Employabilité des seniors : urgence, défis et solutions – L'interview vidéo de Stéphanie Daudier

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D'ici à 2030, 20 % de la population aura plus de cinquante ans, selon les projections de l'INSEE. La question de l'employabilité et de l'inclusion des seniors devient donc un enjeu majeur pour l'ensemble des entreprises. Heureusement, des solutions existent pour mieux intégrer et valoriser ces talents expérimentés. Stéphanie Daudier, présidente et fondatrice de The Inspiration Lab, accompagne les entreprises et les dirigeants sur les sujets de diversité et d'inclusion, et notamment sur les transitions de carrière. Le temps d'une interview vidéo, elle revient sur la place des seniors dans notre société et la manière dont on peut renforcer leur employabilité.

Inclusion et employabilité des seniors : un enjeu dans l'air du temps

Plusieurs facteurs expliquent l'urgence d'agir en faveur de l'employabilité des seniors : ils sont démographiques, sociaux et économiques.

Tout d’abord, l’argument démographique est incontestable. La population vieillit, et ce vieillissement s’accompagne d’une meilleure qualité de vie, permettant aux individus de rester en forme plus longtemps. Parallèlement, la natalité est en baisse, ce qui réduit le nombre de jeunes entrants sur le marché du travail. En conséquence, la proportion des travailleurs de plus de 50 ans va considérablement augmenter dans les années à venir. Face à cette réalité, les entreprises doivent repenser l’intégration et le maintien en emploi des seniors afin de préserver la dynamique économique et la création de valeur.

Ensuite, l’inclusion des seniors répond à un enjeu social majeur. Le travail ne se limite pas à un simple échange de services contre un salaire : il constitue un puissant vecteur d’intégration, de sociabilisation et de reconnaissance. Travailler permet de tisser des liens, de se sentir utile et de jouer un rôle actif dans la société. Or, dans un monde où l’individualisme progresse, préserver cette fonction sociale du travail est essentiel.

Enfin, la question financière ne peut être ignorée. La performance des entreprises repose sur une main-d’œuvre active et diversifiée. Mais au-delà, le financement des retraites dépend directement des contributions des actifs. Se priver de travailleurs seniors, c’est priver la société de ressources précieuses, tant en matière de production que de cotisations. Intégrer durablement les seniors dans l’emploi, c’est donc aussi assurer un équilibre économique et social global.

Entre stéréotypes et discriminations liées à l'âge : les défis des seniors sur le marché du travail

Si l’inclusion des seniors dans le monde professionnel est un enjeu majeur, ces derniers doivent encore faire face à de nombreux obstacles lorsqu’ils souhaitent évoluer ou changer de carrière. 

Le premier obstacle est l’âgisme, c’est-à-dire l’ensemble des préjugés et stéréotypes liés à l’âge. Trop souvent, les seniors sont perçus comme moins motivés, moins enclins à apprendre de nouvelles compétences ou encore peu flexibles face aux transformations du monde du travail. Ces idées reçues influencent la manière dont ils sont évalués, intégrés dans les équipes et considérés pour des opportunités professionnelles.

Le second défi, c'est l’auto-âgisme. Il s’agit de l’intériorisation de ces stéréotypes par les seniors eux-mêmes, qui finissent par douter de leurs propres capacités. Il n’est pas rare d’entendre des salariés expérimentés dire : « À mon âge, je ne suis pas à l’aise avec le digital, je n’arriverai pas à utiliser l’intelligence artificielle. » Ce type de croyance limite non seulement leur progression, mais les prive également d’opportunités d’évolution et d’apprentissage.

Enfin, il existe des discriminations bien réelles. De nombreuses études révèlent qu’environ 30 à 35 % des seniors se sentent discriminés sur leur lieu de travail. Cette réalité se traduit par une mise à l’écart des plans de formation, un accès réduit aux promotions ou encore une exclusion des projets stratégiques. 

Au-delà de ces obstacles, un autre enjeu mérite d’être souligné : la perception que les seniors ont de leur propre parcours professionnel. Certains estiment qu’il est inutile de se former à quelques années de la retraite. Pourtant, à 50 ou 55 ans, une carrière est loin d’être terminée. Il reste encore près de 15 ans d’activité professionnelle, soit un tiers d’une vie de travail ! 

Par ailleurs, la vie ne s’arrête pas avec la retraite. De nombreux seniors souhaitent continuer à s’engager, que ce soit dans des associations, des projets entrepreneuriaux ou même en poursuivant certaines activités professionnelles. Développer et maintenir ses compétences reste donc essentiel, non seulement pour évoluer dans l’entreprise, mais aussi pour continuer à jouer un rôle actif dans la société. C’est dans cette optique que des initiatives comme Rébellion[1] ont vu le jour. 

Favoriser l’inclusion et l’employabilité des seniors : quelles solutions ?

Face aux défis liés à l’âgisme et aux discriminations, plusieurs leviers d’action existent pour favoriser l’inclusion et l’employabilité des seniors. Ces actions doivent être menées à différents niveaux, notamment au sein des entreprises.

Le premier levier consiste à lutter activement contre les stéréotypes. Organiser des formations professionnelles et des conférences sur l’âgisme permet de sensibiliser les collaborateurs et de déconstruire les idées reçues sur les seniors. Ces préjugés, souvent inconscients, influencent le recrutement, l’évaluation des performances et l’accès à la formation. Il est donc essentiel d’adopter une approche inclusive dans tous les processus internes afin de garantir une égalité de traitement, quel que soit l’âge. Par ailleurs, un accompagnement spécifique des seniors est nécessaire pour les aider à surmonter leurs propres freins. Il s’agit de les encourager à prendre conscience de leur valeur, à se projeter dans l’avenir et à s’affirmer pleinement dans leur rôle professionnel.

La mise en place d’une culture d’entreprise intergénérationnelle joue évidemment un rôle clé. L’inclusion ne consiste pas seulement à tolérer la diversité, mais à créer un environnement où chacun peut s’exprimer et apporter sa contribution. Contrairement à certaines idées reçues, il n’existe pas de "guerre intergénérationnelle" au travail. Ce qui prime, c’est la capacité à reconnaître la valeur de chacun et à s’enrichir mutuellement. Comprendre les perspectives des autres et intégrer leurs expériences permet d’adopter une approche plus inclusive et efficace.


[1] Dans sa newsletter hebdomadaire Rébellion, Stéphanie Daudier partage des conseils et sujets inspirants pour aider les cadres seniors à booster leur seconde partie de carrière.

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