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Publié le - Mise à jour le
Au fil de plus de 40 années de pratique régulière de l'aïkido, j'ai eu l’occasion de mettre en relief des similitudes entre cet art martial et mon métier de consultant, et ce à plusieurs reprises. D'une façon inattendue, il est facile pour moi de les rapprocher. D’ailleurs, les mots que j'utilise pour évoquer la transformation sont les mêmes que ceux qui s’échangent sur les tatamis : énergie, équilibre, respect, adaptabilité, etc. En poussant plus loin la réflexion et à mesure que je préparais cet entretien, j’ai analysé en quoi mon expérience d'aïkidoka pouvait servir la transformation des organisations.
Pour moi, j'en vois quatre essentiels. Quatre principes de l’aïkido qui peuvent apporter un éclairage inspirant et décrypter la dynamique d'une transformation :
En aïkido, il ne peut y avoir d'opposition. Plutôt que de s'opposer à la puissance d'une attaque, le pratiquant doit conduire et diriger par des mouvements précis, l'énergie apportée par son adversaire. Pour cela, il conjugue sa propre énergie avec celle qu'il reçoit : deux énergies antagonistes au début d'une technique s’unissent en une seule quand le mouvement s'achève.
Transposé dans le sujet qui nous intéresse, le consultant qui accompagne une transformation ne peut le faire par la contrainte. Il doit lui aussi diriger l'énergie présente, savoir y associer la sienne et les disposer "au bon endroit". C'est ainsi qu'il devient un véritable "catalyseur de la transformation".
Chaque partenaire est différent. Chaque rencontre est donc unique. L'aïkido se pratique sans distinction de catégories de poids, de genre ou d'âge comme cela peut exister dans d'autres disciplines. Donc, il n'est pas rare de voir travailler ensemble une jeune femme de 50 kilos avec un malabar du double de son poids… Au fil de son expérience et de la multiplication des rencontres, le pratiquant parvient progressivement à affiner sa technique pour l'adapter à toutes les catégories de partenaires possibles dans toutes les circonstances… Comme dans la transformation des organisations, il ne peut exister de réponse systématique. Le consultant, lui aussi, consolide son expérience, développe sa pertinence et la finesse de son approche au fil de ses missions, mais en aucun cas il ne peut appliquer de solution préétablie face à un nouveau projet. Même si l'objet de deux transformations est totalement identique, la singularité des organisations conduira toujours sur deux chemins différents.
Sur un tatami d'aïkido, le respect est une attitude permanente à laquelle il est impensable de déroger. Il fait partie des fondations sans lesquelles la pratique d'un art martial se résume à un exercice physique sans intérêt. L'élève respecte le maître et le maître, ses élèves. Chacun respecte son partenaire, le dojo dans lequel se déroule la pratique, ses armes, sa tenue. Le respect devient une véritable attitude mentale. Elle se révèle comparable à celle du consultant qui prend la mesure de l'organisation dans laquelle une transformation s’envisage. Il doit l'aborder avec égard, sans jugement et en tenant compte de l'existant tel qu'il est dans sa réalité.
"L'aïkido, c'est 95 % de transpiration… et 5 % d'inspiration (ou de philosophie)". Certains enseignants aiment à rappeler régulièrement cet adage en forme de clin d'œil. En d'autres termes, il est vain pour progresser de consacrer un temps infini à intellectualiser ou à chercher systématiquement à expliquer les techniques. La pratique seule fera que le corps trouvera, par l'expérience, la voie juste du mouvement. Il faut partir du geste pour trouver le sens. Il en va de même pour la transformation ; après s'être assuré que la confiance est établie, et plutôt que de théoriser sans fin, il est préférable de commencer par agir, de vivre la transformation de « l'intérieur ».
Habituellement, celui qui engage un combat le fait dans la perspective de vaincre un adversaire. Le combat s'achève avec un gagnant et un perdant, l'un au dépend de l'autre. Mais si l'on prend du recul et que l'on considère le système dans son ensemble, il a perdu au global plus qu'il n'a gagné puisqu’une énergie a été dépensée de manière destructrice. La voie que nous propose l’aïkido est bien différente : si au début d'une confrontation, il y a, en effet, deux forces antagonistes, le talent de l’aikidoka est de parvenir par son mouvement à combiner ces deux forces, à les réunir vers un même objectif sans chercher à vaincre son adversaire, mais à lui démontrer que le combat est vain.
Il me semble en effet que la théorie suit la pratique plutôt qu'elle ne la précède. Les théories ne se construisent-elle pas le plus souvent à partir de l'observation et de l'expérience ? Lorsqu'il nous est demandé d'accompagner la transformation d'une organisation, nous préférons engager nos interlocuteurs dans l'action car c'est à partir des premiers pas, des premiers résultats que se profile la voie de la transformation.
Propos recueillis par Nadia Ali Belhadj
Laurence Mignard Ingénieur-consultante, formatrice et auditrice, certifiée ICA pendant 12 ans, Laurence rejoint CSP après 10 ans d'expérience dans l'industrie agroalimentaire. Elle est spécialisée dans les missions de conseil et d'audit de systèmes de management et coordonne la participation des consultants CSP aux commissions de normalisation AFNOR.