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Publié le - Mise à jour le
Dans un monde du travail en quête d’innovation, d’initiative et de leadership, l'audace est devenue une soft skills très convoitée par les recruteurs. Mais peut-on réellement apprendre à être plus audacieux ? Ou, au contraire, est-ce qu'oser sortir des sentiers battus, dire ce que l’on pense, proposer des idées qui bousculent relèvent plutôt de l'inné ? Décryptage.
Avant de se demander si l’on peut apprendre à être audacieux, encore faut-il savoir de quoi on parle exactement. L’audace, ce n’est pas simplement oser prendre la parole en réunion ou se lancer dans un projet risqué. C’est une posture, une dynamique, cette capacité à aller de l'avant malgré les doutes ou les obstacles.
Mais attention aux raccourcis : l’audace ne rime pas forcément avec courage héroïque ou prise de risques inconsidérée. Elle se distingue aussi de l’arrogance ou de l’inconscience. On peut faire preuve d’audace en douceur, avec l'intelligence de la situation. Ce n’est pas toujours spectaculaire : il peut s’agir d’oser poser une question dérangeante, défendre une idée minoritaire, demander une promotion ou sortir de sa zone de confort.
L’étymologie est d’ailleurs révélatrice : audax, en latin, signifie “qui ose, hardi, entreprenant”. L’audace est donc une forme d’élan. Elle implique une part de risque, bien sûr, mais surtout un mouvement : celui de dépasser ses peurs, ses freins ou ses automatismes.
Dans le champ des soft skills, elle est souvent associée à la prise d’initiative, à la créativité, au leadership, à la confiance ou à l’affirmation de soi. Et c’est bien là que les choses se compliquent : car si l’on valorise aujourd’hui cette qualité dans les entreprises, on continue souvent à la cantonner à une poignée de profils naturellement « à l’aise », extravertis, ou « nés pour ça ». Une vision qui mérite peut-être d’être remise en question.
Il est tentant de croire que l’audace est une question de tempérament. Que certains naissent avec ce petit grain de folie qui les pousse à foncer quand d’autres préfèrent rester en retrait. La psychologie des personnalités apporte d'ailleurs des éléments en ce sens.
Selon le modèle des Big Five, souvent utilisé pour décrire les traits de personnalité, l’audace serait liée à deux dimensions principales : l’extraversion (plaisir de l’interaction, affirmation de soi) et l’ouverture à l’expérience (curiosité intellectuelle, goût du changement). Mais attention : ces traits ne sont pas figés. Ils évoluent avec l’âge, le vécu, l’environnement. Autrement dit, oui, certaines personnes sont prédisposées à être plus facilement audacieuses, là où d'autres auront tendance à être plus timide et sur la réserve. Mais cela n'est pas figé dans le marbre.
L’éducation, la culture, les expériences vécues jouent un rôle majeur. Une personne encouragée à exprimer ses idées dès l’enfance, valorisée pour ses prises d’initiative, développera plus facilement un réflexe d’audace. À l’inverse, une culture plus conformiste peut freiner toute tentative de prise d'initiatives. L’environnement dans lequel on évolue façonne notre rapport au risque, à l’erreur et à la légitimité d’oser.
C’est pourquoi l’audace ne se réduit pas à une capacité innée, qui serait figée. Elle peut être déclenchée, encouragée, provoquée. Comme l’écrivait Marcel Proust, dans son célèbre ouvrage À la recherche du temps perdu : « L’audace réussit à ceux qui savent profiter des occasions ». Autrement dit, l’audace est aussi une affaire de contexte et de notre capacité à saisir l’instant pour oser. Et cela, ça s’apprend. À travers l’expérience, l’entraînement, mais aussi les encouragements reçus.
En effet, l’audace est influencée par notre tempérament et notre environnement. Toutefois, comme toute compétence comportementale, elle peut se développer. Et ce, à tout âge et dans tous les contextes, y compris professionnels.
Concrètement, l’audace s’apprend par la pratique, souvent par petites touches, en s’exposant progressivement à des situations inconfortables mais formatrices. Quelques exemples : oser demander un feedback ; prendre la parole en réunion ou en public ; formuler une idée à contre-courant ; proposer une solution face à un problème complexe ; etc.
Certaines approches pédagogiques s'avèrent particulièrement efficace pour développer et renforcer l'audace des salariés. Le théâtre d’improvisation, par exemple, est de plus en plus utilisé en formation pour aider les collaborateurs à s’affranchir du regard des autres, développer leur spontanéité et accepter l’imprévu. Les ateliers de codéveloppement professionnel permettent quant à eux de s’exercer à prendre la parole dans un cadre sécurisé, et à exprimer des idées personnelles face à un groupe. Le coaching individuel peut aussi aider les collaborateurs à sortir de leur zone de confort, en identifiant leurs freins personnels (peur de l’échec, besoin de contrôle, biais d’imposture…) et en proposant des solutions pour les dépasser.
Même les neurosciences vont dans ce sens : en répétant certains comportements audacieux, on peut modifier peu à peu ses circuits de pensée. Le cerveau apprend aussi par l'erreur et les ajustements. C’est ce qu’on appelle la neuroplasticité.
Mais pour oser, encore faut-il se sentir autorisé à le faire. Sans un environnement bienveillant, qui valorise la prise d’initiative et accepte le droit à l’erreur, l’audace reste bridée. À l’inverse, un climat de sécurité psychologique permet aux collaborateurs de sortir du cadre, de faire des propositions audacieuses, voire disruptives, sans craindre le jugement ou la sanction.
Si l’audace peut s’apprendre, encore faut-il lui offrir un terrain propice. Et cela ne repose pas uniquement sur les épaules des individus : les organisations ont un rôle majeur à jouer pour que les salariés se sentent légitimes et encouragés à faire preuve d'audace au quotidien. Cela passe, bien sûr, par la culture de l'entreprise, mais aussi par le développement de certaines soft skills, intrinsèquement liées.
Tout commence par la confiance en soi. Lorsqu’un collaborateur doute de sa légitimité ou craint le jugement, difficile pour lui de sortir du cadre. Il préférera se taire plutôt que de risquer que son idée soit mal accueillie. C’est pourquoi des formations centrées sur la confiance en soi ou l’affirmation de soi peuvent faire une vraie différence. Elles permettent de renforcer l’estime personnelle, d’apprendre à se positionner avec justesse, et de développer une parole plus libre, plus assurée.
L’assertivité est une autre compétence clé : elle permet d’oser s’exprimer tout en respectant son interlocuteur. Savoir dire non, défendre son point de vue ou proposer une alternative sans crainte du conflit sont autant de comportements audacieux… à condition d’avoir appris à les manier avec tact.
Il est aussi essentiel de stimuler la créativité, car elle ouvre la voie à l’audace en élargissant le champ des possibles. Imaginer, tester, proposer autrement : toutes ces démarches, souvent perçues comme risquées, deviennent plus accessibles lorsqu’on développe ses capacités créatives.
Enfin, l’audace ne se développera jamais pleinement sans un management qui la soutient activement. Les managers ont un rôle clé à jouer pour encourager la prise d’initiative, valoriser les idées nouvelles et créer un cadre sécurisant où chacun se sent libre d’oser. À ce titre, les former à une posture de leader-coach, capable de faire grandir les autres sans brider leur spontanéité, est une piste précieuse.