Tout organisme de formation est doté d’une charte pédagogique, qui sert de cadre à son ingénierie et au déploiement de ses formations. En l’occurrence, Lefebvre Dalloz Compétences – qui regroupe plusieurs organismes de formation, dont CSP DOCENDI – a souhaité renouveler la sienne pour matérialiser ses convictions et se doter d’un socle commun. Comment avons-nous élaboré cette charte et comment la mettons-nous en œuvre ? Je vous propose de me suivre dans ce parcours « apprenant » - forcément.
Par Yann Coirault, ingénieur pédagogique, référent soft skills – PÔLE FORMATION LEFEBVRE DALLOZ
La charte pédagogique SUCCES résume nos convictions en matière de développement des compétences
Un rappel en préambule : le 1er janvier 2022, les cinq organismes de formation du groupe Lefebvre Dalloz – BÄRCHEN, CSP DOCENDI, DALLOZ FORMATION, ELEGIA, FRANCIS LEFEBVRE FORMATION - ont fusionné au sein d’une entité unique, Lefebvre Dalloz Compétences. Dès lors, il nous a paru essentiel de recueillir des informations sur les pratiques en vigueur dans l’ensemble de ces structures. Car nos formations concernent aussi bien la certification AMF pour certains métiers de la finance (avec un parcours de formation exclusivement en ligne), que la prise de parole en public, en mobilisant des techniques théâtrales ! Un véritable grand écart en matière d’approche pédagogique. Nous avons donc souhaité nous doter d’un socle minimal commun que chaque organisme peut ensuite décliner dans son offre de formation.
Les informations ont été recueillies auprès des responsables de formation de Lefebvre Dalloz Compétences ayant en charge l’offre sur étagère, thématique par thématique, auprès des consultants-formateurs également et des commerciaux. Cela nous a permis de définir les « piliers » de notre charte pédagogique, baptisée SUCCES - un acronyme. Sachant que nous ne prétendons pas avoir élaboré LA charte pédagogique par excellence ! SUCCES synthétise « juste » nos convictions pédagogiques pour aujourd’hui et pour demain. Sans être un document commercial, les entreprises qui font appel à nous peuvent accéder à cette charte pour découvrir nos convictions dans le détail. Et nous nous y référons lors des parcours ou ateliers que nous proposons. Dans les années à venir, nous y puisons des éléments pour élaborer de nouvelles formations – et elle évoluera si nécessaire, faisant écho aux transformations des usages ou du monde du travail.
Quelle est la clé du SUCCES pour un transfert effectif des compétences en situation professionnelle ?
Nos programmes de formation reposent sur une méthodologie structurée qui a fait ses preuves – en matière de soft skills et de compétences métier. Dans notre écosystème, régulièrement, telle ou telle modalité devient tendance : certains la mobilisent alors pour cette raison-là avant tout… Le travail d’ingénierie pédagogique va évidemment bien au-delà ! L’élaboration est alimentée par la recherche pédagogique, toujours très riche, et par certaines découvertes des neurosciences.
Je reviens à l’acronyme de notre charte pédagogique : SUCCES. Si le S est important, il n’est pas le point de départ de la conception de nos offres de formation. Au commencement… se trouve le U de UP SKILLING. Un up skilling que nous relions au transfert de compétences sur le poste de travail, et qui embrasse aussi l’approche par compétences. Sachant que cette dernière suit les recommandations de France Compétences, et les exigences de la certification qualité Qualiopi. Sachant aussi et surtout que le fait de penser un programme de formation « par compétences » - avec des verbes d’action liés à des comportements observables - change tout par rapport à une démarche basée sur une suite de thématiques à aborder ! Les commerciaux sont aussi impactés, quand ils recueillent les besoins clients : ils orientent leur questionnement selon cette approche par compétences. Quant aux donneurs d’ordre et responsables formation, ils doivent être en mesure de décrire précisément les compétences ou comportements qui devront avoir été acquis à l’issue de la formation qu’ils souhaitent déployer.
Quand l’approche par compétences induit d’autres évolutions
Dans son sillage en effet, on trouve la notion de mesurabilité : il faut savoir si l’objectif a été atteint ou non. Par ailleurs, la validation de la compétence - ou de la certification, selon les cas- est de plus en plus souvent assurée par le formateur lui-même, au cours du parcours. Nous avions initié cela dans les programmes de CSP DOCENDI [avant la fusion, ndlr], en restant sur un niveau de validation de la connaissance et non de la compétence. Nous étions néanmoins en avance de phase. C’est un avantage aujourd’hui, quand le législateur et les certifications Qualiopi demandent de mettre en place de véritables phases de validation dédiées.
Concrètement, lors d’une formation, l’apprenant va écrire les engagements qu’il prend sur le livret qui lui est remis. De quelle façon envisage-t-il de les mettre en place une fois revenu à son poste ? Cela implique, de la part du formateur, d’être capable d’accompagner le transfert de connaissances mais, aussi, d’évaluer la capacité de l’apprenant à utiliser ses connaissances sur son poste de travail. Sa posture est donc celle d’un « facilitateur » d’activation des compétences. Dans quelle situation concrète l’apprenant compte-t-il mettre en œuvre tel comportement ? Quelles difficultés envisage-t-il ? Comment pense-t-il les résoudre ?
Cet accompagnement et ces questionnements prennent du temps. Il faut donc les intégrer dans la construction pédagogique de chaque programme de formation.
Le U de UP SKILLING s’articule avec le C de CURSUS
Dans notre charte pédagogique, la place du cursus est en effet centrale. Tous nos programmes de développement des compétences comportent une phase d’engagement, une phase d’acquisition et une phase de transfert. La phase d’engagement est courte : elle vise à mettre les participants en observation, à les aider à se projeter dans les moments d’apprentissage qu’ils vivront par la suite. L’objectif est aussi de leur faire prendre conscience de leur positionnement, comme dans les dispositifs AFEST (Action de Formation en Situation de Travail). Rien de théorique lors de cette phase d’engagement, mais du questionnement : on invite les apprenants à pratiquer la réflexivité.
La phase d’acquisition - une phase d’apprentissage synchrone - est, elle, consacrée au triptyque « partage - ressources - training ». Ce séquençage permet de maintenir l’attention à un haut niveau, par l’alternance des types de sollicitation du cerveau, tout en alimentant le principe d’action. Tous les templates d’ingénierie pédagogique (formations sur-mesure ou sur étagère) délivrent ce cursus, ainsi que le séquençage « partage - ressources – training » pour les phases d’apprentissage synchrone.
Quant à la phase de transfert, elle mobilise l’auto-évaluation mentionnée précédemment. Et elle comporte des outils permettant de se remémorer des informations, de télécharger des ressources, d’avoir des « micro-doing » à disposition – pour trouver des idées de mise en œuvre. L’apprenant peut également bénéficier de coups de pouce de son formateur, s’il ne parvient pas à mettre en place un micro-doing.
En tant qu'organisme de formation, notre rôle est d’accompagner les apprenants dans le savoir agir et le vouloir agir. Nous avons beaucoup moins de latitude d’action sur le pouvoir agir - sauf à aider les apprenants à se projeter dans les situations apprenantes qu’ils vivent régulièrement. Nous les accompagnons dans leur autonomisation, pour qu’ils puissent passer à l’action quel que soit leur environnement de travail ou presque. Et nous restons à leurs côtés autant que possible.
Trois piliers contribuent également au SUCCES de l’apprentissage
La charte pédagogique SUCCES comporte le C de COLLABORATION, le E d’EXPÉRIMENTATION et le S de STIMULATION, associés dans une intention pédagogique qui porte tant sur l’ingénierie que sur l’animation des sessions de formation. Et comme il est bon d’appliquer à soi-même ce que l’on conseille aux autres, nous avons décidé de créer un Institut pédagogique Lefebvre Dalloz, afin d’accompagner l’ensemble de nos formateurs sur ces pratiques.
Mais pourquoi ces piliers sont-ils aussi importants ? Les activités COLLABORATIVES visent à améliorer la mémorisation et l’engagement. En moyenne, elles représentent 60 % de la durée totale de nos formations – sauf pour les soft skills où l’on atteint 80 % ! Par ailleurs, comme le montre le cycle de Kolb, le fait de partir d’une EXPÉRIENCE concrète, de procéder à une observation réfléchie, puis de s’appuyer sur des concepts et d’EXPÉRIMENTER de nouveau de façon active – avec le feedback d’un formateur ou d’un pair -, place l’apprenant dans les meilleures conditions d’apprentissage. Quant à la STIMULATION, elle repose sur des techniques de pédagogie active – l’apprenant doit être pleinement acteur de ses apprentissages - tout en s’inspirant des neurosciences.
Dans la déclinaison de l’acronyme SUCCES que je viens d’opérer, il manque un S… Je conclus donc avec celui de SYNERGIE. Les ressources du groupe relatives à l’édition doivent être mises à la disposition des organismes de formation. Cette synergie s’applique aussi à notre connaissance des métiers et des branches d’activités, mises en perspective de la matière managériale. Voilà une source de richesse et d’acuité considérable pour nos contenus de formation. Et nous comptons bien continuer à les développer !
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