Retour sur l'ordonnance du 19 juin 2024 qui modifie et codifie le droit de la publicité foncière

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L’ordonnance du 19 juin 2024 marque un tournant significatif dans le domaine du droit immobilier en France. Ce texte réforme et codifie le droit de la publicité foncière, avec l'objectif de simplifier et de moderniser un régime jugé trop complexe et daté. En intégrant de nouvelles règles au Code civil, l'ordonnance recentre la publicité foncière sur sa mission première : garantir le respect des droits immobiliers et une meilleure compréhension pour tous.

La réforme de la publicité foncière : un besoin devenu impératif

La réforme de la publicité foncière était attendue depuis longtemps. Les règles en vigueur, issues notamment des décrets de 1955, avaient été modifiées ponctuellement pour s'adapter aux évolutions technologiques et administratives, telles que l'informatisation du cadastre ou la création du service de publicité foncière. Cependant, ces ajustements ponctuels ne suffisaient pas à moderniser un système devenu obsolète et complexe.

L'ordonnance n° 2024-562, signée le 19 juin 2024, concrétise donc cette modernisation. Inspirée du rapport du Professeur Laurent Aynès, elle vise à codifier les règles existantes dans le Livre II du Code civil, tout en apportant quelques modifications clés pour en améliorer l'efficacité.

La codification : vers un droit plus accessible et unifié

L’une des principales mesures de l’ordonnance consiste à regrouper les dispositions législatives relatives à la publicité foncière au sein du Code civil. Cette codification répond à un double objectif : simplifier l'accès aux règles et harmoniser le cadre juridique de la publicité foncière.

Une nouvelle structure au sein du Code civil

Le titre V du Livre II du Code civil est désormais dédié à la publicité foncière, avec une organisation en cinq chapitres. Ceux-ci couvrent les principes généraux, les formalités de publicité, ainsi que les régimes spécifiques, comme ceux applicables en Alsace-Moselle et à Mayotte. Ce regroupement permet de renforcer la lisibilité et l’accessibilité du droit, facilitant ainsi son application par les professionnels du secteur.

Des principes fondamentaux réaffirmés

La codification n’introduit pas de changements radicaux dans le fond. Les nouvelles dispositions reprennent largement les principes déjà existants, tout en les clarifiant. La réforme recentre la publicité foncière sur son but premier qui est de garantir l’opposabilité des droits réels immobiliers. Les principes essentiels, tels que l'authenticité des actes publiables et le rôle de l'État dans la gestion du fichier immobilier, sont confirmés et codifiés.

Les principales modifications apportées par l'ordonnance

Bien que la codification ait pour but de stabiliser le droit, certaines modifications notables sont introduites pour moderniser le régime de la publicité foncière et le rendre plus efficace.

Accès élargi au fichier immobilier

L'une des innovations majeures de l'ordonnance est l'élargissement de l'accès automatisé aux données du fichier immobilier. Actuellement réservé aux notaires, cet accès sera étendu aux commissaires de justice et aux avocats. Cette mesure vise à faciliter les transactions et les démarches juridiques, en permettant à un plus grand nombre de professionnels du droit d'obtenir rapidement les informations nécessaires.

Priorité au primo-publiant rétablie

Le futur article 710-37 consacre à nouveau le principe de priorité pour le primo-publiant, en supprimant la condition de bonne foi qui avait été réintroduite en 2016. Cette règle permet de garantir une meilleure sécurité juridique pour les transactions immobilières, en assurant que le premier à publier un acte dispose d'une priorité sur les autres acquéreurs.

La simplification des formalités de publication

Dans le cadre de la réforme, l'ordonnance introduit plusieurs mesures visant à simplifier les formalités de publication foncière afin de fluidifier les opérations immobilières.

Suppression de certaines publications non essentielles

Pour recentrer la publicité foncière sur l’opposabilité des droits réels, certaines obligations de publication sont supprimées, notamment pour les baux de plus de douze ans et les contrats de promotion immobilière. Ces changements visent à alléger les démarches administratives et à accélérer le traitement des demandes de publication.

Uniformisation des mentions en marge

Le processus de mention en marge est simplifié : toutes les formalités devront se faire par simple dépôt de bordereau, ce qui devrait réduire les délais de publication. Le service de publicité foncière n'aura plus à vérifier le fond des demandes, mais uniquement leur régularité formelle.

Transformation du "rejet" en "arrêt"

L'ancienne procédure de "rejet de la formalité" change de nom et devient "arrêt de la formalité". Si une irrégularité est détectée après le dépôt d'un acte, un délai sera accordé pour régulariser la situation. Si la régularisation n’est pas effectuée, la formalité sera définitivement arrêtée, ce qui clarifie le processus.

Publication des décisions étrangères

La règle exigeant que les décisions étrangères soient réitérées en forme authentique pour être publiées en France sera supprimée. Désormais, ces décisions pourront être déposées directement chez un notaire français, qui vérifiera les conditions de leur acceptation avant de procéder à la publication.

Publication des demandes en justice

Actuellement, le défaut de publication d'une demande en justice visant à annuler un acte immobilier entraîne l'irrecevabilité de cette demande. L'ordonnance abroge cette sanction, qui sera remplacée par une nouvelle mesure réglementaire, à savoir la caducité de l'assignation.

Protection du tiers acquéreur d’un immeuble hypothéqué

L’ordonnance du 19 juin 2024 marque une étape importante dans la modernisation du régime de la publicité foncière en France. En codifiant les règles existantes et en introduisant des modifications ciblées, elle vise à simplifier les formalités et à renforcer la sécurité juridique des transactions immobilières. La mise en œuvre de cette réforme d’ici fin 2028 permettra d’améliorer l'efficacité des opérations immobilières et de renforcer l’attractivité économique de la France. Les décrets d’application attendus devraient préciser les modalités de cette transformation et garantir la réussite de cette modernisation juridique.

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