Charge mentale : une culture soft skills pour répondre aux enjeux de la qvct ? - l’interview vidéo d’Adrien Chignard

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CHARGE MENTALE : UNE CULTURE SOFT SKILLS POUR RÉPONDRE AUX ENJEUX DE LA QVCT ? - L’INTERVIEW VIDÉO D’ADRIEN CHIGNARD
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En 2023, la QVCT (qualité de vie et les conditions de travail) est un des sujets les plus importants en entreprise. Quels sont les risques psychosociaux liés à la charge de travail ? La charge mentale au travail est-elle un enjeu collectif ou individuel ? Quel est l’impact d’une culture soft skills sur la QVCT ? Le psychologue du travail et des organisations Adrien Chignard[1], fondateur du cabinet Sens et Cohérence[2], répond en vidéo.

Risques psychosociaux : quid de la charge de travail ?

Il est impensable de traiter les questions de santé au travail sans prendre en compte la charge réelle qui pèse sur les employés. Pour bien comprendre, prenons l'exemple d'une valise trop lourde lors d'un départ en vacances. La solution n'est pas de se débarrasser de la valise, mais de l'ouvrir et d'examiner son contenu. De la même manière, la charge de travail est générée par de nombreux facteurs dits de “stress”. Ainsi, des éléments comme le manque de soutien de la part d'un manager, un rôle mal défini ou un sentiment de non-reconnaissance peuvent tous contribuer à un sentiment de surcharge.

Pour bien traiter la charge de travail, il est essentiel de la décomposer en trois éléments :

  • La charge prescrite : il s'agit des attentes initiales, comme une tâche prévue pour durer cinq minutes ;
  • La charge réelle : c'est la réalité du terrain. Parfois, ce qui devait prendre cinq minutes en prend vingt-cinq à cause d'imprévus ;
  • La charge ressentie : cette dimension est liée à la perception individuelle. Si ces vingt-cinq minutes ont un impact sur votre vie personnelle, elles peuvent sembler interminables.

Lorsque les équipes se sentent submergées, il est inutile de simplement mesurer la charge de travail. Il est crucial d'évaluer et de comprendre le ressenti des employés. Plutôt que de s'enliser dans des détails, il est essentiel d'agir rapidement lorsque le signal d'alarme est donné. Il existe plusieurs solutions pour répondre à cette surcharge :

  • Délégation de pouvoir : une plus grande autonomie décisionnelle peut éliminer certains goulets d'étranglement ;
  • Formation et compétences : renforcer les compétences des employés peut accélérer les processus et réduire la perception de la charge ;
  • Repriorisation : certaines tâches peuvent être réévaluées ou éliminées pour alléger le fardeau ;
  • Soutien des pairs : créer des liens solides entre les managers et favoriser l'entraide peuvent être un rempart contre le stress au travail.

En conclusion, si la charge de travail n'est pas le seul enjeu des conditions de travail, elle est néanmoins primordiale. La clé réside dans une approche collective, basée sur la confiance et l'action conjointe pour garantir le bien-être de tous au travail.

Charge mentale : un “nouvel” enjeu, d’ordre individuel ou collectif ?

Dans notre ère moderne, le concept de la "charge mentale" est devenu un sujet brûlant, en grande partie à cause de la transformation radicale du monde du travail. Cette évolution est principalement liée à la manière dont la technologie a envahi chaque recoin de notre vie. De nos montres connectées à nos smartphones, nous sommes constamment branchés, emportés dans un tourbillon d'informations.

En l'espace de trois décennies, nous sommes passés des charges lourdes (travail principalement physique) aux charges sourdes (travail largement mental). Autrefois, on transportait de lourds sacs de ciment ; aujourd'hui, on porte un poids équivalent en informations. Mais notre cerveau, contrairement à nos muscles, a des limites claires quant à la quantité d'informations qu'il peut traiter.

Notre mémoire de travail et notre attention sont des fonctions cognitives cruciales dans ce contexte. La première stocke l'information temporairement, tandis que la seconde oriente notre esprit. Cependant, elles ont leurs limites. Lorsqu'elles sont surchargées, des erreurs surviennent, conduisant potentiellement à des accidents, du stress, et de la fatigue.

La prise de conscience de cette saturation cognitive a conduit à l'émergence de diverses stratégies pour gérer la charge mentale. Une de ces stratégies est d'intégrer des "réunions tampons" dans notre agenda pour gérer les imprévus. En effet, les aléas sont la norme et non l'exception. Ces “réunions tampons” permettent de gérer les imprévus sans perturber l'équilibre entre travail et vie personnelle.

Cependant, traiter la charge mentale ne relève pas uniquement de l'individu. Tout comme l'écologie, il ne suffit pas d'adopter de petites habitudes pour changer la donne. Au travail, la sécurité et le bien-être sont des responsabilités collectives. La création d'un environnement de travail sain et productif est une nécessité pour maximiser la valeur produite par une entreprise. Parce que le travail en lui-même est bon pour la santé. C'est un lieu majeur de socialisation et un moteur de bien-être. Ce n'est pas le travail qui est nocif, mais les conditions dans lesquelles il est exercé. C'est pourquoi il est impératif d'agir collectivement pour améliorer ces conditions, en particulier face aux enjeux croissants liés à la charge mentale.

En conclusion, la charge mentale est un reflet de notre société hyperconnectée. Gérer cette charge requiert des efforts individuels, mais aussi une refonte des systèmes organisationnels pour garantir des conditions de travail optimales pour tous.

Développement d’une culture soft skills : quel impact sur la QVCT ?

Pour une bonne qualité de vie et des conditions de travail (QVCT), il est essentiel de combiner hard skills (compétences techniques spécifiques à un métier) et soft skills. Par exemple, un chirurgien compétent mais dépourvu de qualités relationnelles n'inspirera pas confiance. Une étude récente présentée à Miami a identifié trois éléments clés pour le bien-être au travail : l'autonomie, la compétence et le sentiment d'appartenance (ou affiliation). Ces éléments correspondent à la théorie de l'autodétermination. Pour favoriser ces éléments, il faut :

  • Offrir de l'autonomie, c'est-à-dire laisser les employés prendre des décisions dans un cadre précis et leur faire confiance ;
  • Fournir des retours constructifs pour aider à développer leurs compétences ;
  • Créer un environnement de travail où les employés se sentent valorisés, respectés et intégrés.

Le développement et la valorisation des soft skills (comme la délégation, l'empathie et la capacité à donner des feedbacks constructifs) par les managers peuvent ainsi stimuler la motivation intrinsèque des employés et améliorer leur santé au travail. En adoptant une telle culture centrée sur les soft skills, les bénéfices se manifestent à la fois pour les employés, les employeurs et l'entreprise dans son ensemble.

Voir l'interview en vidéo :


[1] Adrien Chignard est aussi auteur et directeur de publication, expert Harvard Business Review, enseignant et conférencier

[2] Sens & Cohérence est un cabinet spécialisé dans la prévention des risques psychosociaux et la promotion de la qualité de vie au travail

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