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Publié le - Mise à jour le
Le 12 novembre dernier, un séminaire s’est tenu (en anglais) au sein de l’agence européenne pour la santé et la sécurité au travail. Celui-ci portait sur l’avenir du travail. Une des présentations portait sur le travail en environnement virtuel et ses implications pour la prévention des risques professionnels. De quoi donner à réfléchir aux élus sur les défis qui les attendent demain.
Avec la pandémie de Covid-19, le travail à distance s’est fortement développé. Au-delà des prédictions sur son installation dans la durée, plusieurs chercheurs s’intéressent à la façon dont cette nouvelle façon de travailler impacte la santé et la sécurité.
Stavroula Leka, professeure à la Cork University Business School (Irlande), s’est notamment intéressée à l’utilisation croissante d’outils digitaux de réalité virtuelle et augmentée dans le travail à distance (ce qui devrait concerner plus de 20 millions de travailleurs d’ici 2030). L’utilisation de ces technologies comporte, selon elle, plusieurs avantages : gains d’efficacité, réduction des coûts et des émissions de CO2, meilleur équilibre vie personnelle et professionnelle, amélioration de la communication et de la qualité du travail en équipe, ouverture des emplois à davantage de profils (notamment des travailleurs plus âgés), réduction d’exposition à des risques professionnels physiques, chimiques ou biologiques rencontrés sur site, réduction des erreurs (grâce à l’utilisation de l’intelligence artificielle), développement de modes de management plus participatifs, etc.
Mais, ces évolutions comportent également plusieurs challenges : un risque de changements plus fréquents et plus rapides (y compris d’emplois du fait du développement de systèmes privilégiant le recours à des travailleurs indépendants) ; un risque de brouillage des frontières entre le personnel et le professionnel, impliquant une déconnexion plus difficile du travail et un épuisement physique et émotionnel ; un risque d’addiction aux notifications envoyées par les outils numériques utilisés dans le travail (notamment par peur de ne pas être à jour) ; un autre risque d’addiction aux substances permettant d’améliorer la performance, notamment pour faire face aux nouvelles formes d’évaluation du travail basées sur l’usage d’algorithmes ; et des risques psychosociaux, liés à une perte d’autonomie sur le rythme du travail du fait de l’intervention croissante de l’intelligence artificielle et à un sentiment d’isolement et de perte du soutien de collègues (avec un risque accru de cyber harcèlement). Les femmes seraient particulièrement exposées à ces risques du fait de la prégnance de leur rôle dans la sphère domestique. Enfin, l’auteure mentionne également les risques associés à la sédentarité et aux troubles musculosquelettiques qui accompagnent la posture assise prolongée devant son (ou ses) écrans.
A cela, la chercheuse liste des risques moins connus, comme la perte de repères et d’attention sur l’environnement proche du (télé)travailleur du fait d’une sorte de désorientation physique voire de nausées qu’elle attribue à l’immersion prolongée dans un univers virtuel, en particulier en cas d’usage de technologies de réalité augmentée (sans parler des risques de crise d’épilepsie chez certaines personnes).
Les bénéfices et risques soulevés ne sont pas inéluctables ou automatiques. Stavroula Leka conclue sur plusieurs des grands sujets que les représentants du personnel devront négocier pour que le futur du travail soit soutenable :
On le voit, ces défis font échos à des débats actuels mais qui devraient s’amplifier dans les secteurs ou le recours aux technologies digitales va d’intensifier. Des questions complexes qui nous rappellent que l’avenir du travail n’est pas écrit et que les travailleurs et leurs représentants ont un rôle essentiel à jouer pour assurer la qualité de vie au travail virtuel.
Stéphan Pezé
Consultant-formateur Santé et Sécurité au travail
Formateur pour Elegia
Auteur de « Les risques psychosociaux : 30 outils pour les détecter et les prévenir »,
Collection « Lire Agir » aux Editions Vuibert
Les risques psychosociaux | Vuibert