Entre vous & nous : L’impact des IA génératives sur les métiers de la formation

Publié le - Mise à jour le

Impact des IA génératrices
Voir toutes les actualités

Les intelligences artificielles génératives ont fait une entrée fulgurante sur le marché du travail, si bien qu’il est impossible de passer à côté. Et pour cause, ces outils ont chamboulé le monde professionnel en un temps record, remettant même en cause la longévité de certains métiers. Le secteur de la formation n’est pas épargné. Yannig Raffenel – véritable slasheur jonglant entre plusieurs activités toutes liées à la formation et au digital (Président d’Edtech France, co-fondateur du Learning Show et fondateur du cabinet Blended Learning, entre autres) – nous livre sa vision, à la fois optimiste et humaine, de l’impact des IA génératives sur les métiers de la formation.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

J’ai plusieurs casquettes. D’un côté, je suis expert en digital learning depuis bientôt trente ans : je conçois des dispositifs qui concentrent le meilleur du digital et de l’humain dans le cadre de la formation professionnelle, de l’enseignement supérieur et de l’éducation. Au fil des ans, j’ai acquis une certaine expertise du domaine qui me permet aujourd’hui de consacrer une grande partie de mon temps à des missions de bénévolat. Je suis notamment président d’Edtech France, une association qui regroupe 460 entreprises edtech, et co-fondateur du Learning Show, un événement qui rassemble chaque année des professionnels de l’innovation pédagogique. En 2019, j’ai fondé Blended Learning, un cabinet d’expertise en stratégie digital learning.

Quels impacts les IA génératives vont-elles avoir sur les métiers de la formation ?

Les IA génératives impactent les métiers de la formation de plusieurs façons. Premièrement, ce sont des outils qui épaulent les professionnels de la formation dans leurs missions, que ce soit pour produire des plans ou des contenus de formation, des objectifs ou encore des supports, en bref de nombreuses tâches qui prennent du temps. Évidemment, les données fournies par ces outils doivent être appréhendées comme de la matière brute qu’il va falloir retravailler, vérifier, s’approprier, pour en faire un livrable de qualité.

Deuxièmement, l'utilisation des IA génératives remet en question les dispositifs d'évaluation traditionnels basés sur l'évaluation des connaissances acquises, car les apprenants peuvent potentiellement utiliser ces outils pour tricher et donner l'illusion de posséder des connaissances ou compétences qu'ils n'ont pas réellement. Les responsables formation doivent donc revoir leurs méthodes d’évaluation afin d'adopter des approches plus adaptées (travaux de groupe, explication du processus de réflexion, etc.). Parallèlement, les compétences clés, garantes d’employabilité, telles que la communication, la créativité, la coopération et l'esprit critique gagnent en importance par rapport aux compétences techniques qui pourraient plus facilement être grignotées par l’intelligence artificielle. Ainsi, toutes les formations, y compris les formations techniques, devront inclure ces compétences transversales, que j’appelle les smart skills.

Troisième point : les IA génératives permettent de fournir des feedbacks aux apprenants de manière plus précise. Grâce à ces outils, les formateurs peuvent analyser individuellement les réponses et les productions des apprenants, détecter leurs points forts et leurs leviers d’amélioration, et ainsi proposer des stratégies plus personnalisées pour combler leurs lacunes. Cette analyse individualisée serait impossible à réaliser manuellement, car trop longue.

Enfin, les IA génératives vont accélérer la création de dispositifs d’adaptive learning, qui analysent les besoins des apprenants afin de leur proposer des parcours individualisés, selon leurs difficultés, objectifs et préférences. De plus, ces outils vont permettre de comparer les parcours des apprenants, afin d’identifier les potentiels dysfonctionnements et comprendre leurs besoins en termes d’accompagnement ou de mentorat.

Pensez-vous que les IA génératives vont remplacer certains métiers de la formation ?

Ne nous trompons pas de combat : le digital ne va pas remplacer l'humain, les IA génératives non plus. En revanche, les collaborateurs qui utilisent ces outils vont remplacer ceux qui ne les utilisent pas. Je suis assez convaincu que les personnes qui auront appris à se servir de ces outils de manière intelligente vont très vite avoir plus de valeur sur le marché de l’emploi que ceux qui ne s'en serviront pas.

Les professionnels de la formation doivent-ils craindre les IA génératives ou, au contraire, les considérer comme des outils pour les aider dans leurs missions ?

La crainte n’éloigne pas le danger. À partir de ce constat, rien ne sert d’en avoir peur. Il faut savoir s’approprier les outils d’IA générative, et surtout en connaître les limites, être conscient que ces outils ne sont pas toujours fiables, qu’ils peuvent faire des erreurs, qu'ils sont porteurs de biais culturels, politiques et sociologiques et donc qu’ils sont basés sur des stéréotypes. C’est de la matière brute qu'il faut retravailler pour y mettre tout son esprit critique, toute sa personnalité, toute sa vision. Les professionnels de la formation doivent appréhender l’IA générative comme un outil pouvant leur permettre d’économiser énormément de temps qu’ils utilisent aujourd’hui pour réaliser des tâches à faible valeur ajoutée.

Justement, comment les acteurs de la formation peuvent s'approprier ces outils de la meilleure manière possible ?

Il faut passer par la case formation, afin d’apprendre à rédiger un prompt, à comprendre le fonctionnement des IA génératives, leurs limites, etc. L’utilisation de ces outils tend à devenir une véritable compétence à laquelle il faudra se former. Je ne peux qu'inviter tous les actifs à le faire. Selon moi, il n’y a pas de bons ou de mauvais outils, seulement de bons ou de mauvais usages.

Selon vous, à quoi ressemblera la formation dans quelques années, notamment lorsque l’IA générative se sera développée ?

La formation de demain sera centrée sur le “learning by doing”. Aujourd’hui, la formation ne se résume plus à transmettre du contenu, ou du savoir. Ce qui fait l’expertise d’un formateur ou d’un organisme de formation, c’est sa capacité à accompagner les apprenants de manière individualisée. Les outils d’IA génératives vont dans ce sens, en déchargeant les acteurs de la formation de toutes les tâches longues, sans grande valeur ajoutée. Ils économisent ainsi du temps qu’ils pourront alors réinjecter dans l’accompagnement, le mentorat et donc, proposer aux apprenants des activités pédagogiques concrètes, des mises en situation professionnelle, etc.

Formations qui pourraient vous intéresser

tealium