Entre vous & nous – Employabilité des seniors : déconstruire les stéréotypes, investir dans les compétences

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Le vieillissement de la population, accéléré, en partie, par la baisse de la natalité et les progrès de la médecine, pose de nouveaux défis en matière d'employabilité des seniors. Tong Chhor, président engagé de la fédération Senior Force Plus – qui propose des outils concrets et un plan d’action structuré pour améliorer l’employabilité des seniors – revient sur les stéréotypes persistants à leur égard et le besoin urgent de proposer des solutions pour assurer leur maintien dans l'emploi et leur recrutement, en passant notamment par la formation et le développement des compétences. Découvrez comment entreprises, associations, organismes publics, État et seniors de plus de 50 ans pourraient agir ensemble pour relever ce défi.

Commençons par un peu de contexte : où l'emploi des seniors en est-il aujourd'hui en France ?

En France, le taux d’emploi des seniors s’établit à 58 % en 2023, selon les données du ministère du Travail. C’est nettement en deçà de la moyenne européenne, qui atteint 64 %, et encore plus éloigné du taux de 78 % observé en Suède. Nous avons beaucoup de progrès à faire.

D’après l'enquête de décembre 2024 menée par le Défenseur des droits sur la discrimination à l’égard des seniors, les candidats de plus de 50 ans ont deux fois moins de chances d’être recrutés que ceux âgés entre 30 et 49 ans.

C’est une différence marquante. Par ailleurs, seul un tiers des demandeurs d’emploi de plus de 50 ans parvient à retrouver un poste.

Ces chiffres traduisent des obstacles majeurs que l’on peut regrouper en trois grandes causes. D’abord, les stéréotypes, qui restent très présents. Par exemple, l’idée que les seniors coûtent cher aux entreprises est une perception largement répandue, même si elle varie selon les générations. Les seniors eux-mêmes rejettent souvent cette idée, alors que les plus jeunes tendent à la valider. Ensuite, il y a un manque d’accompagnement, tant de la part des entreprises que de l’État, pour favoriser l’intégration des seniors. Enfin, il est aussi nécessaire que les seniors s’investissent également dans leur propre employabilité, par exemple, en actualisant leurs compétences pour répondre aux attentes du marché.

Pourquoi garantir leur employabilité devient un enjeu majeur pour l'ensemble des organisations ?

L’employabilité des seniors est devenue un véritable enjeu en France. Cela s’explique par deux évolutions majeures qui affectent profondément notre population active.

D’abord, il y a la baisse de la natalité. En 2023, la France a enregistré 677 000 naissances, soit une diminution de 7 % par rapport à 2022, et de 20 % par rapport à 2010. Ce recul progressif réduit le renouvellement de la population active. Ensuite, le vieillissement de la population amplifie cette problématique. En 2024, la France comptait 68,4 millions d’habitants, dont 14,4 millions de retraités. Cela représente 21 % de la population, un chiffre qui continue de croître, tandis que la proportion d’actifs diminue.

Si rien n’est fait pour encourager une participation accrue des seniors au marché du travail, le pays risque de faire face à des difficultés croissantes pour financer non seulement les retraites, mais aussi des secteurs clés comme la santé ou l’éducation. C’est une situation préoccupante, qui appelle des solutions concrètes et rapides.

Que peuvent faire les entreprises et l’État pour améliorer l’employabilité des plus de 50 ans ?

Côté entreprises, elles peuvent agir sur plusieurs leviers. D'abord, elles doivent investir dans la formation continue, en proposant notamment des formations axées sur les compétences nouvelles comme l’usage des outils numériques. Le mentorat inversé est également une approche intéressante, où les plus jeunes transmettent leurs connaissances technologiques à leurs aînés. Par ailleurs, les entreprises peuvent adapter les conditions de travail, en rendant les postes moins contraignants physiquement, en proposant des horaires flexibles ou encore en favorisant le télétravail. Un autre outil essentiel est la mise en place de bilans de compétences réguliers pour aider les seniors à identifier leurs forces et explorer des opportunités de reconversion.

De son côté, l’État a un rôle clé à jouer. Il peut inciter les entreprises à recruter ou à maintenir en poste des seniors en proposant des avantages fiscaux ou en réduisant certaines charges. Il peut aussi renforcer l’accès à la formation professionnelle en adaptant des dispositifs comme le CPF aux besoins spécifiques des seniors, ou encore en subventionnant des formations courtes pour faciliter leur reconversion. Enfin, pour accompagner la transition vers la retraite, l’État peut promouvoir des mesures comme la retraite progressive ou les contrats à temps partiel.

En somme, investir dans les compétences des seniors ne permet pas seulement de maintenir leur employabilité, c’est aussi un moyen de déconstruire les stéréotypes sur leur coût ou leur supposée inadaptabilité, et de les réintégrer pleinement dans un marché du travail en constante évolution.

Qui est la fédération Seniors Force Plus et que proposez-vous pour améliorer le taux d’emploi des seniors de 50 ans et plus ?

Senior Force Plus est une association à but non lucratif qui œuvre pour l’inclusion professionnelle des personnes de plus de 50 ans. Notre mission principale est de contribuer à améliorer le taux d’emploi des seniors, qu’ils souhaitent être salariés ou se lancer dans l’entrepreneuriat.

Pour cela, nous agissons sur deux axes. D’abord, nous mettons gratuitement à disposition des entreprises des outils concrets, comme le Senior Score, notre outil d’évaluation et GRACE, notre Guide de Recommandations et d'Actions pour la Carrière et l'Emploi des seniors qui est une base de données de propositions et de solutions adaptées. Ensuite, nous organisons des rencontres entre des entreprises qui ont déjà mis en place des initiatives en faveur des seniors et celles qui cherchent à s’inspirer de ces expériences. Ces rencontres visent à favoriser le partage de bonnes pratiques. Les entreprises vertueuses qui rejoignent notre combat contribuent à améliorer le contenu de GRACE, pour le bénéfice de tous.

Notre approche repose sur huit domaines d'amélioration clés : la gouvernance, le cadre réglementaire, la communication, la politique de l’emploi, le recrutement, la formation, le bien-être au travail et le lien intergénérationnel. Ces axes sont au cœur de toutes les solutions que nous proposons. Les entreprises s'évaluent sur ces huit domaines et s'améliorent selon les axes de leur choix.

Et en matière de formation et de développement des compétences des seniors, plus particulièrement ?

Pour améliorer la formation et le développement des compétences des seniors, il est essentiel de former les professionnels RH et les managers au management des seniors. Cette démarche permet de mieux appréhender les spécificités des relations intergénérationnelles, car il est fréquent que les seniors ne se sentent pas en phase avec des interlocuteurs plus jeunes. Les entreprises doivent aussi s’engager à établir des partenariats avec les OPCO afin de faciliter l’accès des seniors à la formation grâce à des financements spécifiques.

Le mentorat inversé, évoqué précédemment, est une autre solution clé. Les jeunes peuvent initier les seniors aux outils technologiques, tandis que les professionnels expérimentés partagent leur savoir-faire et leur expertise sectorielle ou fonctionnelle. C’est un échange vertueux qui valorise les forces de chacun. Par ailleurs, il est crucial d’aller au-delà de la simple formation technique. En termes de gouvernance, la mise en place d’une charte d’engagement contre toute forme de discrimination en matière de formation, accompagnée de bilans réguliers, peut garantir une égalité des chances. Nous recommandons également d’assouplir les règles concernant le plafond du CPF pour que les seniors aient davantage accès à la formation continue.

Dans ce cadre, la communication joue un rôle essentiel. Des campagnes récurrentes doivent encourager les seniors à envisager un cycle de vie qui alternerait entre travail et apprentissage. Dans un monde qui change très vite, se former régulièrement leur permettrait de mieux évoluer dans leurs postes ou de se reconvertir plus facilement.

Concrètement, quel est votre plan pour mettre en œuvre vos propositions et surtout, les faire adopter par les acteurs économiques ?

Notre plan repose sur une démarche structurée et collaborative, visant à mobiliser tous les acteurs clés. Concrètement, nous travaillons avec des organisations comme l’APEC, des organismes d’État tels que France Travail, la communauté "Les Entreprises s'engagent" ainsi qu’avec des entreprises vertueuses comme AXA, Schneider et BNP Paribas. Avec ses contributeurs économiques, nous souhaitons construire un écosystème où chaque entreprise serait à la fois contributrice et bénéficiaire.

La première étape consiste à promouvoir l’adoption d’un outil d’évaluation commun : le Senior Score. Cet outil permet aux entreprises de s’auto-évaluer à travers un questionnaire simple générant automatiquement un radar visuel. Ce radar met en lumière les zones de faiblesse, permettant aux entreprises de prioriser les domaines sur lesquels concentrer leurs efforts pour progresser durablement dans l’intégration et le soutien des seniors.

Ensuite, nous souhaitons mettre GRACE, qui regroupe déjà plus d'une centaine de solutions concrètes, à la disposition des entreprises. Cette base s’enrichit continuellement grâce à la contribution des entreprises vertueuses désireuses de partager leurs bonnes pratiques. Par ailleurs, pour mieux accompagner les entreprises souhaitant déployer ces solutions mais manquant de savoir-faire, nous envisageons de mettre une base de prestataires spécialisés, à leur disposition.

Dès le deuxième trimestre 2025, nous prévoyons de rendre ces solutions accessibles gratuitement aux entreprises via une plateforme digitale intelligente. Cette plateforme offrira une multitude de ressources : podcasts, vidéos, documents en ligne et bien plus, pour démocratiser l’accès aux outils et aux bonnes pratiques en faveur de l’emploi des seniors en France.

Afin de maintenir notre statut d’association à but non lucratif, indépendante de tout intérêt privé, nous recherchons des dons. Les mécènes pourront bénéficier d’une déduction fiscale équivalente à 70 % de leurs contributions financières.

Notre ambition est claire : mobiliser entre 100 000 et 200 000 entreprises à court terme. Nous voulons les inciter à évaluer leurs organisations avec le Senior Score et à utiliser GRACE. Ce projet d’envergure nécessite une mobilisation collective. Faire de l’emploi des seniors une grande cause nationale, c’est rappeler que nous sommes tous concernés.

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