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Publié le - Mise à jour le
Le constat est alarmant. Les accidents du travail ne baissent pas dans les entreprises françaises, les décès liés à ces accidents sont même en hausse en 2024. Malgré de nombreuses actions mises en place par le gouvernement, le chemin semble encore long. De nouvelles mesures ont toutefois été prises récemment pour responsabiliser davantage les entreprises. Retour sur les chiffres de 2024 en matière d'accident du travail, sur les obligations des employeurs, et les leviers d’actions en matière de QSE.
Selon le rapport 2024 de l’assurance maladie (1), 549 614 accidents du travail (AT) ont été recensés en France, soit un léger recul de 1,1 % en un an. Parmi ces accidents du travail, 764 ont été mortels en 2024. Un chiffre en hausse par rapport aux années précédentes : 759 décès liés à un accident du travail en 2023, 738 en 2022 et 645 en 2021. Parmi ces 764 AT ayant entraîné la mort, plus de la moitié sont dus à des malaises et 24 % ont une cause liée au travail clairement identifiée (chute, manutention..).
En tout, ce sont pas moins de 1 297 décès liés au travail qui ont été enregistrés sur l'année 2024 (10 de plus que l’année précédente) :
Les jeunes travailleurs, ainsi que les travailleurs en poste depuis peu sont les plus sujets aux AT. Selon les dernières données de l'assurance maladie, 20 % des décès au travail ont lieu dans l’année qui suit la prise de poste. Pour les travailleurs de moins de 25 ans, le chiffre passe à plus de 50 %.
Différents facteurs peuvent expliquer la hausse des accidents du travail. La hausse des AT s’explique en grande partie par des facteurs humains. La fatigue, le manque de formation, notamment en matière de sécurité ou encore le stress, fragilisent la vigilance et augmentent mécaniquement les risques. Les entreprises et les travailleurs sont également confrontés à de nouveaux risques qui sont encore peu pris en compte dans l’aménagement des espaces de travail ou dans les politiques de prévention. Parmi ces risques émergents on retrouve notamment la canicule qui accentue la fatigue et réduit la vigilance, l’hyperconnexion, qui favorise la surcharge cognitive et les erreurs, mais aussi les risques psychosociaux, qui pèsent sur la santé mentale et diminuent la capacité de concentration et d’attention des salariés.
D’autres facteurs sont davantage liés à l'organisation du travail. Le recours à la sous-traitance peut par exemple compliquer la coordination des équipes et le respect des normes de sécurité. La précarité du travail est également un facteur de risque puisqu'elle augmente le turnover et rend la formation des travailleurs difficile à mettre en place. De plus, de nombreuses entreprises peinent à mettre à jour leur document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP). D’ailleurs seulement 41 % des TPE et PME de moins de 10 disposent d’un DUERP (2). Il s’agit pourtant d’une obligation légale.
L’employeur a légalement l'obligation de veiller à la sécurité et à la santé de ces salariés (article L4121-1 du Code du travail). Pour cela, il se doit de mettre en place des actions de prévention portant sur différents points :
L'employeur doit donc en priorité éviter tout risque pour ses salariés. Lorsque le risque ne peut pas être totalement éliminé, il doit l’évaluer et mettre en place des mesures de prévention. Ces mesures se doivent d'être intégrées dans le fonctionnement général de l'entreprise afin de protéger la sécurité et la santé de l’ensemble des travailleurs.
L'information et la formation des salariés en matière de santé et de sécurité au travail est également rendue obligatoire par l’article L4121-1 du Code du travail. Ces actions d’informations et de formation doivent systématiquement être proposées aux :
De plus, depuis 2001, le DUERP est obligatoire dans toutes les entreprises. Tous les résultats de l'évaluation des risques professionnels au sein de l'entreprise, ainsi que les mesures de prévention prévues par l’employeur doivent y figurer. Dans les entreprises d'au moins 11 salariés, il doit être mis à jour chaque année.
Le 10 juillet 2025, trois ministres ont signé une instruction conjointe pour sanctionner plus durement les manquements aux règles de santé et de sécurité au sein des entreprises (4). Des sanctions qui peuvent intervenir avant même qu'un accident ne survienne. Cette instruction vient compléter le Plan national contre les accidents graves et mortels. Les inspecteurs du travail sont désormais encouragés à verbaliser plus rapidement les infractions (défaut de formation, absence d’EPI, chantiers à risques, exposition des jeunes ou intérimaires, etc.). Les transactions pénales sont également systématisées. L’objectif étant de prévenir les drames en s’attaquant aux manquements en amont et de responsabiliser davantage les employeurs.
Pour renforcer la prévention en entreprise, plusieurs leviers peuvent être activés. Tout doit commencer par une évaluation rigoureuse des risques et la mise à jour régulière du DUERP. Une mise à jour qui doit déboucher sur un plan d’action concret. La formation continue de tous les membres du personnel est également essentielle. Elle permet de maintenir le niveau de vigilance et de sensibiliser chaque membre aux bonnes pratiques à mettre en place.
L’entreprise doit également investir dans des équipements de protection individuelle adaptés et veiller à ce que les postes de travail soient ergonomiques. Des mesures qui permettent de réduire les risques physiques et les situations potentiellement dangereuses. Enfin, pour prévenir les accidents du travail, il est important de développer une véritable culture de la sécurité au sein de l’entreprise. Cette dernière doit impliquer tous les maillons de chaîne, managers comme salariés.
(1)https://www.assurancemaladie.ameli.fr/sites/default/files/rapport_annuel_2024_de_lassurance_maladie_-_risques_professionnels_novembre_2025.pdf (2)https://inforisque.fr/actualite-du-risque/article-12556-2025-09-19-Accidents-travail-2025-pourquoi-prevention-reste-plus-que-jamais-vitale.html (3)https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000035640828/ (4)https://travail-emploi.gouv.fr/lutte-contre-les-accidents-du-travail-graves-et-mortels-atgm-signature-dune-instruction-conjointe-relative-la-politique-penale-du-travail-en-matiere-de-repression-des-manquements-aux-obligations-de-sante-et-de-securite