L'apprentissage en France : un succès qui coûte cher aux finances publiques

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Depuis la réforme de 2018, le nombre de contrats d'apprentissage a presque triplé. Mais cette dynamique s'est accompagnée d'une explosion des dépenses publiques, atteignant près de 15 milliards d'euros en 2023, selon une note de la Direction générale du Trésor. 

Depuis la réforme de 2018, l'apprentissage français connaît un essor sans précédent. Selon une note publiée en novembre par la direction générale du Trésor, 879 000 nouveaux contrats ont été signés en 2024, soit près de trois fois plus qu'en 2017, où ils n'étaient que 306 000. 

Une facture qui a triplé pour l’Etat

Cette croissance spectaculaire a néanmoins un prix. Le coût pour les finances publiques a lui aussi presque triplé, passant de 6,1 milliards d'euros en 2018 à 14,9 milliards en 2023. Rapporté à chaque apprenti, le soutien public s'élève à 14 700 euros par an, un montant nettement supérieur à celui observé chez nos voisins européens. En Allemagne, où l'apprentissage bénéficie pourtant d'une longue tradition, les dépenses publiques ne dépassent pas 4 700 euros par apprenti. 

Cette enveloppe budgétaire se répartit entre le financement des centres de formation d'apprentis (8,5 milliards), les aides aux employeurs (4,3 milliards) et diverses exonérations fiscales et sociales (2,1 milliards). 

Un coût supérieur à la voie scolaire, surtout dans le supérieur 

Comparés à la formation traditionnelle, les coûts apparaissent relativement équivalents dans l'enseignement secondaire. En revanche, l'écart se creuse considérablement dans le supérieur. Ainsi, "le coût d’un apprenti préparant une licence générale est d’environ quatre fois plus élevé que celui d’un étudiant", selon la note de la Direction générale du Trésor. Pour un master, le rapport est de deux pour un. 

Ces différences s'expliquent par plusieurs facteurs : les aides versées aux employeurs, un encadrement plus important des apprentis, mais aussi un "effet de composition", les apprentis étant plus souvent inscrits dans des filières coûteuses. 

Un public transformé : l'apprentissage gagne le supérieur 

Le profil des apprentis s'est profondément modifié. Entre 2018 et 2024, le nombre d'apprentis préparant un diplôme du secondaire a certes augmenté de 76 %, passant de 195 500 à 344 500. Mais c'est dans le supérieur que la progression est la plus spectaculaire : les effectifs en licence ou master ont bondi de 415 %, de 67 100 à 345 400 apprentis. Désormais, l'apprentissage concerne autant les étudiants du supérieur que les jeunes du secondaire. 

Cette transformation s'accompagne d’une évolution sectorielle : le secteur des services (soutien aux entreprises, administration publique, services d’information et de communication …) accueille une part croissante des apprentis, au détriment de l'industrie, de la construction traditionnellement associés à ce mode de formation. 

Une efficacité inégale selon le niveau de diplôme 

L'apprentissage remplit-il sa promesse de faciliter l'insertion professionnelle ? Les chiffres sont nuancés. Parmi les jeunes sortis d'études en 2021, l'avantage de l'apprentissage est indéniable au niveau CAP : 63 % des apprentis sont en emploi 18 mois après leur formation, contre seulement 36 % de ceux ayant suivi la voie scolaire classique. 

Mais cet "effet apprentissage" s'érode à mesure que le niveau de qualification augmente. Au niveau master, l'écart n'est plus que de six points de pourcentage, contre 27 points pour un CAP. Si les apprentis conservent un léger avantage à tous les niveaux, le bénéfice relatif de cette formation diminue nettement pour les diplômes les plus élevés. 

Cette observation soulève une question d'efficience : le soutien public massif à l'apprentissage dans le supérieur est-il justifié au regard de son impact limité sur l'insertion professionnelle à ce niveau ? Les parlementaires n'ont pas échappé à la réflexion lors de l'examen du budget 2026. Le PLF prévoyait, dans sa version initiale, une réduction de 100 millions d'euros pour le budget des Opco, en charge de l'alternance. 

En juillet dernier, l'exécutif a instauré une participation financière obligatoire de 750 euros à la charge des employeurs pour tous les contrats d'apprentissage préparant un diplôme de niveau licence, master ou au-delà (niveaux 6 et 7 du cadre national des certifications professionnelles). Pour rappel, cette contribution s'applique à toutes les entreprises sans distinction de taille. 

 

Anne Bariet

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