les personnes atteintes par « l’illectronisme ». Si la formation n’est donc pas une garantie, au sens où pourrait l’entendre une société d’assurance, elle est assurément le levier majeur de toute reconversion réussie.
La formation professionnelle a toujours su se nourrir des nouvelles technologies. Sa faculté à résister à l’épreuve de la crise du Covid en est certainement le meilleur exemple : la pandémie a permis une prise de conscience rapide de ces sujets et les acteurs, notamment ceux de l’emploi et de la formation, s’en sont emparés rapidement.
L’intelligence artificielle est le sujet du moment. On aurait tort et il serait même vain de la refuser ou de la combattre, même s’il faut sans doute s’en méfier. Il est clair qu’il est très important de toujours vérifier ce qu’elle produit. L’IA doit être une aide, jamais un maître.
Il faut surtout tuer les phantasmes et les croyances sur le sujet et, donc, comprendre ce qu’est l’intelligence artificielle en vérité et en quoi elle peut être utile. Il est clair qu’elle bouscule radicalement notre façon d’apprendre, de comprendre et d’utiliser les données. Elle pourrait bouleverser nos enseignements et, in fine, notre rapport aux savoirs.
L’IA va jusqu’à interroger notre modèle de société, comme l’évoque les travaux du Parlement européen, en juin 2023, sur la réglementation de l’intelligence artificielle, de son périmètre et de ses impacts. En ce qui concerne la formation, l’accent est mis sur l’accès plus aisé et plus rapide à l’information, l’éducation et les formations, ainsi que sur les recours aux robots dans un monde du travail supposé plus sûr. De ce point de vue, la démocratie en est grandie.
Il existe plusieurs dispositifs favorisant les transitions professionnelles. Ils sont mobilisables en fonction de la personne ou de l’organisme à l’origine de la demande de transition professionnelle.
Premièrement, les dispositifs spécifiques de transition professionnelle, tel le projet de transition professionnelle (ou CPF transition) et les transitions collectives. Ils ont pour caractéristique de mettre en œuvre des parcours de formations certifiantes. L’acquisition d’une certification professionnelle permettant de changer de métier ou de profession.
D’autres dispositifs de formation permettent d’acquérir des certifications professionnelles et peuvent ainsi répondre à un objectif de transition professionnelle : par exemple la reconversion ou promotion par alternance (Pro-A) ou encore le contrat de sécurisation professionnelle et le congé de reclassement.
En cas de difficultés économiques entraînant des licenciements économiques, les entreprises sont tenues de mettre en œuvre des dispositifs d’accompagnement des salariés licenciés. Si le changement de métier ou de profession n’est pas la finalité première de ces dispositifs, ils peuvent le favoriser.
Nous l’avons vu lors de notre Université d’Hiver : les entreprises, les DRH et particulièrement les responsables formation ont bien intégré le caractère incontournable des transitions.
Ces transitions bousculent les pratiques et les métiers : les compétences sont obligées d’évoluer rapidement. Toujours selon le baromètre, même si nombre d’actifs affichent une baisse de confiance en leur avenir du fait des transitions, plus de 69 % se sentent concernés par la nécessité d’adapter leurs compétences aux besoins futurs du marché du travail.
Ce devrait être là une vraie source d’optimisme pour les responsables formation. Sans être la garantie d’une reconversion réussie, la formation, le conseil en formation, la gestion personnalisée des ressources humaines apparaissent pour beaucoup comme une planche de salut dans un monde plutôt hostile. C’est le cœur même de leur métier qui est ainsi légitimé. De quoi avancer avec sérénité et même un certain optimisme.
*L'intervention de Pascale Romenteau n'est pas commerciale. Elle ne prend part d'aucune façon à la promotion des formations Lefebvre Dalloz Compétences.