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Publié le - Mise à jour le
Dans la revue « La Presse Médicale », trois médecins et chercheurs font le point sur les connaissances concernant la sédentarité au travail et ses effets. L’occasion de s’intéresser à ce sujet trop souvent ignoré et qu’ils invitent à considérer comme un risque professionnel à part entière.
De façon générale, en France, aux Etats-Unis, en Grande Bretagne, etc., le temps de travail en position assise a augmenté de façon régulière depuis les années 60. Par exemple, les chiffres de l’enquête SUMER [i] pour 2010 montrent que 22,6 % des travailleurs déclaraient travailler devant un écran plus de 20 heures par semaine (contre 11,9 % en 1994). Il est donc établi aujourd’hui que le travail représente une part notable – sinon la plus importante pour une grande partie des travailleurs – de sédentarité : les périodes prolongées et ininterrompues de temps passé assis.
Les quelques études disponibles sur les effets de la sédentarité au travail montrent que rester assis durant de longues heures favorise les TMS (troubles musculo-squelettiques), la première – et de loin – des maladies professionnelles à ce jour. De plus, la sédentarité augmente les risques de diabète, d’obésité et de décès prématuré, notamment liés à une maladie coronarienne ou cardiovasculaire. De façon plus précise, une étude [ii] a montré que la durée durant laquelle l’on reste assis influence le risque de mortalité :
Rester assis durant de longues périodes continues représente donc un risque important et souvent sous-estimé. Aujourd’hui dans le monde, 5,3 millions de décès (évitables !) seraient liés à l’inactivité physique ; de plus, dans les pays développés, la sédentarité est reconnue comme première cause de mortalité évitable devant le tabagisme. Ce n’est donc pas seulement un risque professionnel mais une problématique de santé publique !
A l’inverse, là aussi les quelques études sur l’activité physique au travail montrent les bénéfices du travail debout et de l’augmentation du temps de marche sur le recul des risques de décès et de maladies d’origine cardiovasculaires. C’est également le cas pour les travailleurs :
Bref : bouger, certes modérément mais surement, aurait un effet protecteur et éloignerait les effets négatifs de la sédentarité.
Contrairement aux risques psychosociaux, TMS ou accidents du travail, la sédentarité et ses effets sont peu présents dans les documents uniques d’évaluation des risques professionnels (articles L. 4121-1 à 3 et R. 4121-1 et 2 du Code du travail). Une explication possible à cette absence est le long terme d’apparition des effets cumulés de la sédentarité ainsi que le difficile démêlage des effets liés à la sédentarité professionnelle et hors-travail (la pratique d’activités sportive ou de loisirs dynamiques, etc.). Cela en fait des risques professionnels difficiles à travailler :
Ceci étant dit, les risques liés à la sédentarité ne concernent pas nécessairement l’ensemble des travailleurs (les cadres, les emplois de bureau, etc. sont généralement plus exposés – mais aussi les chauffeurs de poids-lourd ou de taxi). Il convient donc d’évaluer précisément qui est plus exposé à ce risque – c’est d’ailleurs l’objet de l’évaluation des risques professionnelle !
Enfin, les solutions sont simples et peu couteuses. Il serait donc dommage de ne pas les mettre en œuvre :
Enfin, du point de vue de l’organisation du travail, il faudrait favoriser l’alternance d’activité en évitant de concevoir des postes de travail mono-tâche. Un programme de prévention digne de ce nom ne devrait donc pas uniquement reposer sur la responsabilité des individus (et donc sur des injonctions à la « mobilité ») mais interroger la manière dont le travail est organisé et contraint les salariés et agents à la sédentarité.