8e baromètre Syndex : colère et inquiétude s'aggravent chez les élus du personnel

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Le cabinet d'expertise Syndex a présenté hier les résultats de son 8e baromètre du dialogue social. Les représentants du personnel se disent encore plus en colère et inquiets qu'il y a un an : le droit social français leur semble de plus en plus menacé. La situation des élus ne s'améliore pas mais les salariés conservent une bonne image de leurs représentants. Enfin, l'IA semble dépasser l'environnement dans l'ordre des priorités. 

Clin d'œil du hasard : ce jeudi 22 janvier, alors que les résultats du 8e baromètre Syndex étaient présentés et montraient une forte inquiétude sur le recul des droits sociaux des salariés, l'Assemblée nationale examinait au même moment des propositions de loi revenant sur le droit de grève et le travail le 1er mai… 

L'étude (en pièce jointe) réalisée chaque année en partenariat avec l'Ifop s'appuie sur un échantillon de 1 167 élus du personnel issus du fichier de Syndex, 1 301 salariés et 400 chefs d'entreprise. Les interviews ont été réalisées en ligne en septembre et octobre 2025 (lire notre article sur le 7e baromètre de l'année dernière)

En substance, l'enquête indique que la situation des élus ne s'améliore pas. Les salariés conservent cependant une bonne image de leur instance, tandis que très peu de dirigeants considèrent que le dialogue social est de mauvaise qualité, à rebours du jugement des élus et des salariés. Le faible pouvoir des CSE reste un marqueur profond pour des élus qui se disent de plus en plus en colère et inquiets depuis 2023. 

Inquiétude et colère sur fond de reculs sociaux 

Neuf ans après les ordonnances Macron, l'état d'esprit des élus de CSE reste sur la même tendance. La moitié d'entre eux se disaient inquiets en 2022. Ce taux est passé à 51 % en 2023, 56 % en 2024 et atteint 61 % en 2025. La déception poursuit son chemin : de 36 % en 2023 à 40 % en 2024 puis 43 % en 2025. 

La colère grimpe aussi de son côté : 22 % en 2023, 25 % en 2024 et 28 % en 2025. Pour autant, les élus ne baissent pas les bras et leur détermination impressionne : elle reste à un niveau stable de 65 % des réponses, comme dans le baromètre précédent. Ils sont aussi de moins en moins attentistes : 23 % en 2025 contre 27 % en 2024.La motivation marque quand même un peu le pas, en baisse de 2 points, de 59 à 57 % des répondants. C'est l'optimisme qui fléchit le plus, en baisse de 5 points, de 28 à 23 % en un an. 

Ces tendances assez sombres dans l'état d'esprit des élus seraient-elles liée à un constat saillant de ce millésime : "un droit social français de plus en plus menacé" ? Pour les rédacteurs de l'étude, ce diagnostic "réduit les perspectives d'amélioration et produit un sentiment d'anxiété chez les élus. Ils partagent également l'impression d'une forte réticence des salariés à faire respecter leurs droits en tant que travailleurs. Selon les élus interrogés, "on leur dit ça va mal partout. Et donc, les gens s'habituent à ne pas réclamer et même à ne pas exercer certains droits". 

Autre témoignage dans ce sens chez un élu de la distribution : "ça n'a pas arrêté de se dégrader. Tout ce qui était un peu protecteur, des droits sociaux, petit-à-petit, ça disparaît". 

Les élus de CSE restent au top pour les salariés…

Bien que les difficultés économiques dans les entreprises génèrent des tensions entre élus et directions et limitent le dialogue social, les deux tiers des salariés ont une bonne image de leur CSE (67 %). Ils s'estiment bien représentés, un score en hausse de 2 points par rapport à l'année dernière, de 57 à 59 % (un constat qui ressort également de la dernière étude de la Dares). 63 % des salariés font par ailleurs confiance aux membres du CSE et 62 % s'intéressent à l'activité de l'instance. 

… mais le dialogue social reste en berne 

Les élus attribuent toujours une mauvaise note au dialogue social dans leur entreprise : il est qualifié de mauvais pour 55 % d'entre eux. Un véritable hiatus par rapport aux réponses des dirigeants, qui le jugent positif à 63 %. Les salariés se trouvent à peu près au milieu : 41 % pensent que le dialogue social est de mauvaise qualité dans leur entreprise. 

Chez les élus, "les indicateurs de la qualité du dialogue social poursuivent leur érosion", souligne l'étude. Ce phénomène est notable sur la capacité à suivre les accords signés, la confiance entre participants et la transmission et qualité de l'information (en baisse de 0,3 points par rapport à 2024). Le recul se poursuit également sur la prise en compte des avis et revendications (d'une note de 5,3 en 2022 à 4,7 en 2025). 

58 % des élus (au lieu de 52 % en 2024) jugent que la direction est tendue vis-à-vis du CSE, 53 % qu'elle se montre opportuniste, et 52 % que son état d'esprit est fermé. L'indicateur sur les directions à l'écoute du CSE est en baisse de 37 à 33 %. 

Le faible poids du CSE toujours décrié 

Cette année encore, les élus critiquent un affaiblissement du poids des représentants du personnel dans les CSE, à hauteur de 46 % (en hausse de 5 points). Ils constatent qu'il leur faut toujours plus de temps pour parvenir à faire face à leur mandat (38 %, en hausse de 4 points).

Quant aux sujets à aborder, la santé et les risques psychosociaux restent prioritaires (94 %), devant les conditions de travail (93 %), la sécurité au travail (85 % et le pouvoir d'achat (80 %). En bas de l'échelle, les enjeux environnementaux accusent une baisse de 4 points par rapport à 2024 (28 %) tandis que l'intelligence artificielle grimpe de 8 points (24 %). 

Enfin, il est temps que se tienne la négociation interprofessionnelle sur les parcours syndicaux prévue dans l'agenda autonome des partenaires sociaux : si les élus considèrent que leur rôle leur permet de développer des compétences supplémentaires (92 %), la valorisation de leur expérience reste un point noir. 83 % d'entre eux n'ont connu aucun recensement de leurs compétences et des modalités de valorisation pendant leurs entretiens professionnels au cours de leur mandat… Marie-Aude Grimont Rédactrice pour ActuEl CSE

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