Le Vrai du Faux : Les soft skills, plus on s'y met tôt, plus c'est facile ?

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On dit souvent qu’il faut développer ses soft skills dès le plus jeune âge, car plus on s’y prend tôt, plus il serait facile de continuer à les renforcer tout au long de la vie. Info ou intox ? Il semblerait bien que cette idée soit vraie. De nombreuses initiatives menées en France, mais aussi en Europe, démontrent depuis plusieurs années l'importance de développer les compétences psychosociales ou socio-émotionnelles dès le plus jeune âge. Explications.

Pourquoi commencer à développer les soft skills tôt fait la différence ?

Nous l'avions déjà évoqué dans un précédent article : la plasticité cérébrale des enfants leur permet d'apprendre et de retenir les informations plus facilement. Logiquement, si cela fonctionne avec les maths et la poésie, il en va de même pour les compétences socio-émotionnelles, qu’il s’agisse d’apprendre à gérer ses émotions, à coopérer avec les autres ou à faire preuve de curiosité.

Certaines compétences jouent le rôle de socle fondateur. C’est le cas de la confiance en soi, de la gestion du stress ou encore du growth mindset – cette conviction qu’il est toujours possible d’apprendre et de progresser. Cultivées tôt, elles deviennent des leviers puissants qui facilitent l’acquisition de nouvelles compétences tout au long de la vie. À l’inverse, si elles sont absentes ou fragiles, les développer plus tard demande beaucoup plus d’efforts et de travail sur soi.

Les bénéfices ne se limitent pas au développement personnel : ils se traduisent aussi dans les résultats scolaires. Des recherches en psychologie montrent que les élèves qui savent planifier, persévérer, identifier leurs points faibles ou gérer leurs émotions réussissent mieux leurs examens et s’adaptent plus facilement aux difficultés. En ce sens, les soft skills contribuent à réduire les inégalités sociales ou de genre, en donnant à chaque enfant des clés universelles pour apprendre et s’épanouir.

En ce sens, de nombreuses initiatives voient d'ailleurs le jour. C'est le cas notamment de l’application Soft Kids, fondée par Solenne Bocquillon-Le Goaziou, qui propose aux enfants du primaire et du collège des mini-jeux quotidiens pour renforcer des compétences clés comme la confiance en soi, la gestion des émotions ou la coopération. Une approche ludique, qui associe également enseignants et parents. Dans la même veine, l'atelier La Fresque des Soft Skills accompagne les enfants dans le développement de leurs compétences socio-émotionnelles, dès la primaire.

Des bénéfices durables à l'âge adulte

Travailler les soft skills dès l’enfance, ce n’est pas seulement un coup de pouce pour réussir à l’école. C’est un investissement qui paie toute la vie. Les chercheurs parlent d’un effet cumulatif : plus tôt ces compétences sont acquises, plus elles deviennent des leviers puissants pour apprendre, s’adapter et rebondir face aux obstacles.

Prenons l’exemple du Danemark : le pays a intégré les compétences socio-émotionnelles dans ses programmes scolaires dès le milieu des années 2000. Résultat ? Quinze ans plus tard, les enquêtes internationales (PIAAC, OCDE) montrent que les adultes danois affichent parmi les plus hauts niveaux de confiance en autrui et en eux-mêmes de toute l’OCDE. Une preuve concrète que les bénéfices de ces apprentissages précoces ne s’arrêtent pas aux bancs de l’école, mais irriguent la vie professionnelle et sociale bien au-delà.

Autre point clé : les compétences telles que la persévérance, la gestion de l’échec, ou encore l'intelligence émotionnelle, si elles sont développées jeunes, fonctionnent comme des “raccourcis” pour la suite. Elles permettent d’aborder les changements de carrière, les reconversions ou les nouveaux métiers avec plus de fluidité. Une personne qui a appris à croire en sa capacité de progresser ou à gérer son stress dans la cour de récré sera mieux armée pour affronter les transitions professionnelles, la pression des deadlines ou les imprévus d’une vie de travail.

Développer ses soft skills plus tard : possible, mais plus exigeant

Est-ce que cela signifie que tout est perdu pour ceux qui n'auraient pas eu la possibilité de développer leurs compétences socio-émotionnelles à l'école ? Bien sûr que non. Plusieurs raisons : premièrement, ces compétences qui relèvent du savoir-être s'apprennent et se travaillent à chaque instant de la vie – dans les interactions, les expériences personnelles ou encore les épreuves traversées – et non seulement devant un professeur.

De ce fait, même à l’âge adulte, il est possible de progresser en communication, en gestion des émotions ou en leadership. La plasticité cérébrale diminue avec l’âge, mais elle ne disparaît jamais. Le cerveau reste capable de créer de nouvelles connexions… à condition d’y mettre de l’effort et de la pratique.

Le défi, c’est que les habitudes sont déjà bien ancrées. Là où l’enfant intègre naturellement des réflexes de coopération ou de persévérance dans ses jeux, l’adulte doit souvent désapprendre avant d’apprendre. Sortir de sa zone de confort, remettre en question ses automatismes, accepter l’échec comme une étape : tout cela demande de la volonté et du temps.

Mais l’adulte dispose aussi d’atouts uniques. Son expérience, sa capacité réflexive et sa maturité émotionnelle lui permettent d’aller plus loin dans la compréhension et l’affinement de ses compétences relationnelles. Là où un enfant apprend à gérer ses émotions de manière instinctive, un adulte peut les analyser, les mettre en mots et les transformer en véritables leviers de leadership ou de coopération.

Les entreprises jouent ici un rôle clé. De plus en plus de programmes de formation et d’accompagnement misent sur les compétences comportementales : ateliers de communication non violente, formations au management bienveillant, coaching au leadership, parcours de développement de la résilience. Loin d’être réservées aux bancs de l’école, les soft skills deviennent ainsi un terrain d’entraînement permanent, tout au long de la vie professionnelle.

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