Sécurité et santé du travail… au domicile !

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Testées massivement de gré ou de force lors de la pandémie de Covid-19, les différentes formes de travail hybride, télétravail ou travail à distance continuent d’être le quotidien d’un grand nombre de salariés. D’après l’agence européenne de santé-sécurité au travail (OSHA), ce sont un tiers des salariés européens qui sont concernés. Si ce mode d’organisation du travail présente des avantages, il a également des inconvénients qui nécessitent d’aménager la prévention des risques professionnels associés.

Des salariés qui travaillent (presque) n’importe où

Les formes contemporaines de travail utilisant le numérique pour permettent le travail à distance, qu’il soit effectué à domicile (le télétravail) ou en dehors des locaux de l’employeur (par exemple dans des tiers-lieux). Ce travail à distance est souvent effectué en combinaison avec le travail dans les locaux de l’employeur (dit travail hybride). Il est plus fréquent dans les grandes entreprises.

Ce mode d’organisation présente des avantages tant pour le salarié que l’employeur : équilibre facilité entre le travail et le hors travail, réduction des trajets et incidence positive pour la santé-sécurité (du fait de la baisse du risque d’accident de trajet) et l’environnement (du fait du moindre recours à la voiture individuelle), diminution des coûts (par exemple, des mètres carrés nécessaires pour les bureaux, ou de baisse de consommation de carburant). Mais le travail hybride a aussi une face plus sombre.

Risques professionnels et conditions de travail (hybride)

Le domicile n’est pas nécessairement un lieu propice au travail. Selon son aménagement, il peut exposer à des conditions de travail dégradées (température, bruit, éclairage, etc.), des risques classiques d’accidents de type chute de plain-pied (par exemple dans le câblage électrique au sol) ou encore exposer à un incendie (provenant par exemple d’un domicile attenant).

Le travail sur écran comporte également, selon l’installation et le matériel du travailleur, des risques dits ergonomiques qui recouvrent les troubles musculosquelettiques (TMS), de la fatigue visuelle, diverses douleurs liées à des mauvaises postures ou mouvements répétitifs.

Enfin, l’isolement et les modalités d’interaction à distance avec sa hiérarchie et ses collègues ou clients/usagers peuvent être source de stress, en particulier quand les contraintes psychosociales excèdent les ressources permettant d’y faire face (par exemple, une surcharge de travail couplée à une défaillance des outils et applications numériques et à une exigence de disponibilité permanente peuvent déborder un travailleur qui ne se sent pas écouté, reconnu et soutenu par son organisation). Toutefois, il semble que les hommes et les femmes ne soient pas exposés de la même façon aux risques psychosociaux.

Focus sur le genre

Plusieurs études réalisées sur la période de la pandémie de Covid auprès de couples montrent que les responsabilités parentales ou domestiques ont davantage augmenté pour les mères. De nombreux pères n’ont pas réduit leurs heures de travail ou continuaient à travailler à l'extérieur du domicile. Quand ils étaient à la maison, ils utilisaient plus souvent les espaces « protégés » tandis que leur femme avait tendance à travailler dans l'espace de vie (régulièrement interrompues par les enfants). Cette période a ainsi été synonyme d’une fragmentation du temps de travail des femmes voire à un sentiment de culpabilité et une mise à l’écart de leur bien-être pour continuer à incarner des mères et travailleuses irréprochables. La charge mentale et émotionnelle des femmes ainsi que leur détresse psychologique s’est ainsi davantage accrue (tout comme l’épuisement professionnel) pendant la pandémie par rapport aux hommes.

Que faire ?

Sans surprise, c’est par la réalisation d’une évaluation des risques professionnels du travail réel que l’employeur peut mesurer les facteurs en cause ainsi que les actions sur lesquelles construire sa politique de prévention. Une attention particulière devra porter sur l’utilisation des technologies numériques.

Pour les managers de proximité, il semble essentiel d’être sensible à l’organisation matérielle des télétravailleurs encadrés (c’est-à-dire des équipements ergonomiques et les conseils d’utilisation de ceux-ci), à leur suivi (communication des informations, échanges réguliers, veille à ce que le droit à la déconnexion soit appliqué, etc.) et à l’organisation de petites animations type quart d’heure ou causerie sécurité destinés à promouvoir les bonnes pratiques comme un exercice physique régulier, la réalisation de fréquentes pauses actives et courtes, etc.

Quant aux travailleurs, qu’ils n’hésitent pas à s’ouvrir de leurs difficultés à leurs collègues et hiérarchie pour trouver du soutien, voire aux représentants du personnel si nécessaire.


Stéphan Pezé
Consultant-formateur Santé et Sécurité au travail
 

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