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Publié le - Mise à jour le
Dans ce deuxième épisode de CULTURE SOFT, le podcast de Lefebvre Dalloz Compétences dédié aux soft skills, Jennifer s’intéresse à un sujet incontournable pour les organisations : l’arrivée de l’intelligence artificielle générative dans le quotidien des équipes. Alors que les entreprises multiplient les expérimentations et les déploiements d’outils d’IA, les managers se retrouvent en première ligne pour accompagner cette transformation et répondre aux nombreuses questions qu’elle soulève.
Pour décrypter ces enjeux, Jennifer reçoit Lucie Dhorne, auteure et conférencière spécialisée dans l’innovation pédagogique et l’intelligence artificielle. À travers une situation concrète vécue par Skillia, manager dans une entreprise en transformation, l’épisode met en lumière les défis humains et managériaux qui accompagnent l’adoption de ces nouvelles technologies.
Comme dans de nombreuses organisations, l’arrivée d’un nouvel outil d’IA générative provoque des réactions très différentes au sein de l’équipe de Skillia.
D’un côté, Lucas, collaborateur junior, se montre particulièrement enthousiaste. Il perçoit immédiatement le potentiel de l’outil pour gagner du temps, automatiser certaines tâches et améliorer sa productivité. Pour lui, l’intelligence artificielle représente une opportunité d’apprentissage et d’évolution.
À l’inverse, Nadia, collaboratrice expérimentée, accueille cette nouveauté avec davantage de prudence. Forte de plusieurs années d’expérience, elle a construit ses méthodes, développé son expertise et trouvé ses repères professionnels. L’idée qu’une machine puisse désormais réaliser certaines tâches qu’elle maîtrise suscite une interrogation légitime : si l’IA est capable de faire une partie de mon travail, quelle sera demain la valeur de mon expertise ?
Cette tension entre enthousiasme et inquiétude constitue le point de départ de la réflexion menée dans cet épisode. Une réflexion qui dépasse largement la simple question de l’outil pour s’intéresser à ce qui se joue réellement chez les collaborateurs.
L’un des messages forts portés par Lucie Dhorne est qu’il ne faut pas interpréter les réticences face à l’IA comme une simple résistance au changement.
Selon elle, les réactions observées traduisent souvent une question plus profonde : celle du sens au travail. Là où Lucas est encore en train de construire ses compétences et ses méthodes, Nadia dispose déjà d’un système de fonctionnement éprouvé. L’introduction d’un nouvel outil vient donc potentiellement remettre en question un équilibre qu’elle a mis des années à construire.
Pour le manager, cette distinction est essentielle. Chercher à convaincre une personne sceptique en mettant uniquement en avant les performances de l’outil est rarement efficace. Avant de parler technologie, il convient de comprendre les préoccupations des collaborateurs, leurs besoins et leurs attentes.
L’épisode rappelle ainsi que toute transformation réussie commence par l’écoute. Derrière les objections se cachent souvent des questions de reconnaissance, d’identité professionnelle ou encore de projection dans l’avenir.
Face à ces interrogations, le rôle du manager consiste avant tout à redonner du sens.
Lucie Dorn invite les managers à changer de perspective. Plutôt que de demander aux collaborateurs de s’adapter à un outil, il est souvent plus pertinent d’identifier les problématiques auxquelles ils font face et d’explorer comment l’intelligence artificielle peut les aider à les résoudre.
Cette approche suppose de s’interroger sur ce qui fait réellement la valeur d’un métier. Quelles sont les tâches qui apportent de la satisfaction et du sens ? Quelles sont celles qui mobilisent du temps sans constituer un véritable levier de création de valeur ?
Les comptes rendus de réunion sont cités comme un exemple concret. Ils sont souvent nécessaires au fonctionnement collectif mais rarement considérés comme la partie la plus intéressante du travail. Si l’IA permet d’automatiser ce type de tâche, les collaborateurs peuvent alors consacrer davantage de temps à des activités qui mobilisent leur expertise, leur créativité ou leur capacité d’analyse.
Dans cette perspective, l’IA n’apparaît plus comme un concurrent mais comme un outil au service de la performance et du développement professionnel.
L’épisode aborde également un sujet particulièrement intéressant : l’impact potentiel de l’intelligence artificielle sur les capacités cognitives.
À travers son travail autour du concept de Cogniscore, Lucie Dhorne invite à adopter une utilisation réfléchie des outils d’IA. Elle établit un parallèle avec nos habitudes de déplacement : comme une voiture peut réduire notre activité physique si nous l’utilisons systématiquement, l’intelligence artificielle peut réduire certains efforts cognitifs lorsqu’elle est sollicitée en permanence.
L’enjeu n’est pas de renoncer à ces technologies, mais de les utiliser avec discernement. L’idée défendue dans cet épisode est que la réflexion humaine doit rester la première étape du processus. L’IA intervient ensuite comme un outil d’enrichissement, de vérification ou d’optimisation.
Cette approche permet de préserver des compétences essentielles telles que la pensée critique, l’analyse, la capacité de synthèse ou encore la créativité. Autant de qualités qui demeurent au cœur de la valeur ajoutée humaine dans un environnement de travail de plus en plus digitalisé.
L’un des enseignements les plus inspirants de cet échange concerne la complémentarité entre les membres d’une équipe.
Plutôt que d’opposer les collaborateurs enthousiastes aux collaborateurs plus prudents, Lucie Dhorne propose de tirer parti de la diversité des profils. L’énergie de Lucas peut servir à tester de nouveaux usages et à explorer les possibilités offertes par l’outil. L’expérience de Nadia, quant à elle, permet d’évaluer la pertinence des résultats, d’identifier les limites éventuelles et d’apporter un regard critique indispensable.
Le rôle du manager consiste alors à créer un cadre d’expérimentation où chacun peut contribuer selon ses forces. Cette dynamique favorise le partage des connaissances, l’apprentissage mutuel et l’amélioration continue des pratiques.
Au-delà de la technologie, l’épisode montre ainsi que l’intelligence collective reste un facteur clé de réussite dans les projets de transformation.
Au fil des échanges, une évolution du rôle managérial se dessine. Dans un environnement marqué par les innovations technologiques, le manager n’est plus seulement un expert ou un superviseur opérationnel. Il devient un facilitateur, capable de donner du sens, d’accompagner les changements et de développer les compétences de son équipe.
L’intelligence artificielle n’est donc pas uniquement un sujet technologique. Elle est avant tout un sujet de management, de communication et de développement des compétences. Pour les managers, l’enjeu consiste moins à maîtriser tous les outils qu’à créer les conditions permettant à leurs équipes d’en faire un usage pertinent et responsable.
À travers cet épisode, CULTURE SOFT rappelle finalement une idée essentielle : l’avenir du travail ne dépendra pas seulement des capacités des machines, mais surtout de notre capacité à mobiliser l’intelligence humaine, individuelle et collective, au service de la performance et du sens.