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Publié le - Mise à jour le
Dire aux autres qu’ils peuvent aller mieux, leur promettre qu’ils ont déjà en eux les réponses, créer des moments d’intensité collective où les émotions débordent. Avec Gourou, le cinéma s’empare d’un phénomène bien réel : l’essor du développement personnel et ses zones d’ombre. À l’échelle mondiale, la profession a fortement progressé : le nombre de coachs aurait augmenté d’environ 54 % entre 2019 et 2023, selon l’ICF (International Coaching Federation). À travers le personnage de Matthieu Vasseur, coach charismatique incarné par Pierre Niney, le film interroge les frontières entre accompagnement sincère, influence et positivité toxique. Mais concrètement, qu’est-ce qui distingue l’expertise d’un discours inspirant ? Où s’arrête le soutien et où commence la mise en scène, l’instrumentalisation des vulnérabilités ? Derrière la caricature, Gourou agit comme le révélateur d’un marché en plein essor, aux promesses puissantes mais aux dérives parfois inquiétantes. Décryptage.
« Ce que tu veux, c’est ce que tu es ». Scandée en chœur lors des meetings de Matthieu Vasseur, cette phrase revient comme un mantra. Courte, percutante, facile à mémoriser, elle frappe par sa charge émotionnelle autant que par son flou. Les scènes de rassemblement collectif sont explicites : la musique, la mise en scène et les témoignages exposés sur scène plongent les participants dans une expérience cathartique, où tout semble possible. Les angoisses s’estompent, l’assertivité se développe. Un effet de courte durée. Et surtout, le discours reste volontairement creux et ne propose ni méthode structurée, ni cadre, ni véritable accompagnement dans le temps.
Matthieu Vasseur se présente comme un coach empathique, convaincu que le coaching est « l’art de l’accompagnement » et la force des relations interpersonnelles. Il affirme vouloir aider les autres à aller mieux, et le film entretient cette ambiguïté. Progressivement pourtant, une autre réalité s’impose : celle d’un show à l’américaine parfaitement huilé, avec en coulisses une équipe marketing, des techniques de démarchage agressives et un empire économique structuré autour de l’image du coach. Gourou insiste sur un point clé : Matthieu Vasseur n’a ni mentor, ni formation reconnue. Il détient une simple certification délivrée par son idole, un coach star aux États-Unis. Une légitimité par ricochet, plus symbolique qu’académique. La question n’est alors plus celle de l’intention, mais celle de la légitimité. Une question d’autant plus sensible que le coaching s’est installé depuis une vingtaine d’années dans les grandes organisations, à la frontière entre accompagnement, conseil et normes managériales.
Le succès du développement personnel n’est pas un hasard. Il répond à des besoins profonds : quête de sens, besoin de reconnaissance, recherche d’équilibre dans un monde professionnel sous tension. Lorsqu’il est porté par des experts formés, encadré par des méthodes éprouvées et inscrit dans une démarche éthique, il peut constituer un levier puissant de transformation individuelle et collective. Mais Gourou rappelle une réalité moins reluisante : l’absence de cadre ouvre, au contraire, la porte à de nombreuses dérives. Positivité toxique, injonction au bonheur, discours culpabilisants deviennent des armes redoutables face à des publics vulnérables. En France, une enquête de la DGCCRF (2021–2022) a ainsi révélé que près de 80 % des professionnels et organismes de formation contrôlés présentaient au moins une anomalie, notamment sur les compétences ou les titres revendiqués. Dans le film, la vie des participants est livrée en pâture à l’émotion collective, le témoignage intime devient un outil narratif au service de la notoriété du coach. L’accompagnement se transforme au final en instrumentalisation.
Enfin, Gourou pousse volontairement le curseur à l’extrême lorsque l’empire de Matthieu Vasseur est menacé par un projet de loi visant à imposer un diplôme d’État obligatoire pour encadrer la profession en France. Une mesure destinée à protéger les individus et à structurer le secteur. La sénatrice qui le confronte dénonce un modèle économique fondé sur l’exploitation de la souffrance, un risque accru de dérives sectaires et de positivité toxique. Une inquiétude qui dépasse la fiction : dans son rapport d’activité 2021 (publié fin 2022), la MIVILUDES indique avoir reçu 4 020 signalements (un record), et met en garde contre la multiplication des « gourous 2.0 » sur les réseaux. « Les qualités d’un bon coach ne s’acquièrent pas dans un amphi » : la réponse de Matthieu Vasseur cristallise l’enjeu. Une opposition attirante entre charisme et cadre, mais dangereuse lorsqu’elle sert à délégitimer toute régulation.
Gourou ne condamne pas le développement personnel en tant que tel. Il interroge qui parle, au nom de quoi et avec quelles garanties. Là où le film montre des discours bien rodés mais creux, il rappelle en filigrane l’importance d’une expertise fondée sur des connaissances scientifiques, d’une pratique encadrée et d’un accompagnement éthique et responsable, qui ne promet pas de solutions miracles. Former et développer les compétences humaines ne relève ni de l’improvisation ni du charisme seul. Cela suppose recul, méthode, déontologie et compréhension fine des mécanismes psychologiques et relationnels : un véritable coach ne s’auto-proclame pas.
C’est précisément cette exigence de cadre, de méthode et de professionnalisation qui caractérise l’approche de Lefebvre Dalloz Compétences en matière de développement personnel. Ces sujets y sont abordés comme de véritables leviers de développement professionnel, au croisement de la psychologie du travail, du management et des sciences humaines. Les formations sont conçues et animées par des formateurs et consultants expérimentés, dotés d’une expertise approfondie, capables de traduire des notions complexes (gestion du stress, régulation des émotions, estime de soi, assertivité, communication interpersonnelle) en outils concrets, directement actionnables au quotidien. Pas de recette universelle ni de solution miracle : leur accompagnement s’inscrit dans une démarche structurée, fondée sur des méthodes éprouvées, des pratiques encadrées, une déontologie claire et enfin, une compréhension fine des mécanismes individuels et collectifs. Une approche qui privilégie le développement durable des soft skills, le discernement et l’autonomie.
À travers le personnage de Matthieu Vasseur, Gourou agit comme un miroir grossissant des excès d’un secteur en plein essor et comme un signal d’alarme. Il rappelle que le développement personnel peut être un levier de transformation puissant, à condition d’être porté par des professionnels légitimes, formés et responsables. Face aux promesses spectaculaires, l’enjeu n’est pas de rejeter ni dénoncer l’accompagnement, mais de réaffirmer la valeur de l’expertise, du cadre et de l’éthique. Dans un contexte où la frontière entre inspiration et manipulation reste fragile, la vigilance reste de mise.