Lâcher prise et empathie : des soft skills essentielles pour prendre la parole en public – L'interview de Pascal Haumont

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Prendre la parole en public… Si certains le voient comme un challenge ou en tire du plaisir, pour d'autres, cet exercice relève du calvaire. Une chose est sûre, Pascal Haumont ne fait certainement pas partie de cette deuxième catégorie. Amoureux de la scène depuis son plus jeune âge, entre théâtre, comédie, improvisation et imitation, cet ancien ingénieur informatique exerce aujourd'hui en tant que « conférencier humoriste ». Il intervient auprès d'entreprises pour parler de communication et de lâcher prise. Coup de projecteurs sur la prise de parole en public et ses soft skills ! 

Vous êtes « conférencier – humoriste ». De quelle manière le théâtre, la comédie, la scène vous ont-ils permis d'améliorer votre capacité à communiquer ?

J'ai toujours pratiqué une activité scénique – théâtre, improvisation, imitation, etc. – en parallèle d'un parcours très classique d'ingénieur en informatique. Après des études scientifiques, j'ai travaillé pendant 12 ans dans des grandes entreprises avant de réaliser que je ne me voyais pas faire ça toute ma vie. J'ai eu envie de renouer avec ma deuxième vie, celle de la scène, en accompagnant, dans un premier temps, les salariés sur la prise de parole en public. J'ai ensuite développé une activité de conférencier, en y ajoutant une touche d'humour, toujours dans l'idée d'aider les gens à parler en public.

Selon moi, trois éléments de la scène peuvent vraiment aider à prendre la parole en public. Tout d'abord, l'écriture. Parce que parler devant un auditoire, ce n'est pas simplement transmettre des informations – les mails fonctionnent très bien pour ça –, c'est surtout faire vivre une expérience, procurer de l'émotion. L'écriture scénique permet justement de construire le message en ce sens. Le deuxième élément, c'est l'expression des émotions. Alors évidemment, dans un contexte professionnel, les gens ne vont pas hurler de rire ou pleurer à chaudes larmes, mais ils peuvent tout de même ressentir des émotions. Pour cela, l'orateur doit être capable d'incarner ces émotions. Et enfin, il faut s'appuyer sur les techniques scéniques pour mieux communiquer à l'oral. Quelques exemples : s'ancrer au sol, limiter les tics de langage, parler fort, articuler, utiliser son corps comme un vecteur de message, etc.

Lors de vos conférences, et sur vos réseaux sociaux, vous évoquez fréquemment le modèle DISC. Quel est-il et comment permet-il d'améliorer les prises de parole en public ?

Le modèle DISC a été inventé par le psychologue américain William Moulton Marston en 1928. Il s'agit d'un outil d'analyse comportemental basé sur quatre grands types de comportements : le D de la dominance, symbolisé par la couleur rouge et qui désigne les individus sûrs d'eux et déterminés ; le I de l'influence, en jaune, qui correspond aux personnes très enthousiastes, enjouées, s'exprimant de manière un peu théâtrale ; le S de la stabilité, en vert, regroupe les gens plutôt calmes et patients qui s'expriment de façon harmonieuse, sans brusquerie, en faisait attention à l'autre ; et enfin, le C de la conformité, représenté par la couleur bleue et qui désigne les comportements logiques et analytiques. Chaque individu possède ces quatre comportements, même si certains s'expriment plus naturellement.

Le modèle DISC permet de mieux se connaître, et ainsi de mieux comprendre les comportements et préférences des autres afin de communiquer efficacement avec eux. Une prise de parole en public réussie, selon moi, nécessite d'aller piocher dans ces quatre types de comportements et d'en tirer le meilleur. D'être synthétique comme le rouge, théâtral ou passionné comme le jaune, connecté comme le vert et rigoureux comme le bleu. À noter que chaque famille de comportements présente des avantages et des limites : le vert peut sembler un peu timide, un peu effacé, par exemple.

Quelles sont, selon vous, les erreurs à éviter lors d'une prise de parole en public ?

L'erreur classique, c'est de faire une présentation PowerPoint et de se reposer dessus. Bien souvent, les personnes qui doivent prendre la parole en public vont se concentrer sur les informations qu'ils ont à transmettre, créer des diapositives et, une fois devant leur auditoire, vont simplement commenter leur présentation. Ils en oublient que s'ils se retrouvent face à un public, plutôt qu'à envoyer un mail, c'est parce qu'ils ont un plus en tant qu'orateurs.

Une prise de parole en public ne se fait pas qu'avec la tête, elle se fait aussi avec le corps. Ce qui implique d'incarner ses propos avec des gestes, des expressions du visage, un regard, un sourire ou en occupant l'espace. La voix va également permettre d'incarner le propos : ses intonations, son volume, sa cadence, sans négliger les silences qui sont tout aussi importants. Au-delà des mots, il faut mettre son corps et sa voix au service du message.

Le corps, parfois, agit inconsciemment, lorsque l'on se touche les cheveux ou qu'on agite les bras un peu trop vite, par exemple. C'est ce que j'appelle les « gestes doudous », des tics gestuels qui nous viennent par réflexe et qui nous rassurent. La première chose à faire, pour s'en débarrasser, est d'en prendre conscience. Se filmer peut aider à les identifier.

Le « lâcher prise » est-il une soft skill indispensable pour bien communiquer ?

Je le pense. Ne pas lâcher prise signifie que l'on est entièrement tourné vers soi. Que l'on pense au passé ou au futur, au lieu de vivre pleinement le moment présent. Et si l'on n'est pas dans le présent, on n'est pas non plus connecté à son auditoire.

Évidemment, dire « lâche prise » ne suffit pas. C'est une soft skills qui se travaille et qui s'acquiert avec le temps. En revanche, avoir une parfaite maîtrise de son contenu, être bien préparé et avoir répété son texte, aide à lâcher prise le moment venu. Répéter n'enlève pas le naturel d'une prise de parole, bien au contraire. C'est ce qui permet de faire aussi des « sorties de route » pour échanger avec l'audience, rebondir sur une question puis revenir tout naturellement dans son discours. Les artistes de stand-up en sont le plus bel exemple : ils interagissent avec le public puis reprennent le fil de leur sketch sans accroc, justement parce qu'ils ont répété des centaines de fois.

Dans votre ouvrage « Prendre la parole sans stress », vous donnez de précieux conseils pour se libérer du stress lors des prises de parole en public. Pouvez-vous nous en livrer quelques-uns ?

Il n'y a pas de formule magique. En revanche, il existe plein de petites astuces, comme la respiration, ou la cohérence cardiaque, pour réussir à réduire le stress. Mais ces astuces ne doivent pas être utilisées comme des béquilles. On pourrait en oublier que le seul vrai moyen de lutter contre le stress, c'est de se préparer.

Toutefois, si une personne est réellement très stressée avant de prendre la parole, une astuce qui fonctionne est de tout de suite créer une interaction avec le public. Ainsi, au lieu de parler devant des gens, elle échange avec eux. Un autre conseil est d'essayer de reformuler son état d'esprit : si on se répète que l'on a peur, que l'on ne va pas y arriver, alors on augmente nos chances de faire une mauvaise performance. Au contraire, si on arrive sur scène avec un état d'esprit positif, on met toutes les chances de notre côté.

Enfin, j'aimerais conclure sur la question du stress avec une anecdote cinématographique : un réalisateur a tourné avec Alain Delon et Jean-Paul Belmondo. Selon ses dires, les deux acteurs avaient des manières bien distinctes de gérer leur stress. Alain Delon avait besoin de se concentrer avant de tourner. Il ne voulait aucune distraction et devait être dans sa bulle. A l'inverse, Jean-Paul Belmondo avait besoin d'interagir avec les autres, de discuter, de plaisanter, voire de simuler des combats, pour se sentir prêt avant une scène. Cet exemple démontre qu'il n'existe pas une approche universelle de la gestion du stress. Il y a des "Delon" et des "Belmondo".

Enfin, quelles sont, selon vous, les soft skills essentielles à développer pour prendre la parole avec sérénité ?

Je n'en évoquerai qu'une seule, parce qu'elle regroupe tout : l'empathie. L'empathie désigne notre capacité, plus ou moins développée, à envisager le monde à travers les yeux des autres. Pour moi, cette aptitude est cruciale lorsqu'on prend la parole en public. Plutôt que de simplement délivrer une information, il s'agit de comprendre ce que notre auditoire a besoin d'entendre.

Il est important de distinguer l'empathie de la sympathie. La sympathie consiste à synchroniser nos émotions avec celles des autres : si quelqu'un pleure, nous pleurons ; s'il rit, nous rions. En revanche, l'empathie ne se limite pas à cela. Elle implique de se représenter mentalement le monde tel que les autres le voient, de comprendre leurs émotions et de réagir de manière appropriée. Cette notion s'inscrit dans le cadre plus large de l'intelligence émotionnelle, un concept de plus en plus discuté ces dernières années. L'intelligence émotionnelle englobe la capacité à comprendre les émotions des autres, à reconnaître nos propres émotions, et à agir de manière adéquate en fonction de celles-ci. Ainsi, l'empathie constitue l'une des compétences clés de l'intelligence émotionnelle.

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