Entre vous & nous – D'assistant pédagogique à partenaire créatif : apprenez à tirer profit de l'IA générative en formation

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Auteure du premier livre français sur l'ingénierie du prompt, « L'IA pour la formation » et fondatrice de Creativ'ip, cabinet de conseil en ingénierie pédagogique créative, Lucie Dhorne maîtrise l'intelligence artificielle sur le bout des doigts. Le temps d'un échange enthousiaste et passionnant, elle nous entraîne au cœur de la technologie : quel type d'IA utiliser en formation ? Comment rédiger des prompts vraiment efficaces ? Comment l'intelligence artificielle permet-elle de développer notre propre créativité ? Réponses. 

Votre ouvrage « L'IA pour la formation » paru en janvier 2024 a rencontré un franc succès, notamment auprès des formateurs. Comment l'expliquez-vous ?

Le livre est né de mon intérêt pour les nouvelles technologies et d'une veille de longue date sur les outils d'intelligence artificielle, dans des salons professionnels ou à travers des publications de Usbek & Rica, notamment. Je savais que l'IA allait arriver parce que je la testais déjà depuis des années.  Donc, lorsqu'elle a commencé à devenir populaire dans les entreprises, j'étais prête. J'ai commencé à beaucoup publier sur le sujet, sur LinkedIn, à organiser des « prompts party », etc. Jusqu'au jour où un éditeur de Clic Édition, maison d'édition spécialisée en numérique et formation, m'a contacté pour me proposer d'écrire un livre sur le sujet. Au début, j'étais un peu fermée à l'idée, l'IA étant en perpétuelle évolution, ça me paraissait compliqué d'écrire un livre – qui est censé durer dans le temps – sur un sujet aussi mouvant. Mais après réflexion, j'ai accepté, à la condition que le livre porte exclusivement sur les usages des IA génératives en formation, qu'il soit très concret. 

Mon éditeur souhaitait que j'écrive 100 pages. Pour moi, c'était mission impossible, surtout que je voulais y intégrer des exemples de prompts, qui à eux seuls, occupent plusieurs pages. On a donc trouvé un compromis : un livre complet, clé en main, tout en illustration, en résumé et en pratique. Et je pense que c'est exactement pour cette raison qu'il a rencontré un si grand succès. Ce n'est pas un énième livre théorique, mais au contraire, un ouvrage qui, très concrètement, explique comment actionner l'IA en formation. L'engouement autour de l'IA est tellement fort, que les professionnels ont besoin d'être guidés, notamment sur la rédaction de prompts efficaces. 

Pour la suite, d'autres ouvrages sont en préparation. Le prochain, qui paraîtra fin 2024, sera encore plus pratique, davantage axé sur les cas d'usage de la formation. Et puis, je travaille également sur un mini-guide pour le mois d'octobre, au format accordéon, comme les plans comptables, que les professionnels pourront avoir sur eux en permanence pour les aider à prompter en utilisant ma méthodologie. 

Quels sont les types d'intelligence artificielle les plus utilisées en formation ? 

De manière générale, dans la plupart des métiers, les IA textuelles sont majoritaires, et c'est le cas aussi en formation. Mais il existe également des outils d'IA d'image, d'audio, de vidéo, etc. Souvent, les professionnels que j'accompagne me demandent de les former à toutes les modalités d'intelligence artificielle, mais à moins d'être graphiste ou d'avoir un métier vraiment créatif, la seule modalité qui peut être actionnable rapidement et générer des résultats immédiats, c'est le texte. Que l'on demande à l'IA de générer un tableau, une liste à puce ou un argumentaire, on lui demande de rédiger. 

Votre livre regorge de bonnes pratiques pour faire de l'IA un véritable assistant pédagogique. Pouvez-vous nous en partager quelques-unes ? 

Premièrement, il faut définir le rôle que l'on veut donner à la machine – une précision toutefois : l'IA n'est pas une machine, c'est un algorithme, mais je me permets d'utiliser le terme « machine » pour la métaphore, et parce qu'il permet de mettre de la distance entre l'Homme et la machine. Aujourd'hui, je distingue deux rôles principaux : celui d'assistant, et celui de coach. L'IA assistant nous aide à nous décharger des tâches administratives, par exemple. Nous évoluons dans l'ère de l'hyper-individualisation, qui a débuté avec les réseaux sociaux. Ces derniers nous proposent des contenus qui nous correspondent, qui nous ressemblent. L'IA, c'est pareil. Prenons l'exemple de deux formateurs qui souhaitent élaborer le déroulé pédagogique d'une formation. Selon les informations qu'ils vont transmettre à la machine, et malgré un prompt similaire, auront des résultats différents. 

Ensuite, au lieu d'utiliser l'IA pour qu'elle réponde à nos questions, nous pouvons l'utiliser pour qu'elle nous en pose. Elle endosse alors le deuxième rôle, celui de tuteur, de mentor ou de coach et permet de monter en compétences. On peut vouloir gagner du temps ou gagner en compétence, mais il est difficile de faire les deux simultanément. Et donc, la première étape, lorsque l'on veut utiliser l'IA dans le domaine de la formation, est de définir ce qu'on attend d'elle. 

Qui dit IA génératives, dit prompts : comment rédiger des prompts optimisés pour l'ingénierie pédagogique ? 

La notion d'expertise est primordiale. Si l'on demande à l'IA de générer un cours sur un domaine que l'on ne maîtrise pas, il est difficile d'évaluer son exactitude et sa qualité. Même en mettant de côté les « hallucinations » – lorsque l'IA invente des données pour combler du vide – que les grands éditeurs s'efforcent de réduire, il faut rester vigilant face à l'IA et conserver son esprit critique. Comme son nom l'indique, l'IA est générative, elle ne fait pas de copier-coller, mais génère du contenu. 

Une erreur, selon moi, est d'utiliser l'IA comme moteur de recherche. Là où elle devrait être utilisée pour accompagner une expertise déjà existante chez l'utilisateur. Ce dernier doit être capable de valider le contenu, ou au contraire, d'identifier les données à creuser et à vérifier. Cette expertise permet également d'utiliser la machine en sachant à l'avance le rôle que l'on veut lui donner, la méthodologie à suivre et en ayant même une idée du résultat attendu. Le prompt sert alors à verbaliser toutes ces requêtes en langage naturel pour l'IA. Pour cela, je recommande vivement d'utiliser des « framework ». 

Entendu. Mais à quoi ressemble un framework efficace ? 

Un framework est une structure, une méthodologie, que l'on va utiliser pour classer les informations à transmettre à l'IA, et donc, à prompter. Il en existe de différentes natures, plus ou moins longs, selon le résultat attendu. Celui que j'ai développé repose sur quatre étapes. Premièrement, on l'a déjà évoqué, il faut donner un rôle à la machine. Pour cela, je suggère de toujours  commencer le prompt par « tu es », suivi du rôle. En formation, ce sera, par exemple : « tu es formateur » ou « tu es ingénieur pédagogique ». 

La deuxième étape consiste à appliquer la méthode QQOQCCP : Quoi, Qui, Où, Quand, Comment, Combien, Pourquoi. Il n'est pas forcément essentiel de répondre à toutes ces questions, mais l'idée est d'y réfléchir afin de donner le plus de matière possible à l'IA. Qui est la cible ? Combien d'apprenants je veux engager ? Quel est leur niveau ? Combien de paragraphes je souhaite que la machine génère ?, etc. Troisième étape, les données d'entrainement. Il s'agit de livrer à l'IA des données fiables sur lesquelles s'appuyer. Elles sont souvent oubliées, alors qu'elles sont essentielles. 

En opposition au « framework », il y a ce que j'aime bien appeler le « flemmework », c'est-à-dire que souvent, les gens ont la flemme. Ils font le minimum en espérant que l'IA leur donne le maximum. Malheureusement, ça ne fonctionne pas ainsi. Enfin, la dernière étape concerne le format de sortie : qu'est-ce que l'on souhaite que l'IA génère, grâce à notre prompt. Cela peut être un tableau avec un nombre de colonnes défini, un article, une présentation, un argumentaire, etc. 

De quelle manière l'IA permet-elle de booster la créativité des formations ? 

L'IA ne peut pas être créative en elle-même. En revanche, elle nous aide à développer notre propre créativité. Alors oui, l'IA crée des images, mais l'idée derrière l'image est imaginée par l'Homme. En réalité, tout dépend de l'usage que l'on veut en faire et du rôle, encore une fois, qu'on va lui assigner. Si on l'utilise comme un outil de brainstorming, en lui demandant de nous suggérer des idées, alors elle devient une sorte de partenaire créatif. Elle peut proposer des axes de recherche complémentaires ou connexes basés sur nos suggestions, créant ainsi des chemins cognitifs dans nos cerveaux qui génèrent de nouvelles idées.

La créativité, c'est le croisement entre la pensée convergente (les idées basées sur la logique) et la pensée divergente (les idées nouvelles et différentes). Je parlais des réseaux sociaux précédemment : selon moi, ils vont dans le sens de la pensée convergente en nous uniformisant. Là où l'IA, si on lui demande, nous aide à être davantage divergents. 

Quelles sont les limites ou les risques de l'IA en formation ? 

Je trouve génial que l'on forme de plus en plus les collaborateurs à la rédaction de prompts. Dans une ère d'hyper-individualisation, il est crucial que chacun puisse répondre à ses besoins de manière autonome. Cependant, je constate aussi une prolifération de « recettes magiques » et de « prompts magiques ». Certains tentent de simplifier à l'extrême en copiant-collant des exemples de prompts sans prendre le temps de les adapter réellement. Donc, lorsque l'on utilise l'IA en tant qu'assistant, le risque réside précisément dans le copier-coller et la paresse intellectuelle. 

Cinq compétences clés ont été définies comme essentielles pour 2027 par le World Economic Forum : la créativité, la pensée critique, la connaissance technologique de base, la flexibilité et l'agilité, et enfin l'apprentissage tout au long de la vie. Hormis la connaissance technologique, toutes ces compétences découlent des soft skills. Utiliser l'IA pour gagner du temps doit permettre de développer ces compétences, et non de les négliger. Malheureusement, se limiter à des copier-coller pourrait nuire à nos propres compétences.

Nous en revenons donc à  l'IA tuteur ou mentor. Dans ce cadre, il est crucial de considérer l'IA comme un outil mis à disposition de soi-même et des autres. Cependant, il faut faire attention à la manière dont on construit les prompts. Il existe deux biais principaux : la surreprésentation de soi-même et l'idée de l'usager universel. Le premier biais survient lorsque les prompts reflètent trop une vision personnelle, au détriment d'une perspective plus inclusive. Le second biais apparaît lorsqu'on crée des prompts trop généraux, qui cherchent à convenir à tout le monde, mais qui finalement ne satisfont personne.

Un conseil pour intégrer l'IA correctement et efficacement en formation ? 

Tester. De nombreux articles ou posts sur les réseaux sociaux listent les 10 meilleurs outils d'intelligence artificielle. À part pour faire cliquer, je n'en vois pas l'intérêt. Ne vous fiez pas aux avis des autres, ni même au mien, mais testez différents outils afin de trouver celui qui correspondra le plus à vos propres usages. Aujourd'hui, il existe beaucoup d'IA textuelles qui méritent notre attention : ChatGPT, sans doute la plus connue, mais aussi MistralPerplexityGeminiCopilot, etc. Donc, testez, mais testez bien en vous aidant d'un framework.  

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