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Publié le - Mise à jour le
J’ai toujours été très sensible à la place des femmes dans la société ! Ce qui me choque le plus est la disproportion de la place des hommes comparée à celle laissée aux femmes... Il y a un plus d’un an, Philippe Lebreton (formateur CSP spécialisé dans le management et le leadership) m’a proposé de modifier, pour Orange, la formation "Affirmation de soi" en "Affirmation de soi au féminin". A ma grande surprise, j’ai constaté que les visuels utilisés sur les supports étaient dévalorisants pour les femmes. Toutes les représentations d'attitudes comme l'agressivité, la passivité et la manipulation étaient rendue par des images de femme hurlant, d'enfant qui se cache les yeux et de femme marionnette animée par des fils. En revanche, pour l’attitude assertive, celle que nous cherchons tous à adopter idéalement, on voyait un homme heureux, bien dans sa peau qui tend la main vers un autre. Ce qui m’a encore plus surprise, c’est que je donnais cette formation sans m’en rendre compte. J’ai donc suggéré à Philippe de les changer.
Oui ! j’ai alors compris par cette expérience que nous sommes tout.e.s partie prenante de la transmission de la représentation des femmes et des hommes. Que les images, les mots qui constituent nos formations sont à repenser avec un autre regard, une autre grille de lecture. Quand j’ai su qu’un groupe de réflexion chez CSP se penchait sur la question du leadership féminin, j’ai bien évidemment proposé d’apporter mon regard, mon envie de faire évoluer la place des femmes et notamment celles des femmes managers... En disant cela, je m'aperçois que j'utilise un mot qui n’a pas de féminin... Il y a encore du chemin !
J’ai remarqué, par certaines réflexions, certains retours, qu’il y a une demande de changement et que ça évolue dans ce sens-là. Quelques femmes osent s’affirmer même si elles restent encore minoritaires. Chez les autres, il y a des peurs, des résistances dues aux pensées limitantes, autour de la dévalorisation de leurs propres capacités ou de la peur du regard des autres. L'éducation, également, joue un rôle dans ces freins. Quand il y a un jeu de rôle entre un manager et un collaborateur, c’est souvent l’homme qui joue le manager et la femme la collaboratrice. J’ai de temps en temps entendu des blagues sexistes. Quand on parle de ça, je réalise que les hommes sont eux aussi prisonniers de ces rôles genrés. C’est aussi un poids pour eux. Et certains sont prêts à ces changements.
En Aïkido, il y a une parfaite égalité entre les femmes et les hommes. Tout simplement parce que ce n’est pas la force physique qui est en jeu. Cet art nous mène à développer le KI (notre énergie vitale) et en même temps notre force mentale, dans une recherche d’harmonie entre l’action de recevoir et celle de donner, entre le Yin et le Yang, le féminin et le masculin qui sont en chacun de nous.
Pourtant, il y a un bémol. A l’origine, cet art japonais était réservé aux hommes. Il reste quelque chose de cet héritage traditionnel qui se traduit par une préférence pour le genre masculin. Elle est véhiculée par les outils de communication (visuels, affiches, flyers, sites internet), comme les exhibitions publiques qui sont faites exclusivement par des hommes, ainsi que l’enseignement. Certain.e.s professeur.e.s montrent plus volontiers les mouvements avec des partenaires hommes qu’avec des partenaires femmes. Là encore, la route n’est pas terminée.
Oui, bien sûr, dans toutes les formations que je donne, j’essaie d’apporter un regard bienveillant à tout.e.s, hommes et femmes, d'encourager à oser, à avoir confiance. Je suis présidente de l’Association française de Ki-Aïkido et nous avons changé nos visuels en privilégiant la parité. Nous avons aussi participé à des événements « Femmes en sports ». De la même façon, je participe aussi à un groupe de comédien.ne.s qui œuvre pour l’égalité et la parité dans cette profession. C'est un combat qui se mène sur tous les fronts !
Propos recueillis par Nadia Ali Belhadj